EPIGRAPHIE MONETAIRE. LA LEGENDE
rendre Tidce de « valeur pleine, « ce que sii^nifieraient les mots obry~ea, obryiata, dont il semble être l'abréviation ; ce sera sans doute pour cette raison que les Barbares ont adopté ce signe pour leurs monnaies. Les Lombards appelaient même leurs bonnes monnaies : obryciaciis aiireiis ou solidiis obridiacus ; et les Omajades traduisaient ce signe par un mot gravé sur leurs pièces et qui était synouN^me de « bon, » — « légal, » — « de plein poids. » Au moyen âge, la monnaie de titre légal est rehaussée par l'inscription « bona » (nioiic'ta, quelquefois, sous-entendu), bonne monnaie, ainsi en A'alais.
Devises. — Les devises, les maximes ou sentences ne sont pas rares sur les monnaies du moyen âge et des temps modernes. Héraclius l", déjà, frappe avec cette épigraphe : « EX TOYTO XIKA » (dans ce signe la victoire). Les devises de temps plus récents sont pour la plupart tirées des livres bibliques ou liturgiques, ou bien elles ont été empruntées à des armoiries, ou bien encore elles proviennent d'un ordre de chevalerie, telle la devise de la maison de Savoie : FERT factuellement : Fert.Fert.Fert. sur la tranche) qui résume, croit-on, la phrase : « Fortitudo ejus Rhodum tenuit » (son courage conserva Rhodes). Les devises sont particulièrement nombreuses sur les jetons. Voir Blanchet, tome II, pages 409-411. Consultez pour les devises des monnaies et médailles suisses: Tobler-Meyer I, V, pages 577-591, et l'ouvrage de Tobler-Meyer sur la collection Wunderly von Murait,
Invocations. — Nombreuses les légendes, devenues au reste essentiellement religieuses au cours du moyen âge, qui contiennent des invocations à Dieu, au Christ, aux
lOO LE COLLHCTIOWEUR DE MONNAIES
Saints. « Seigneur, aide aux Romains ! « gravaient sur leurs monnaies Héraclius P'' et ses successeurs jusqu'à Justinien IL Constantin XII appelle la sainte Vierge à son secours ; telle sa légende : « Sauve le pieux Monomachos ! » Sur les monnaies des princes d'Antioche, Tancrède et Roger, on peut lire : « Seigneur, viens au secours de ton esclave Tancrède (Roger)! » et « Seigneur! conserve le roi! Au dixième siècle, David de Géorgie frappe avec cette inscription : « Christ, aie pitié de David! » et son successeur Georges II fait graver : « Christ, élève Georgi, roi des Aphkases et César! » Citons encore : « Domine conserva nos in pace » (Bâle, seizième siècle) et l'invocation bien connue: « Domine salvum fac Regem. » Comparez La liturgie romaine dans la numismatique dans Y Annuaire de la Socictc française de nuniisnmtique, 1889, pages 39 et suivantes.
Imitations de la légende. — De même qu'on copiait les eftigies et les types monétaires, de même, et souvent à mauvaise intention, on copiait les légendes. Les successeurs de Charlemagne, certaines villes, certains monarques étrangers décalquèrent ainsi à leur profit le monogramme dont l'empereur se servait comme de signature et de type monétaire à la fois; le roi Kanut, par exemple, le reproduisit tel quel sur ses pièces. Ferry IV, duc de Lorraine (1312-1328) imite les tournois de Philippe de France : au lieu de « Philippus rex, » il écrit « Phirillus rex, » en cherchant à donner le change par un nom ressemblant à celui de Philippus.
Légendes fantaisistes. - La copie d'une légende, de même que la copie d'une effigie, abstraction faite de l'acte dolosif qu'elle impliquait, non seulement laissait à désirer quant à la facture, mais encore elle tournait parfois en pa-
KPIGKAPllIF. MOXKTAIKi:. LA I.IXJKNDH lOl
rodie, le graveur ne comprenant pas la langue étrangère dans laquelle la légende qu'il copiait était rédigée ; de même que les effigies copiées devenaient grotesques, les légendes imitées devenaient burlesques. Alors, à côté d'une certaine ressemblance extérieure ou en bloc, on constate, en y regardant de près, un assemblage de lettres qui n'a plus aucun sens. Telles les imitations exécutées par les Barbares de monnaies d'or macédoniennes; ainsi encore pour les monnaies romaines (argent, bronze, or) copiées par les Germains, et pour les pièces byzantines copiées par les Slaves, sans parler des innombrables imitations qui virent le jour à l'époque des grandes invasions. Ici, ce n'est plus de l'imitation, c'est du gribouillage monétaire ; la facture est enfantine et dénote chez l'imitateur une partaite incompréhen- .sion des lettres qu'il cherchait à reproduire : c'est d'une manière tout aussi naïve et fantaisiste que les Croisés copièrent les inscriptions arabes des monnaies des Calites, quoique par eux l'épigraphie coufique ait été introduite en France comme motif ornemental d'architecture.
Fautes d'orthographe. — Il n'est pas rare de relever sur telle monnaie des fautes d'orthograplx; : omission, interposition, mauvaise position d'une lettre. Les monnayeurs de tous les temps furent coutumiers du fait; ce qui prouve aussi que l'employé auquel incombait la surveillance et le contrôle des coins et des essais s'acquittait de ses devoirs d'une façon hâtive et peu méthodique. Ces « lapsus » sont fréquents là surtout où la légende n'était pas gravée à même le coin, mais composée au moyen de lettres mobiles qu'on enfonçait dans les coins. En ce qui concerne les pièces romaines, ces fautes surgissent principalement sur les monnaies battues dans les officines provinciales ; dans les ateliers
de la métropole, on travaillait avec plus de soin. Exemples de fautes orthographiques :
VOTA DECENALIA au lieu de dccetimilia, sous Gallien. TEXPO(rum) » temp{oru?n), sous Claude II.
.AEQVTAS AVGG » aequitas, sous Quietus.
LIBERLAS AVGG » libei-tas, sous Régalien,
R'XONI REDIXE » rcginae, sous Dryantille.
IM. ASS. LAT. POSTVMVS PP AVG = Imp. Caes. Lat.
Postumus P. f. Aug.
FELIC. TC\"P au lieu de fdic{itas) lei/ip(or7an), sous \"\c-
torin.
INVnW RO]\IA .; invicia, sous Alexandre IL
La gravure des coins sous les empereurs gaulois Tetricus !"■ et II est déplorable ; ainsi SPXCVS AVGG, ce qui n'a aucun sens. Les omissions de lettres ou les assemblages les plus fantaisistes y sont, pour ainsi dire, à l'ordre du jour.
Marque de l'atelier. — L'ensemble épigraphique d'une monnaie n'est complet que s'il nous renseigne sur le lieu (l'atelier) où la pièce a été frappée.
La marque (ou la lettre) qui donne ce renseignement figurait déjà sur les pièces des Diadoques ; elle est de règle sous les empereurs romains, chez les B3'zantins ; on la trouve sur les pièces du moyen âge ; elle apparaît régulièrement dès le quinzième siècle ; voir chapitre \.
Marque d'émission. Pour différencier les émissions de numéraire les unes des autres, on munit les pièces respectives d'un signe conventionnel : lettre, étoile, point, etc. C'est ce qu'on appelle le « point secret. » Le lecteur trouvera dans une étude de Ilettner (/// JVcsldciitchc Zcilschrifl ,