CARACTÈRE RÉGRESSIF DU SOCIALISME
Scs adeptes placent leur idéal dans l’Etat, croyant que cette entité a des réserioirs de richesses, de faveurs et de bonheur à leur disposition. Mais, comme ils sont en contradiction avec l’évolution générale de l’humanité, ils ne peuvent remporter que des succès passagers et précaires.
Herbert Spencer a montré, dans ses Principles o| Sociologij, que l’origine du gouvernement, c’est la guerre. L’agrégat humain qui a besoin de se défendre ou d’attaquer prend un chef qui se distinque par ses qualités guerrières. Les individus acquièrent la foi dans le pouvoir gouvernant et sont dociles aux arrangements d’autorité. Cette docilité est augmentée par le caractère religieux (ju’elle reçoit des légistes sacerdotaux.
Mais, à côté de cette civilisation, à l’intérieur même de cette civilisation, en grandit une autre ; c’est la civilisation industrielle, fondée sur la division du travail et l’échamie.
L’écliange est un contrat consenti par le vendeur et l’acheteur à la suite d’une décision personnelle de chacun d’eux. En forçant l’individu à décider par lui-même, il déveloj)pc l’initiative individuelle. Il apprend à chacun à apprécier l’équivalence des objets à échanger. La civilisation industrielle représente le maximum de combinaisons à la fois hétérogènes et cohérentes. Dans les civilisations développées, tout individu fait à chaque instant des actes d’échange sans s’inquiéter de la volonté des pouvoirs publics. Ce ne sont pas les chefs qui le mènent, c’est lui qui se conduit. La civilisation industrielle élimine donc, comme l’a démontré Sumner Maine (1), le statut, les arrangements d’autorité, et les remplace par le contrat.
Que font les collectivistes quand ils veulent soumettre tous les actes de la vie économique à l’Etat ? Ils veulent modeler la civilisation industrielle sur le type de la civilisation guerrière (2).
Les socialistes internationaux, M. Jaurès en tête, affirment à chaque occasion leur, volonté pacifique, au moins à l’extérieur : mais leur idéal, c’est une organisation guerrière ; et elle présente
(1) L\incifn Droit,
(2) Y, Société d^Economie politique, 5 juillet. Observations de M. Courcelle-Seneuil sur Tassurance siir les accidents.
cette incohérence d’être destinée à faire des actes économiques et non des actes belliqueux- Ils prétendent représenter le progrès. Leurs conceptions sont ata\ i(pies et en contradiction avec le résultat à atteindre.
Cette contradiction n’est pas suffisamment aperçue. M. Clénienceau crible de scs sarcasmes le collectivisme de M. Jaurès : c’est bien ; mais en proposant une législation socialiste, il le prépare, voilà l’erreur.
Cette erreur constitue le danger immédiat. La science économique seule peut la dissiper. M. Méline lui-même le sent si bien qu il en réclame l’enseignement (1). Mais l’enseignement opportuniste et optimiste du socialisme bureaucratique, fait par la plupart des professeurs des facultés de droit, loin de détruire les illusions socialistes, ne peut que les dévelojjper. Elles ne peuvent pas davantage être dissipées par les palliatifs et les émollients dont le Musée social lient une si large provision. Le Parlement ne doit pas non plus se considérer, comme une succursale de 1 Institut Pasteur, débitant du socialisme dilué pour l’inoculer comme vaccin aux gens atteints ou menacés de socialisme aigu. Ce qu il faut, c est la constitution d’un parti énergique et conscient qui mette a sa tête des hommes capables d’opposer, sans atténuations ni concessions, aux sophismes socialistes, les vérités économiques : qui use affirmer hautement que, d’après toutes les lois inductives obtenues, le progrès est en raison du développement de la propriété individuelle, de la liberté du travail et de l’échange, et que, par conséquent, toutes les prétendues réformes, y portant atteinte, sont régressives.
Yves Guyot-
(1) La République française du 23 juin.
Paris. — Typ. A. Davy, 52, rue Madame. — Téléphone 704’19.