IMPRIMERIE DE LA CONSTITUTION, RUE DE PARIS
'-RD COLLEGE LIBBARY HZ AULARD COLLECTION l£.U IN MLMORV Of liALD CA:îï COOUDGE CTOBiK 10, 1932
L'œuvre scolaire de la Révolution a été importante ; personne aujourd'hui ne s'avise de le nier, car le temps n'est plus oir Ton croyait avoir tout dit en accusant les hommes de la fin du xvm e siècle d'avoir seulement opéré des destructions; s'ils ont en effet démoli les vieux édifices qu'il était nécessaire de jeter à bas, ils ont aussi fait le plan d'édifices nouveaux.
Les réformes politiques et sociales ne leur ont pas suffi et beaucoup ont compris qu'à un état nouvellement conçu il fallait une école et des méthodes refaites sur nouveaux frais. Ce que Turgot avait rêvé et désiré quand il conseillait la « création d'un conseil de l'instruction nationale » qui dirigerait tout, cela fut réalisé par la Législative et la Convention. On créa, en effet, dans ces deux assemblées, des comités d'instruction publique ; chargés de l'organisation de l'enseignement.
L'impulsion qui partit de Paris se propogea en province et dans chacune des assemblées de département on s'intéressa aux écoles locales, on eut le souci de les faire visiter et surveiller par des citoyens que désignait leur compétence, on se préoccupa de savoir si le civisme des maîtres et des élèves était de bon aloi, si l'enseignement était donné d'une manière convenable ; bref, l'éducation et l'instruction devinrent choses nationales et nul n'eut le droit de s'en désintéresser.
Il nous a paru intéresantde publier ici le procès-verbal de la visite du collège faite le 30 octobre 4792 par un
délégué de l'Assemblée du chef lieu. Ce document dont la phraséologie sentimentale et naïve indiquerait d'ailleurs la date, présente un tableau du premier établissement d'instruction à Àuxerre à la fin du xvm e siècle. (1) On y voit qu'au collège « où séjournaient les hommes qui sont l'espoir de la Republique », la discipline était paternelle, l'instruction solide, la nourriture abondante, la santé excellente. En général les professeurs suivaient exactement le programme qui leur était indiqué et les élèves, de leur côté, s'appliquaient à remplir leur tâche consciencieusement. Cependant, il n'est pas sans intérêt de remarquer que le délégué de 1 assemblée insista sur la nécessité qu'il y avait à ne pas négliger « l'étude des modèles de la latinité » et à ne pas se livrer exclusivement à celle des mathématiques. Il déclarait que cette discipline était essentielle, « surtout dans une république où tous les citoyens appelés à concourir aux places devaient, avec de bonnes vues et des intentions droites, y porter autant que possible des connaissances de tout genre et le talent surtout de développer leurs idées avec netteté et de convaincre les citoyens témoins de leurs discussions ». La conception de la vertu éducatricedes « classiques » était peut-être étroite, car le délégué de l'Assemblée songeait avant tout au « développement » et à la simple rhétori-
3ue ; néanmoins ses idées seraient encore bonnes à méiter.
Egalement intéressantes sont les méthodes pédagogiques de certains professeurs qui ont « affranchi leurs élèves de la leçon écrite (nous dirions du « cours ») et ont pour principe de tout livrer au raisonnement et à l'intelligence « en procédant à l'interrogation habilement faite > : On avait inventé et on pratiquait il y a cent ans un système qu'à l'heure actuelle on tend de plus en plus à introduire dans renseignement secondaire.
Le rapport lu à l'Assemblée produisit la meilleure impression ; avec enthousiasme on vota des félicitations au principal et aux professeurs ; de plus, on saisit l'occasion qui s'offrait de rappeler aux boursiers qu'ils devaient
(1) Nous aurons l'occasion dans la suite, de montrer ce que fut • l'Ecole centrale » d'Auxerre.
par leur travail mériter les « bienfaits de la Nation », et de dire, à tous en général, « qu'il ne faut jamais perdre de vue qu'une des dispositions fondamentales de notre gouvernement est que tous les citoyens soient admissibles aux places et emplois sans autre distinction que celle des vertus et des talents, que le citoyen utile sera désormais le seul honoré, et que l'homme sans talents sera condamné au mépris général et deviendra un fardeau pour la société, qui ne le verra qu'à regret subsister dans son sein. »
Sous une forme un peu déclamatoire et en termes pompeux on exprimait une idée qu'il est bon de rappeler quelquefois. N est-ce pas d'ailleurs une conception devenue bien actuelle que celle de l'honneur dû au seul citoyen utile, de la distinction conférée aux seules vertus, et du « mépris général » auquel l'oisif doit être condamné ?
Charles Schmidt.