CHAPITRE III
La MaisM de la me de La MaiHeraye
L'abbé Chauchard, dès son arrivée au Collège, comprit que « Texiguilé et Télat de vétusté du local » étaient un grave obstacle à la prospérité de cet établissement. Ils s'en ouvrit au Bureau d'administration, qui reconnut d'autant plus facilement la justesse de ses observations que déjà, dans un but d'agrandissement, il avait projeté d'acquérir une maison située au sud du Collège, et ayant pour propriétaire un prêtre nommé Duval. Mais quel parti tirer d'une maison menaçant ruine 7 La jeter par terre pour en bâtir une nouvelle au môme lieu, c'était faire ressortir avec trop d'évidence l'état de délabrement du Collège ; une raison de convenance semblait s'y opposer. Raser à la fois la maison Duval et le Collège, ce n'était pas remédier au mal puisque l'emplacement lui-même n'était ni assez étendu, ni assez aéré, ni assez salubre.
Vers le même temps, on apprit que la Ville allait vendre les casernes de la Marine. Vite, le Bureau d'administration s'y transporta, et, après une visite minutieuse, constata avec satisfaction qu'on les transformerait en Collège à peu de frais. Il s'enquit du prix d'estimation avec l'espoir d'engager la Ville dans une excellente affaire ; mais il recula devant l'évaluation, qui dépassait la somme de deux cent mille francs.
216 LE COLLÂOB DU HAVRB
On convint alors, que pour résoudre la difficulté il n'y avait pas d'autre ressource que d'acheter à THospice un des terrains qu'il possédait dans la nouvelle ville, et d'élever sur ce sol des constructions assez spacieuses pour y installer le Collège et le Pensionnat qu'on désirait y annexer. Si la concession de ces terrains pouvait être consentie moyennant une rente, la Ville n'aurait à débourser pour le moment que les dépenses nécessitées par la construction des bâtiments.
L'Administration municipale, approuvant en principe cette proposition dans sa séance du 13 Décembre 1825 (1), s'opposa néanmoins à l'inet^llation provisoire du Collège dans une maison sise rue des Galions et appartenant à Ancel (ils, qui demandait trois mille francs de loyer. Ce refus n'était pas motivé par l'intention de construire au plus tôt un autre Collège ; car en même temps, sous prétexte qu'elle était trop endettée, la Ville décidait de surseoir k toute ^oiiuisiAioa de. t^r^^ain. £t mèioe, après plusieurs projets et plusieurs délibérations, elle déclara, le 22 Janvier 1831 (2) qu'elle revenait sur tous ses projets antérieurs, et que, somme toute, elle préférait acheter une propriété toute bâtiei pour y établir son Collège.
On lisait, en effet, dans la feuille du 31 Mai 1831, qu4 donnait un état sommaire du budget communal : « Le projet d'acquisition d'un terrain pour la construction d'un Collège doit être abandonné Un local choisi dans la Ville y suppléera. » Ces
derniers mots éveillèrent l'attention de quelques propriétaires qui vinrent immédiatement faire leurs offres de services à la Municipalité.
Ainsi on chercha à louer à bail une maison située à l'angle de la rue de Bordeaux et de la rue Caroline (3). Sans doute, cet immeuble, bâti à trois étages, présentait de grands avantages pour un établissement d'éducation ; mais le bail avait une durée de neuf ou douze ans, et le prix de location variait eplre six et sept mille francs. Ces conditions trop onéreuses pour la Ville l'empochèrent de traiter avec les propriétaires.
Comme on le voit, la question n'avait guère avancé.
Au mois de Décembre 1831, le Principal crut avoir enfin triomphé de toutes les difficultés. Le pavillon Poache, qu'il venait
(1) Archives municifiales. — Délibérations, Reg. VI.
(2) Ibid. — Déia)ération8, Reg. VUI.
(3) Aujourd'hui, rue Racine.
BUB DE LA MAILLBBAYB S17
de visiter à Ingouville, lui avait paru susceptible de répondre à toutes les exigences d*un établissement d'instruction publique. Le propriétaire^ homme du reste très accommodant, voulait bien céder sa maison au prix de 75,000 francs. Le Principal proposait de prêter 25,000 francs et d'en recueillir autant à Faide d'une souscription remboursable par la Ville à des époques déterminées ; de son côté, Foaehe consentait à ne toucher qu*en 1836 le dernier tiers du prix de vente. Vraiment la mise à prix et les conditions qui y étaient annexées semblaient acceptables, et on savait par ailleurs le propriétaire assez généreux pour rabattre encore un peu de ses droits.
Cette offre fut soumise, le 17 Décembre 1831, au Conseil municipal, qui en renvoya Texamen à une Commission spéciale nommée au scrutin et composée de Oursel, Prissard et Bertin.Cette Commission, le 26 Janvier 1832, déposa un rapport qui était entièrement défavorable à tout projet de changement de local.
Après rénumération des divers inconvénients que rétablissement d'un Collège, sur le territoire d'une autre commune et en dehors des limites des fortifications, apporterait à la surveillance, le rapporteur trouvait trop considérable le trajet que, quatre fois par jour, les collégiens externes auraient à parcourir pour se i-endre aux classes du Collège et pour en revenir ; puis, par-dessus tout, les finances de la Ville ne permettaient d'affecter aucuns fonds à la création d'un nouveau Collège.
Deux mois après, le Principal, reprenant sous une autre forme la question de l'agrandissement du Collège, conseilla l'achat de la maison Duval. 11 s offrit même de verser à la Ville une certaine somme pour l'aider à amortir l'emprunt qu'elle serait obligée de contracter si elle volait cette acquisition ; mais le maire ne jugea même pas à propos de communiquer à son Conseil la proposition du Principal.
L'article X de la loi du 28 Juin 1833 vint bientôt contrarier les intentions de la Municipalité. Cet article imposait aux villes, telles que le Havre, l'obligation d'établir une Ecole primaiit supérieure. Il y avait alors dans notre cité soixante-cinq établissements scolaires ; quarante-cinq étaient tout à fait élémentaires, seize étaient des écoles primaires supérieures fort incomplètes, et quatre pouvaient être assimilés aux Collèges communaux. Inutile d'ajouter que la plupart de ces maisons ne recevaient qUe quelques écoliers. Le 15 Novembre suivant, le Ministre autorisa par une
218 LB COilÈgm DC BAvnc
circulaire la réunion des Ecoles primaires supérieures aux Collèges communaux, « pourvu que le Collège et TEoole primaire supérieure forment deux établissements distincts. » Le Ministre, en favorisant la contiguïté et en s*opposant à la confusion, voulait tout d'abord épai^er aux villes, soit des frais de location, soit des frais d'acquisition ou de construction, puis permettre aux régents du Collège de professer, moyennant un léger supplément de traitement, certains cours dans TEcole primaire supérieure, et procurer ainsi à cette école des maîtres d'une capacité éprouvée.
Il était évident que le local du Collège ne répondait plus aux prescriptions ministérielles. Une population de 24,000 âmes réclamait autre chose que la maison de Tabbé Petit.
Louer un local pour y placer l'Ecole primaire supérieure, ce n'était ni résoudre la difficulté, ni satisfaire le Ministre qui désirait rapprocher le plus possible, sans toutefois les identifier, le OoiUège et l'Ecole primaire supérieure.
Il valait mieux acheter un tlot de terrain pour y édifier un établissement complet d'instruction publique.
Le Conseil municipal adopta, le 8 Février 1834, les conclusions d'un rapport présenté sur la question par Frissard, et annula sa délibération du 5 Juin précédent. Il fut décidé, en outre, que le maire traiterait avec la Commission administrative de l'Hospice, qui était propriétaire du terrain convoité, et qu'on paierait ce terrain à l'aide d'une rente amortissable.
Cet Ilot était situé entre les rues de La Mailleraye, Dicquemare, de Berry et Bernardin-de-Saint-Pierre ; la majeure partie appartenait à THospice, et une petite portion de forme irrégulière au Domaine. Le plus commode était certainement de se procurer la masse de terrain tout entière pour en revendre ensuite telle fraction qui ne serait pas utilisée. C'est sur cet emplacement qu'on élèverait le Collège, l'Ecole primaire supérieure, et l'Ecole d'enseicnicnient mutuel. Mais pour réaliser ce projet, il fallait de l'argent. Précisément, les dépenses prévues comportaient l'acquisition de terrains et les constructions.
Il y avait trois terrains à prendre :
i* Le terrain du Domaine, formant l'angle Nord-Ouest des rues Dicquemare et de Berry, avait 145 mètres 6 de superficie. Le 8 Mars 1834, les trois experts, Pierre Parquer « propriétaire et maître charpentier », L. Legros « arpenteur géomètre » et D.-O. Grouard « propriétaire », l'estimèrwit 52 francs 50 le mètre carré.
RUB VE LA MAItUSRAYB 219
2^ Le terrain de THospice fut estimé, le 5 Mai 1834, 40 francs le mètre carré par Perquer et Grouard. Borné : à TEst, par la rue Bernardin-de-Saint-Pierre ; à rOuest, par la rue Dicquemare ; au Nord, et un peu à TOuest, par la portion du Domaine, et encore au Nord, par la rue de Berry, ce terrain contenait 2^567 mètres 50 centimètres.
3* A ces deux terrains, on ajouta un triangle de terre dont rachat s*imposait par suite du dessein qu'on avait, d'abord d'établir au Nfiili la façade du bfttiment principal, puis de réserver en avant un espace triangulaire, qui faciliterait tes abords du Collège et la circulation de Tair.
Rétablissement une fois construit, on comptait qu'il resterait comme surface disponible : 1* !e petit coin de terre du Domaine ; 2* une portion de 906^mètres du lot principal acquis de lHospice.
L'architecte de la Ville, Lemarcis (1), dressa alors le plan des constructions projetées, plan sur lequel Frissard, le 18 Juillet 1834, communiqua au Conseil municipal un rapport détaillé. Voici quels étaient, d'après Frissard, les travaux à exécuter :
Un corps principal de bâtiment destiné à servir de Collège ; puis deux ailes, l'une à droite réservée à l'Ecole d'enseignement mutuel et simultané (rez-de-chaussée), à l'Ecole primaire supérieure (premier étage), et à l'Ecole de dessin (deuxième étage), l'autre à gauche pouvant former à l'occasion un complément au Collège. Cette seconde aile ne devait pas être bâtie immédiatement. Chaque corps de bfttiment comprenait un rez-de-chaussée et deux étages superposés. Vers la cour, derrtère te bâtiment principal, une galerie couverte servirait de dégagement au rez-de-chaussée et aussi d'abri aux élèves pendant les récréations. Au-dessus de cette galerie, dans les étages supérieurs, régneraient de vastes corridors qui dégageraient les classes et les logements, et faciliteraient les mouvements des élèves. Le Principal occuperait le centre de l'établissement ; le cellier et le bûcher seraient au fond de la cour, et, dans les greniers, on pratiquerait des mansardes au lieu de tabatières, afin d'y installer au besoin un dortoir.
Mais la Municipalité avait contracté des engagements envers l'administration de la Douane en lui promettant la construction
(1) Il signait son nom avec un c.
220 LB OOLtiMMB OU KAVM
de bâUments nécessaires à son serviee. L*état de ses finances ne lui permettant pas, peur Tinstant, de maintenir sa parole, te Conseil municipal voulait temporiser ; il ne se déjugeait pas, il ajournait seulement Texéculion de ses desseins. Mais le Ministre de rintérieur ne Tentendit pas ainsi ; il informa la Ville du Havre qu*il ne signerait Taulorisalion d'élever un établissement d'instruction puMique qu'après la construction des b&timents réclamés par la Douane. Le Conseil m>micipal apprit avec peine cette décision ministérielle. On insista de nouveau. Le maire supplia le il Novembre i834, le préfet, puis> deux jours après, le Ministre de rinstruction publique, d'intervenir en faveur de la ViUe du Havre auprès du Ministre de rintérieur pour en obtenir Tapproba- Uon des projets de construction^ qui lui avaient été soumis ; ce lut peine inutile. Devant la résistance du Ministre, le Conseil municipal comprit qu'il devait céder. Dans sa séance du 23 Janvier 1835, il s'engagea i, commencer dans le courant de l'année les travaux prorais à l'adminislralion des Douanes.
Alors, en prévision d'une solution prochaine et décisive de l'affaire, on remania avec soin le plan déjà préparé et on lui fit subir quelques modifications, qui nécessitèrent un surcroît de dépenses de 13,752 fr, 10, acceptées le 11 Avril 1835 par le Conseil municipal.
Enfin, le 24 Mai 1835, une Ordonnance royale, contresignée par Thiers, autorisa l'Hospice du Havre à aliéner son terrain et la Ville du Havre à l'acquérir. Cette aliénation eut lieu le 13 Juin 1835, conformément au prix d'estimation de 102,700 fr. Pour acquitter cette dette, le maire Lemaistre constitua, au profit de l'Hospice, une rente perpétuelle de 5 pour 100, c'est-à-dire 5,135 fr., payable par moitié, tous les six mois, entre les mains du receveur de THospice. La Ville eut cependant la faculté de rembourser le capital par parties, pourvu que chaque paiement ne fûl pap inférieur à 10,000 francs. L'adjudication des travaux fut passée le 3 Juillet 1835, puis approuvée du préfet le 13 du même mois ; et aussitôt l'entrepreneur de maçonnerie Mongrard se mit à rœuvre. Il déploya une grande activité à creuser les fondations du nouveau Collège. Il n'y avait pas grand temps à perdre, car la Municipalité désirait voir, avant l'hiver, toutes les fondations terminées, et même les murs déjà élevés à une certaine hauteur. L'article XI du cahier des charges portait que tous les travaux devaient être •exécutés dans Tespace d'une année, à commencer du jour fixé par "chitecte, et ce sous peine de subir unt réëuetioo de iOO francs
nUB DG LA MAIIXERAYS 221
pour chaque jour de retard. Le 5 Août 1836 fut le dernier délai accordé. Mais à cette date les constructions n'étaient guère avan^ cées, et la Municipalité pensait, quand mAme, ouvrir le Collège au ffiois d'Octobre suivant.
L'entrepreneur, cependant, n'était pas en faute. La mauvaise qualité du sol, qui était situé dans remplacement des anciens fossés de la ville, exigea un système de fondations particulières. Les bases de Tédiflce furent assises sur des plates^formes en hètere, présentant une largeur de deux mètres, et elles furent faites en « libage » sur tous les points principaux de la construdioii, avec maçonnerie de « bitte » dans les intervalles.
Puis, rhiv^ précédent, le temps avait été si matdvais qu'on avait dû, k diverses reprises, interrompre tout ouvrage. Ces sus^ pensions, bien constatées aux termes du troisième paragraphe de rarticte XII du cahier des charges, avaient duré quarante jours. En outre, une prolongation de délai avait été prévue pour les travaux supplémentaires. Malgré tous les contretemps^ Mongrard écrivait au maire, le l*' Août 1896, qu'il espérait terminer le tout pour répoque de la rentrée des classes ; mais on fit bien de ne pas trop compter sur la parole de l'entrepreneur, car, au 1^ Octobre, rien n'était prêt. Le maire cependant le pressait toujours, et le 29 Novembre, il se plaignait encore du peu d'activité qu'on mettait à l'achèvement de la construction.
Les bâtiments édifiés consistaient : 1"" en un principal corps d'habitation élevé de deux étages au-dessus du rez-de-chajus6ée et d'un troisième étage en mansardes, sur une place qui bordait la rue de La Mailleraye ; 2"" en un autre corps d'habita,lion de même hauteur que le précédent, auquel il était contigu, et s'étendant ea retour d'angle sur la rue Bernardin-de-SaintrPierre ; 3* en diver^ ses dépendances, établies au rez-de-chaussée et adossées en appentis contre le mur de la partie Nord de l'enceinte de l'établissement* Tous ces bâtiments étaient construits en briques et couverts en ardoises.
Au mois de février 1837, le nouveau Collège était debout ; mais, n'étant pas meublé, impossible de s'en servir. Le devis du mobilier monta à 8,133 fr. 50. C'était peu, si Ton considère qu'il y avait à garnir la salle d'étude, la salle de retenue, le parloir, le grand réfectoire, la cuisine, cinq classes, la classe de dessin, la Kflgerie, l'infirmerie, le dortoir, la buanderie, et à installer îê système d'édalra^ au moins dans la constructiOD principale.
L'architecte Jean*M«rin Lemarcis procéda le i*' Mai 1837 à la réception définitive des bâtiments du Collège en présence du maire et de l'entrepreneur. On avait dépensé 163,947 Ir. 08.
Le nouveau Collège ouvrit le 1*' Octobre 1837, quoique encore bien incomplet. Les bâtiments avaient assee bonne £4>parence, mais manquaient de solidité. Aussi.» pendant toute la durée de son existence, cet établissement coûtera cher à la ViUe. L'architecte aura toujours, en dehors de l'entretien ordinaire, à préparer quelque devis, soit pour une construction nouvelle, soit pour quelque réparailion. urgente.
On disposa d'abord une chapelle dans une pièce du rez-dechaussée^ du côté de la rue Bernardin-dehSainirPierre. Les frais dCk cette installation s'élevèrent à 4,830 francs (1) et ceux du mobilier à 3,200 francs. Cette chapelle ne fut livrée au culte qu'en 1830. En cette même année, on s'occupa de construire de nouveaux b&timents au, nord de la cour. Le devis, arrêté par l'architecte Bnuiet- Del^nes.le 23 Juin 1840, montait à 77,175 francs, hpnoraiTes de l'architecte compiûs ; il fut approuvé par le Conseil municipal le i7i Juillet, par le Conseil des bâtiments civils le 10 Décembre, par décisioin. ministérielle le 5 Janvier 1841, et par le préfet le 11 Janvier. L'ac^udication des tnavaux eut lieu le 10 Février 1841.
Les ouvrages à exécuter se classaient ainsi :
1* Sur la salle de récréation, située au Nord de la grande cour, coQsIruction d'un bâtiment à deux étages avec mansardes pour y installer de nouvelles classes et des chambres de profes* seurs (somme dépensée 52,5€0 francs).
2* Construction, dans TOuest de la cour, d'une salle de gymnastique servant en même temps de communication couverte entre le bâtiment principal et celui des classes projeté (9,450 fr.).
3* Dans Taile de TEst, nouvelles dispositions au premier et au deuxième étage pour y adapter quatre classes à l'usage de l'Ecole primaire supérieure (7,330 francs).
4"" Nouveau dortoir dans la partie Est des mansardes du bâtiment principal (2,100 francs).
5" Au moyen d'une grille ou d'une claire-voie en bois et fonte, clôture de la cour située en avant du Collège, installation de quelques divisions dans les anciens bâtiments, d'un aqueduc pour
(1) Archive» munioi|>aki8. •- Délibérations, reg. X, n Novembre 1887.
RUE DE U MAILLBRAYE 229
récouiement des eaux de la cour et d'une borne^fontaine avec ses conduites (5,775 francs).
Huit ans à peine s'étaient écoulés, depuis rachèvement de ceâ importants travaux, qu'on avait déjà à déplorer Tétat défectueux de plusieurs constructions du Collège et en particulier du préau couvert (i). La partie supérieure de ce préau était faite « en berceau avec fausses pénétrations ». Le pied des fermes s'écarlant avait produit l'effet d'un arc dont la corde se détend. D'ordinaire, dans la charpente d'un toit, la partie inférieure des arbalétriers s'assemble dans un sommier horizontal qui empêche cet écarts ment ; mais le ereux de la voûte pratiquée dans ce comble ne permettant pas de lier ainsi Içs fecmes, il eût fallu donner aux murs latéraux une épaisseur plus considérable, ou au moins installer à l'intérieur d'assez forts pilastres. On aurait ainsi évité l'abaissement de la charpente, affaissement qui occasionna les lézardes des murs et les crevasses de la voûte plafonnée.
En Novembre 1849, le Principal demanda la fermeture complète de la cour existant au-devant du CoUège. Cette cour était en quelque sorte à la disposition du public, et par suite n'était d'au-^ cune utilité pour l'établissement Convenablement close, elle suppléerait à l'insuffisance de la cour intérieure, insuffisance devenue plus manifeste encore depuis la dernière rentrée des classes. I^s élèves jouissant ainsi de deux cours pour leurs récréaiions, on les séparerait d'après leur &ge, et alors tous prendraient plus aisé* ment leurs ébats au grand air, sans communication aucune avec l'extérieur. La direction du Collège voyait là une mesure de mojulité et d'hygiène à la fois. On ne fit pas droit immédiatoment à cette requête si raisonnable. Et pourtant il en coûtait bien peu de clore, à l'aide de planches, la cour extérieure !
A la môme époque, le Principal informa le Bureau d'admi* nistration que, depuis la dernière rentrée, il s'était vu, à cause du grand nombre d'élèves, dans la nécessité de transformer en classes les salles d'étude et même le réfectoire, mesure qui offrait de graves inconvénients tant au point de vue de l'hygiène que de la discipline. Il proposa d'installer deux salles d'études dans la classe de dessin et de faire servir au cours de dessin la salle réservée à récole gratuite, laquelle communiquait directement avec le Collège. Cette double affectation était facile, puisque les deux cours de
(1) Archives municipales. — Rapports, Reg. I, fol. 269, 25 avril 1B49.
£94 LG 'GOLLtoB DU 1IAVA8
dessin étaient falla par le même pro<es8eur et h des heures néees*
sairemeni différentes. Le Bureau appréciant les observations du Principal demanda à la Ville rétablisaement et Tameublement de deux salles d'études dans la classe de dessin.
L'année suivante, les malheureux collégiens étaient exposés à se blesser en jouant sous les galeries couvertes ; les dalles de ces galeries étaient en effet brisées et formaient des accidents de terrain qu'on ne se hfttait que trop lentement de réparer.
En revanche, une question, sans cesse posée et sans cesse mise à rétude, fut la question « dortoir ». L'Administration municipale ne pouvant se cacher à elle-même, soit le mauvais état des dor* toirSf soit leur eaciguité, fut contrainte, pour ce motif, de fréquemment intervenir.
Hur une demande faite en Juillet 1850 par le Principal, on disposa un nouveau dortoir pour la rentrée suivante. Les deux dortoirs existants, même avec trois rangées de lits, n'auraient pu suffire.
En Août 1851, autre misère. Le plafond du dortoir formant Tangle Ouest du grand bâtiment du Collège se trouva tellement délabré que l'architecte dut au plus tôt l'étayer s(riidement.
Enfin, en 1863, les dortoirs ne permettant plus de loger tous les élèves pensionnaires, il devint indispensable d'en créer sans retard. On eut beau chercher, il n'y avait pas dans l'établissement de salle susceptible de recevoir cette attribution. On s'arrêta alors au parti le pkis simple qui était de bâtir un étage au-dessus du portique couvert régnant à TOuest de la cour. Le Principal se procura ainsi un emplacement pour une vingtaine de lits (i).
A partir de 185B, ce ne sont plus les dortoirs trop peu nombreux, ou trop étroits, ou trop endommagés, qui entravent le développement du Collège, c'est la petitesse de tout le local. On avait, en effet, utilisé comme dortoirs tout ce qu'il avait été possible de con. sacrer à cet usage ; et, d'un autne côté, la chapelle, le réfectoire, les salles d'études, les cours de récréation, etc..., c'était notoire, manquaient absolument d'espace.
On dépensa, en cette année 1865, 3,200 francs pour Tinstallation d'une infirmerie, d'une lingerie, et pour divers changements ou réparations ; mais on ne remédia pas au mal. Aussi, quelques
(1) Le gaz fut installé au Collèges en 1853. On dépensa plus de 2,000 francs en frais «TappareilB.
HUfr I»E LA MAlU.fiRATfi
mois aptte, la néeessité <)*agrândir le Collègre se faisait setitir plus Impérieuse que jamais. Les dispositions des dortoirs n'étaient pas conformes aux règlements, et les dimensions des cours et réfectoires étaient si restreintes qu^il fallait diviser les récréations et les repas au grand préjudice d'une bonne discipline et de l'unité de la direction (1).
Voici quelle fut la disposition des locaux du Collège sous Tadnrânistrati(Ni de Dantu.
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. Rez-de-chaussée du Collège
Sans compter le présoi, dont la hauteur ne dépassait pas le premier étage, il y avait trois corps de logis : la façade sur la rue
(1) Le premier dîner, fixé & 11 h. 1/2, était servi aux élèves de Cinquiènie, Septième, Huitième, Neuvième et Dixième ; le second, &. midi, réunissait les élèves de Première, Seconde, Troisième, Quatrième et Sixième. Les internes seuls prenaient part au souper, & huit heures. (Communication de M. Léon Vallln.)
de La Mailleraye, la consixiiciioa du fond adossée aux maisons de la rue de Berry, et Taiie qui longeait la rae Bernardin-de-Saiot^ Pierre. Chacun de ces tet>is bfttinients avait : 1"* un rez-de«chaussée très élevé, dont la ptanche ci-contre rappelle la distribution (i). Les fenêtres grillées donnant sur la rue étaieni à une grande hauteur ; le bas de ces fenêtres se trouvait à deux mètres au moins au-dessus du sol ; 2"" un premier étage très haut de i^afond ; 3*" un second étage un peu moins haut ; 4* sous les toits, un étage mansardé très bas, où étaient les dortoirs.
Jusqu'en 1851, le Collège n'utilisa que le bâtiment de la façade, et celui du fond au Nord de la grande cour. Sur la rue Bernardinde-Saint-Pierre, la chapelle seule dépendait du Collège. Les étages, situés au-dessus, étaient réservés & TEcole primaire supédeure et à TEçole municipale de dessia, et on y accédait par la dite me. La Communauté des Ursulines, qui était de l'autre' côté dé cette rue, s'étant transportée à Ingouville dans la propriété d'Escherny, la Ville, devenue propriétaire de l'ancien couveat, le divisa en deux parties. L'une fut transformée en caserne pour les sapeurs-pompiers ; dans l'autre on installa les Ecoles municipales (Ecole primaire supérieure et Ecole de des^n). Les deux étages, occupés autrefois par ces Ecoles, furent dès lors annexés au Collège. Une portion du premier étage — au-dessus de la chapelle — fut aiïectée au logement de l'aumônier, lequel communiquait directement avec la sacristie, et avec la rue par une porte spéciale.
Le reste de ce premier étage et tout le seoond furent occupés par une étude de grands élèves et par les classes auivaokiB : Septième, Huitième et Préparatoire. On établit un dortoir au tfoisième étage.
Le bfttiment de la façade coniporlait au premier étage : à droite, les deux études des plus grands élèves ; au milieu, l'appartement et le cabinet du Principal ; à gauche, un doAoir ée petits élèves. Au deuxième étage, on avait disposé à droite deux études de moyens, la lingerie, l'inArmerie ; à gauche, les cabinets de chimie et de physique. Le troisième étage formait trois dortcMrs, un grand au milieu, un petit à chaque extrémité.
Dans le bâtiment du Nord étaient logées quatre classes à cha-
(1) n serait peu intéressant de reproduire la façade. C'était, comme toutes les maisons du Havre antérieures à 1845, une t>Âtisse en briques recouvertes d'un crépi, sans aucun motif architectural.
RUB m LA MAILLBRAYE 227
cun des deux étages, avec des chambres de surveillants et de maîtres du côté du préau. Le troisième étage était un dortoir long et étroit
Les dimensions de ce Collège devinrent, vers 1856, de tout point insuffisantes. Le maire, Edouard Lame, qui s'intéressait vivement au développement de la maison, se demanda s*il ne serait pas à propos d'enclaver dans le Collège les portions Nord et Ouest, longeant les rues de Berry et Dicquemare. Cette mesure, en même temps qu'elle se prêterait à de nouvelles installations, n'aurait-elle pas ravantage d'isoler tout à fait l'établissement, qui ne serait alors limité que par des rues 7 Après un sérieux examen ce projet fut abandonné.
En 1857 (1), l'opinion générale était que le Collège ne saurait être maintenu dans son état actuel ; il avait cessé d'être à la hauteur des besoins et des exigences résultant de l'extension de la ville et de l'augmentation toujours croissante de sa population. Au lieu d'agrandissement, n'y aurait-il pas lieu de songer à une translation dans un quartier plus central, sur un terrain beaucoup plus vaste et susceptible de mieux répondre aux nécessités d'un établissement de cette nature ? Pour le moment, on ne faisait que soumettre cette idée à l'attention du Conseil municipal.
En attendant sa réalisation possible, on dépensa, en 1858, 4.600 francs en divers travaux d'appropriation ; un dortoir, livré au service de la maison le 1** Novembre, eut tous les lits occupés en l'espace de huit jours.
Cependant la question d'agrandissement acquérait un degré d'urgence qui s'accentuait de jour en jour ; elle était l'objet de toute la sollicitude du maire (2).
On songea un moment à réunir l'ancien abattoir au Collège par la suppression de la rue qui séparait les deux immeubles ; mais, outre que ce projet n'aurait apporté à l'état de choses qu'une amélioration relative, sa réalisation devait entraîner des sacrifices considérables sans satisfaire aux vues de la Ville, qui étaient de créer un établissement capable, dans un avenir plus ou moins pro* chain^ d'être tiansformé en Lycée. Il ne fallait pas oublier d'ailleurs que l'agrandissement exécuté avec ces données imparfaites
(1) Archives municipales. — Délibérations, Reg. XVIII, fol. 133-139, 7 Juillet 1857.
i}t) Ibid. — Délibérations, Reg. XIX, fol. 129-135, 16 Juaiet 1858.
ne parviendrait jamais à modifier les agencements radicalement vicieux du Collège actuel. F^o^ce fui donc de suivre une antre voie ' on jeta d'abord les yeux sur un terrain qui semblait convenir à tous les développements que promettaient à la Ville du Havre sa position exceptionnelle et l'importance toujours croissante de ses relation^ commerciales dans toutes les parties du monde. Exposé au Midi, et préservé par la côte des vents de Nord et de Nort)- Ouest, ce vaste terrain de 18,520 m. 75 était situé « rue de Sainte- Adresse, carrefour des Quatre-Chemins » et appartenait à THospice. L'estimation en fut faite par les experts Coindet et Piquer, et c'est Tarchitecte Brunet-Debaines qui, en Décembre 1859, recul Tordre d'établir les plans et devis des nouvelles constructions.
Chacun sait qu'on renonça à ce projet, et que le Collège, transformé en Lycée, fut inauguré rue Ancelot en Octobre 1865. C'est à cette date que la maison de la rue de La Mailleraye, devenue libre, reçut une autre destination. Il importe, en terminant ce chapitre, de résumer la suite et la fin de son histoire.
On se souvient que la Ville du Havre avait créé une Ecole primaire supérieure, d'abord annexée au Collège en 1838, puis indépendante & partir de 1842. Mais la loi du 15 Mars 1850, en supprimant toute distinction entre les Ecoles primaires, avait tué du même coup les Ecoles primaires supérieures. Pour conserver celle du Havre, on modifia son nom et son objeL Les deux écoles, TEcole primaire supérieure et l'Ecole mutuelle, réunies en 1856, devinrent « l'Ecole primaire professionnelle ». Quatre ans plus tard, l'introduction du travail manuel dans l'école la fit appeler « Ecole industrielle ». C'est cette école qui fut installée, le !•* Octobre 1866, dans le local de l'ancien Collège. Eu égard au parti qu'cm tira du matériel de la maison, on ne dépensa que 18,000 francs en frais de transformation. Le rez-de-chaussée eut des ateliers de menuiserie, de forge et de serrurerie, et dans les étages supérieurs on ouvrit d'assez vastes classes. L'école prospéra rapidement. Le nom. bre des élèves augmentant, on sépara, le 15 Avril 1867, les apprentis des autJ^es enfants, et on forma ainsi « l'Ecole d'apprentissage ». Mais son installation défectueuse, ses ateliers trop petits, le manque d'air et de lumière, empêchèrent la Ville de donner une grande extension à cette école, qui ne pouvait recevoir que cent apprentis tout au plus. On chercha un meilleur local. Après bien des difficultés qui retardèrent la réussite des démarches alors entreprises, l'Ecole d'apprentissage fut enfin transférée, le 5 Octobre 1879» rue Uumé-d'AplemoQt.