Le collège industriel de Rimouski [microforme]
Dans une étude sur la Fondation du Collège de Rimouski, j'ai soutenu que dans ce pays on a toujours entendu par collège un établissement d'enseignement classique ou un corps enseignant créé dans le but de
préparer les jeunes gens à l'état ecclésiastique et aux professions libérales.
Pour justifier cette définition qu'on a trouvée trop
absolue, trop mesquine, je n'ai qu’un mot à ajouter.
Presque tous les collèges fondés par dgs prêtres dans la pre.nce de Québec ont été des collèges classiques, c'est-à-dire des maisons d'éducation ayant pour but de préparer les jeunes gens à l'état ecclésiastique et aux professions libérales. Quels collèges ont fondé Mgr Plessis, Mgr Cook, les Curateau, les Girouard, les Ducharme, les Mignault, les Labelle, les Théberge, les Crevier, les Painchaud, les Dufresne, les Millier, les Racine? Des collèges commerciaux ou bien des collèges classiques ? Ils ont tous fondé des collèges classiques. M. Alain ne voulait-il pas, lui aussi, fonder un collège classique à Saint-Bonaventure ?
Cela suffit, je crois, pour autoriser ma définition du mot collège.
Le but de cette étude étant de prouver que Mgr Baillargeon est le meilleur juge de la question de la
Sets
fondation du College de Rimouski, je me suis appliqué à faire ressortir son action dans le règlement de cette affaire importante. Les questions secondaires ont été négligées.
Quant à la méthode que j'ai suivie, je crois que c'est la plus simple et la plus expéditive. On part ordinairement de ce qui est connu pour arriver à &: qui ne l'est pas. Le nom du Séminaire de Rimouski est bien connu, mais celui du Collège de Rimouski l’est beaucoup moins. Il y a même confusion à ce sujet dans l'esprit de plusieurs : les uns soutiennent que par Collège de Rimouski il faut entendre le collège classique : les autres prétendent que ces mots désignent le co//ege industriel. La thèse mentionnée plus haut a été publiée pour faire cesser cette confusion.
Pour répondre au désir de plusieurs, j'entreprends aujourd’hui l’histoire du Collège industriel de Rimouski.
Quoique « Discipulus testis » ait déjà esquissé l’histoire de ce collège dans sa brochure : Le Séminaire de Saint-Germain de Rimouski. Quel est le véritable fondateur du Séminaire de Ririouski? je veux essayer à mon tour, à l’aide des documents officiels, de démêler les faits qui se sont accomplis de 1855 à 1862 et de leur donner leur véritable physionomie et leur juste valeur.
Et d’abord il importe de savoir ce que c'est qu’un collège industriel, de connaïtr : son but et ses moyens d'action.
Les mots, comme les hommes, sont si souvent menteurs.
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DES COLLÈC
Qu'est-ce qu'un collège industriel ?
« On a donné ce nom, dit l'honorable ].-0. Chauveau, à des institutions dont plusieurs ont été fondées avec la prétention d'être des collèges classiques, tandis que d’autres ont été établies dans l'intention expresse de remplir la lacune qui existait entre les institutions d'alors et les simples écoles. Depuis un assez long espace de temps, l'encombrement des professions libérales avait porté à modifier les études sous ce rapport et à préparer spécialement les jeunes gens pour le commerce ou l'industrie ; mais ce changement s'exécutant avec l'aide plutôt que sous le contrôle du gouvernement, il y a beaucoup d'irrégularité et de fluctuation dans le caractère de l'enseignement de plusieurs de ces maisons (1). »
Un collège indust-iel est donc une institution intermédiaire entre les collèges classiques et les simples écoles.
Dans ces collèges on enseignait le français, l'anglais, l'histoire du Canada, la géographie, la tenue des livres, l'arithmétique, et des notions élémentaires sur les sciences mathématiques et physiques, en un mot tout ce qui constitue une bonne éducation commerciale.
Quelques uns de ces collèges ajoutaient à leur programme l’enseignement des sciences usuelles d’une manière rationnelle et pratique, l’agriculture, et même la mécanique et la navigation.
(1) Instruction Publique, p. 125.
En adoptant ce programme d'études, la plupart des fondateursdecesinstitutionsavaient l'intention expresse de préparer les jeunes gers au comm.sree et à l'industrie. Le cours d'études différait done complètement de celui des collèges classiques et dépassait de beaucoup celui des écolss élémentaires et modèles. Le but aussi était différent : on voulait préparer les jeunes gens au commerce et à l'agriculture, et non pas à l'état ecclésiastique et aux professions libérales,
Ces collèges industriels répondaient à ce qu'on appelle aujourd'hui des écoles techniques.
Comme on le voit, c'était embrasser un vaste champ de connaissances qui ne pouvait être parcouru qu'en quatre ou cinq années d'études, et encore, L'étude sérieuse des sciences appliquées exigeait un corps de professeurs spécialement formés pour cette fin et un matériel dispendieux.
Beau dessein, à la vérité, noble élan vers le progrès intellectuel, rève généreux en faveur de la jeunesse de nos campagnes, mais dessein téméraire, élan audacieux, rève irréalisable !
Ces collèges pouvaient-ils remplir leur programme d'une manière satisfaisante et atteindre efficacement leur but ?
Demandons à l'honorable J.-O, Chauveau la réponse à cette question.
© « Les collèges iudustriels, dit-il, ont été institués, les uns dans le but de répondre à certaines exigences de notre état social et de combiner avec le système du pensionnat un ;enre d'éducation qui comprenne à peu près tout ce qui constitue l'éducation supérieure moins l'étude des langues mortes ; d’autres se sont établis avec l'ambition de devenir plus tard des collèges clas-
siques, mais ont dû abandonner ce projet à raison du nombre assez grand des institutions de ce genre déjà existantes. Ces collèges industriels ont cep-ndant certains obstacles
vaincre, qui consistent précisément dans l'absence de l'enseignement du latin. Beaucoup de cultivateurs catholiques ne font faire de longues études à leurs enfants que dans le: ir qu'ils entreront dans le clergé ; et nécessairement les institutions dont nous parlons perdent un grand nombre de sujets. Aussi les influences loca'es tendent-elles de plus en plus à faire étendre le, ‘ogramme de ces maisons et à les transformer en collèges classiques. En ce qui concerne cc'les qui sont plus particulièrement sou mises à l'autorité ecclésiastique, celle-ci avec une bien louable prudence s'est toujours effore e de les restreindre en ce qui concerne l'étude du! n et du grec.
« La plupart de ces institutions sont dans des conditions d'existence assez précaires. De grands efforts ont été faits par leurs fondateurs pour élever des édi fices qui font honneur aux parties du pays où ils sont situés. Les subventions qui leur sont accordées par le département ne leur fournissent guère plus que les moyens de se maintenir et de payer l'intérêt des dettes dont elles sont la plupart chargées. Il est certain que sans une augmentation de la subvention, qui permette de leur prescrire l'enseignement plus complet des sciences physiques et mathématiques, et de leur procurer le matériel nécessaire à cet enseignement, en un mot, de développer un caractère particulier qui réponde parfaitement au nom que quelques unes d’entre elles avaient pris, et que l'on a cru devoir donner à toutes pour les distinguer des collèges classiques, ces institutions intermédiaires devront languir et manque-
ront d'atteindre l'objet auquel elles semblent destinées (1). :.
Nous voilà bien renseignés par un homme compétent sur l’état des collèges industriels et sur leur avenir.
Ces collèges n'ont pas un caractère particulier qui réponde à leur nom : ils ne sont rien autre chose que des écoles commerciales.
Manque de ressources pécuniaires indispensables à leur existence et à leur progrès, défaut de matériel et d'appareils nécessaires à l’enseignément des sciences, programr © à demi rempli, nombre insuffisant de professeurs, telles sont les causes qui empêcheront ces institutions d'atteindre leur but. Elles devont languir et manqueront d'atteindre l'objet auquel elles semblent destinées.
C'est pourquoi un véritable collège industriel est encore à créer dans la province de Québec. La ville de Montréal veut en avoir un. Il est vrai qu’on parle d’une école technique ; mais entre un collège industriel et une école technique il n’y a de différence que le nom ; l’un et l’autre ont le même but et le même programme d’études.
Or, sait-on cumbien coûte une école technique ou un vrai collège industriel ? Dans un article de la P2trie, de Montréal, du 7 février 1903, intitulé: Une école technique, V'honorable J.-L. Tarte cite comme modèle la « Lowell Textile School, » qui répond parfaitement à l'école technique que l'on veut établir à Montréal. L'établissement de cette école de Lowell a coûté environ $400,000 ; les dépenses annuelles s'élèvent à près de $40,000. Nous sommes loin de la
(1) Journal de l'Instruction Publique, 1859, p. 83.
maigre pitance accordée à nos collèges industriels. Mais comme nos voisins aiment à faire grand, réduisons de moitié les dépenses : c’est encore $200,000 qu'il faudra trouver pour l'établissement d'une école technique ou collège industriel, et $20,000 pour son entretien.
Ce fait prouve qu'avec les quelques cents piastres alloués par le gouvernement aux collèges industriels, il était matériellement impossible à ces institutions d'atteindre leur but et de remplir leur programme d'études. Elles étaient inévitablement condamnées à languir, à n'être que de simples écoles commerciales, et même à ne pas dépasser le niveau d'une école modèle ordinaire.
De là à la faillite la distance n'est pas grande.
En 1855, il y avait à Rimouski plusieurs hommes instruits amis de l'éducation et désireux de répandre l'instruction autour d'eux. On y mettait de l'entrain, de l'enthousiasme même.
Aussi formait-on beaucoup de projets. C’est ce que constate le Or Meilleur, premier surintendant de l’Instruction publique, lorsqu'il écrit dans son Mémorial de l'Education (1) :
«En 1854, des amis de l'éducation, Co-paroissiens de St-Germain de Rimouski, voyant le besoin de répandre plus généralement l'instruction pratique dans leur quartier et d’en faciliter l'acquisition à cette par-
(1) 2e éd. p. 265 et suiv.
tie importante de notre jeunesse qui se destine à l’agriculture, au commerce et à l'industrie, avaient projeté un plan de collège pour cette fin ; mais ce ne fut qu'en 1861 qu'on prit formellement la résolution de le mettre à exécution.
« M. l'abbé E. Lapointe étant devenu, en cette année, curé de cette populeuse paroisse, donna à ce plan une existence nouvelle et plus assurée, et nous voyons aujourd’hui que, par une délibération de la fabrique en date du 27 juillet 1862, l'ancienne église fut cédée aux auteurs de ce plan pour être transformée en un collège agricole, commercial et industriel.
« Cependant les nombreuses occupations de M.
l'abbé Lapointe ne lui permettant pas de prendre une part active dans la direction de l'établissement, il pria M. l'abbé Potvin, alors son vicaire, de s’en charger.
« Le collège fuf mis sous le contrôle des commissaires d'école de la municipalité scolaire du village, et M. Potvin ayant été élu leur président se mit à l'œuvre avec un zèle et une activité à toute épreuve. C'est lui qui conçut et rédigea le règlement des maîtres et des écoliers. »—Ici M. Meilleur fait en passant l'éloge de M. l'abbé Benjamin Pelletier, prêtre du Colliège de Sainte-Anne, puis il continue :
«M. l'abbé Potvin sut faire cette institution ce qu’elle est aujourd’hui. C'est pourquoi il en est considéré comme le fondateur et le père. Il en fut au moins le premier Directeur et le bienfaiteur. Il consacra pour le succès de cette maison d'éducation son temps, ses veilles et toutes ses Propres ressources.
« C'est M. l'abbé C. Tanguay qui le premier conçut l’idée de faire cet établissement à Rimouski pen-
dant qu'il en était le curé, et qui en avait proposé à ses paroissiens le plan à l'exécution duquel il avait
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travaillé avec succès depuis déjà plusieurs années avant la cession de la vieille église aux commissaires d'école. En 1835, les élèves du Collège de Rimouski étaient au nombre de 73, et promettait une grande augmentation.
« M. Potvin sut donner au Collège de Rimouski une nouvelle impulsion, et lors du décès de M. l'abbé Lapointe en octobre 1863, cet établissement comptait déjà 150 élèves auxquels quatre professeurs donnaient l'instruction sous l'habile direction de M. l'abbé Potvin. »
L'auteur termine en ajoutant que les élèves qui montraient des aptitudes pour les classiques, pouvaient avec l'agrément de Mgr l'Archevèque de Québec étudier le latin, et que le Collège de Rimouski est devenu collège classique.
Dans cet ouvrage le premier surintendant fait l'historique de l'éducation dans ce pays depuis le commencement de la colonie jusqu'à 1865.
Maintenant examinons attentivement cette notice historique du collège industriel.
D'abord M. Meilleur dit qu’en 1854 on a formé le projet d'établir un collège industriel à Rimouski, mais que ce n'est qu'en 1861 qu'on l’a formellement mis à exécution.
Puis il ajoute que c'est I]. Tunguay qui le premier conçut l'idée de faire cet établissement à Rimouski, et qu'il a travaillé avec succès à sa réalisation. Voilà enfin ie mérite et les efforts de M. Tanguay reconnus dans leur juste mesure ; cependant M. Meilleur ne fait aucune mention des « sacrifices de tout genre » que M. Tanguay se serait imposés pour la réalisation de son «idée», à ce que prétend « Un ancien élève ».
On s'attend naturellement que M. Tanguay va être proclamé fondateur du Collège de Rimouski : n'a-t-il pas conçu l'idée de cette maison d'éducation ? n'a-t-il pas obtenu une allocation du gouvernement pour son soutien ? Oui, c'est vrai, et cependant M. Meilleur ne lui décerne pas ce titre.
A la once de M. Lapointe, M. Potvin se chargea, avec la permission de Mgr Baillargeon, de la direction du collège. Avec un zèle et une activité à toute épreuve, il travailla à l’organisation de cette maison ; #/ rédigea le règlement des maîtres et des écoliers, recueillit des souscriptions et acheta des livres, et sut faire cette institution ce qu'elle est aujourd'hui. C'est pourquoi il en est considéré comme le fondateur et le père. Il consacra pour cette maison d'éducation son temps, ses veilles, et toutes ses propres ressources.
Enfin voilà un homme qui a fait des sacrifices et de grands sacrifices : temps, veilles, argent, tout ce qu’un prêtre zélé et généreux peut donner, M. Potvin l’a sacrifié pour son collège.
De plus M. Meilleur dit que M. Potvin a été le premier directeur du collège de Rimouski. Il ne faut pas laisser passer inaperçue une assertion aussi importante.
Dans sa brochure : Ze Collège de Rimouski. Qui l'a fondé? «Félix» prétend que M. Tanguay a été supérieur du collège de 1855 à 1859 et que son vicaire M. Jacob Côté en a été le directeur. Je serais curieux de savoir de qui M. Tanguay et M. Côté tenaient leur nomination. Est-ce de l’autorité ecclésiastique ? Jusqu'à présent il ne paraît pas que l'Ordinaire soit i tervenu dans l’organisation et l'administration
de
de ce collège. Ce n'est, en effet, qu'en 1862 que Mgr Baillargeon commence à correspondre avec le curé de Rimouski au sujet d’un collège qu'on veut ouvrir dans cette paroisse. Dans sa première lettre (juillet 1862) il parle d'ux directeur pour le futur collège ; il n'en avait donc pas nommé auparavant.
Ces Messieurs avaient-ils été nommés par le gouvernement ? Qu'on veuille bien alors citer le document officiel où se trouve consignée leur nomination.
Enfin d'après M. Meilleur, c'est M. Potvin qui rédigea le rèslement des maîtres ct des écoliers. Peuton supposer un collège sans règlement? Je n'insiste pas sur ce point ; il suffit de constater que du temps de M. Tanguay il n'y avait pas de règlement à l'école du village dite collège industriel.
Ainsi d'après c4« exposé historique du Collège de Rimouski parle Dr Meilleur, M. Tanguay a conçu l’idée d'un collège industriel, il a travaillé à la réalisation de cette idée mais sans pouvoir réussir à la mettre à exécution d’une manière efficace, puisque c'est M. Potvin qui a fait ce collège ce qu'il est et qu'il en est considéré comme le fondateur et le père.
Cette conclusion est justifiée par les faits.
Pour encourager le mouvement patriotique signalé plus haut, le gouvernement accorda une subvention de quatre cents piastres au collège industriel.
Il y avait à l’école, dite collège industriel, 73 élèves. Qu'on ne se laisse pas éblouir par ce chiffre. Rimouski comprenait en 1854 St-Anaclet, la Pointe-au- Père, Ste-Blandine et Notre-Dame du Sacré-Cœur ; rien donc de surprenant qu'il y ait eu 73 garçons à l’école No 3, ou, comme on dit ordinairement, à l'école de l'église.
Comme il a été dit dans la première partie de cette
Paaree
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étude, M. Chauveau n'avait pas confiance dans le succès des collèges industriels. Suivant lui, il était matériellement impossible à ces institutions de remplir leur programme d’études et d'atteindre leur but. Elles manquaient des ressources nécessaires pour payer le salaire des professeurs et les frais d'achat et d'installation du matériel indispensable à l'enseignement des sciences.
Selon le cours ordinaire des choses, une maison d'éducation doit se développer graduellement et donner un jour tout son éclat par l'exécution fidèle de son programme d'études. D’année en année on doit constater un progrès vers le but à atteindre, et après un temps déterminé le cours d'études doit être complété.
Le collège industriel a-t-il suivi cette loi ?
Dès les premières années il est facile de voir que la fondation est chancelante, que rien n'est arrêté quant à l’organisation et à l’administration de cette institution.
On a eu d’abord la pensée de bâtir un collège ; ce projet a été abandonné.
Dans son rapport de 1855, M. Chauveau, surintendant de l’Instruction publicue, dit : « Deux nouveaux collèges, qui ne font point partie du tableau, sont en construction, l’un au Côteau du Lac, l’autre à Rimouski, et doivent être ouverts prochainement (1). »
De son côté, M. l'inspecteur d'écoles Tanguay dit dans son rapport de la même année : « Rimouski. — Un collège industriel est en voie de construction. En attendant une école-modèle est confiée à un instituteur distingué (2). » :
En 1856 on lit dans le rapport du même inspecteur: 6) Rapports sur l'instruction publique, 1855, p. 51-
(2) Rapport de l'inspecteur Tanguay, 1855, p. 210.
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« L'école-modèle a été sous la direction de MM. C. Tanguay et H. Catellier, le premier étant chargé du cours supérieur et le second du cours élémentaire... On est sur le point d'ouvrir un pensionnat de garçons et d'ériger l'écule-modèle en collège industriel (1). »
En 1857, iln'y a pas enccre de local convenable ; par conséquent pas de pensionnat. Aucun progrès sensible dans les études.
En 1858, M. l'inspecteur Tanguay regrette de ne pouvoir signaler aucune amélioration.
En 1859, il constate que l'enseignement du collège industriel «est, ni plus ni moins, celui d’une bonne école-modèle ordinaire (2). »
Enfin dans son rapport de 1861, M. Tanguay déclare que le collège industriel n’est pas encore «ce qu'il devrait être pour répondre aux vues de ses fondateurs comme aux besoins toujours croissants de cette florissante partie du pays (3).» Une assiduité plus régulière de la part des élèves, voilà le seul changement que l'inspecteur remarque.
En 1860 il n'y avait qu'un seul professeur.
Il y a déjà cinq ans que le collège est établi. Cinq ans, c'est la durée ordinaire d'un bon cours commercial,. Et cependant, on vient de le voir, le cours d'études du collège industriel ne dépasse pas encore celui d'une école modèle. De mathématiques, de physique, de chimie, point ; encore moins de mécanique et de navigation. -
Mais que font donc MM. les commissaires d'écoles ? S'occupent-ils d'organiser le collège, de donner un règlement aux élèves, de faire exécuter le pro-
(1) Rapport de l'inspecteur Tanguay, 1856, p. 197. (2) És ce qe 1859-60, p. 133:
(3) ÉL Si fe 1861, p. 163.
gramme d'études ? Non ; les commissaires n'ont d'autre souci que de soigner le gouvernement pour retirer chaque année l'allocation qui leur aide à payer les instituteurs.
Cet état de choses confirme l'opinion de l'honorable J.-O. Chauveau que j'ai citée dans la première partie de ce travail. Le surintendant admet que les collèges industriels ne répondent pas à leur fin, que loin de remplir leur programme d'études, ils ne donnent qu'un enseignement insuffisant. Ils n'ont pas les ressources nécessaires pour payer les professeurs spéciaux qu'exige l’enseignement des sciences appliquées et pour monter des cabinets de physique et de chimie.
Le surintendant ne maintient le nom de ces collèges su” la liste des maisons d'éducation subventio"nées par le gouvernement que parce qu'il n'a pas le moyen de les forcer à compléter leur cours d’études. 11 les laisse languir en attendant qu’ils meurent. Pour ne pas décourager l'initiative privée, il tolère ces collèges.
On est loin des progrès rêvés par « Félix » qui a écrit dans la brochure citée plus haut que « le collège industriel de Rimouski s'ouvrit au printemps de 1855, dans une maison louée à cet effet... Depuis lors, il n'a pas cessé d'exister ; s'il a traversé des crises, on constate avec satisfaction la marche ascendante qu'il a suivie. »
Dans sa marche ascendante, le collège de M. Tanguay, je l’ai prouvé, n’a pas dépassé le niveau d’une école modèle ordinaire. Le collège industriel n'a donc pas atteint son but. A-t-il formé des industriels, des mécaniciens, des agriculteurs, des navigateurs ? Non; dans l’espace de cinq ou six ans, il n’a fait aucun pro-
grès apuréciable en dehors du cadre restreint des connaissances acquises dans toute école modèle,
Cet échec ne justifie-t-il pas les commissaires qui déclarent formellement, en juillet 1864, «que le collège fondé par le Rév. C. Tanguay a failli?»
On a dit beaucoup de mal de ces commissaires, mais on semble oublier qu'ils sont en bonne compagnie. C'est en 1864 qu'ils déclarent officiellement cette faillite du collège industriel ; mais déjà en 1862 Mgr Baillargeon l'avait reconnue implicitement dans sa lettre à M. Lapointe au sujet du directeur du futur collège. «Vous pouvez compter que je ne refuserai pas de ionner un prêtre pour diriger le futur collège, sous le curé, quand il sera nécessaire. »
Pendant deux ans les commissaires n'ont eatendu parler que d'un collège nouveau. Quelle autre conclusion pouvaient-ils tirer des actes et des lettres de
Mgr Baillargeon que ceile qu'ils ont adoptée dans leur résolution de 1864 ?
Je n’ai pas à juger la conduite de Mgr Baillargeon, ni à scruter les motifs qui l'ont dictée, pas plus ou’à réformer son appréciation des hommes et des choses. Dans une thèse publiée il y a quelques mois, jai fait ressortir l’action de Mgr de Tloa, j'ai mis en relief sa manière de voir au sujet de la fondation du Collège de Rimouski et de son fondateur ; on m'a critiqué sur des points secondaires, ma thèse est restée intacte. « Un ancien élève» m’a reproché d’avoir omis à dessein de parler de M. Tanguay et de ses bienfaits et m'a accusé d'ingratitude ; inutile de me justifier de cette accusation qui ne m’atteint que par ricochet : le coupable—s’il y en a un—c'est Mgr Baillargeon qui dans toute sa correspondance avec M. Lapointe et M.
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Potvin n'a jamais mentionné le nom de M. Tanguay n'a jamais fait allusion à son collège, tandis qu'il parle d'un futur collège à Rimouski et qu'il répète que M. Potvin en est le véritable fondateur.
Dans son Mémorial de l Education, le Dr Meilleur confirme, lui aussi, la déclaration des commissaires, lorsqu'il dit que ce ne fut qu'en 1861 qu'on prit formellement la résolution d'ouvrir un collège à Rimouski, et que A. Potvin en est considéré comme le fondateur et le père. W ne donne pas à M. Tanguay le titre de fondateur. Est-il ingrat, lui aussi ?
La faillite du collège industriel de M. Tanguay est également reconnue par Mgr Langevin, premier évêque de Rimouski. Dans son mandement du 4 novembre 1870 par lequel il érige canoniqtement le collège existant alors en séminaire diocésain, il s'exprime ainsi : « Dès le 28 septembre 1863, Monseigneur Baillargeon, de sainte mém ‘re, alors évêque de Tioa, et administrateur de l’Archidiocèse de Québec, établissait provisoirement e: «jusqu'à nouvel ordre de l’autorité ecclésiastique » une corporation «pour le règlement des affaires internes» d'un collège que venait d'ouvrir à St-Germain, avec son autorisation, et la coopération du curé, de la fabrique et des commissaires d'écoles, le Révérend Monsieur George Potvin, vicaire de cette paroisse.
« À notre arrivée ici, en 1867, Nous trouvâmes cet établissement dans un état prospère sous le rapport des études et du nombre des élèves, grâce au dévouement de ce monsieur, et de quelques confrères zélés.»
Ce passage du mandement de Mgr Langevin mérite une attention toute particulière.
D'abord ce témoignage de Mgr l'Evêque de Rimouski, rendu huit ans après la fondation du collège
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en 1862, donne encore plus de force à la résolution des commissaires qui ont affirmé positivement que le collège de M. Tanguay a failli. Mgr Langevin a eu le temps de se renseigner, — il était à Rimouski depuis trois ans—d'étudier cette question de la fondation du collège, et après cela, dans un document de grande importance, il déclare que c'est le co//ege que venait d'ouvrir à Saint-Germain de Rimouski Monsieur George Potvin, qu'il érige en séminaire diocésain. Il passe sous silence le rom du collège indusciel et celui de son fondateur M. Tanguay.
Mgr Langevin dit encore que Mgr Baillargeon a établi le 28 septembre 1863 une corporation pour le règlement des affaires internes du collège. Il n'y en avait donc pas auparavant. Comment « Félix » dans sa brochure : Le Collège de Rimouski. Qui l'a fondé ? peut-il dire que M. Tanguay formait à lui seul la corporation ou « le corps administratif du collège », pour me servir des expressions de la Chronique de Ririouski, citée par « Félix » ?
Enfin Mgr Langevin ajoute que ce co/lège que venait d'ouvrir M. Potvin, l'avait été avec l'autorisation de Mgr Baïillargeon. C’est donc un nouveau collège puisqu'il a fallu la permission de l'Evêque de Québec pour l'ouvrir. En 1855, un collège industriel a été ouvert à Rimouski ; il faut croire qu'il a été fermé ou qu'il a failli, puisqu'on vient d'en ouvrir un autre. Et Mgr Baillargeon fait bien allusion à ce nouveau collège quand il écrit qu'il ne refusera pas de donner un prêtre pour diriger le futur collège, quand il sera nécessaire.
Dans cette question de la fondation du Collège de Rimouski et de son fondateur, l'actio :' :: cémoi-
£rage de l'autorité diocésaine sont tout : il s'agit, er effet, de l'établissement d'une œuvre qui relève uniquement de la juridiction épiscopale, Aussi « Un ancien élève» est-il forcé d'admettre que le jugement de Mgr Baillargeon sur cette question est d’une im= Portance incontestable, 1] faut en dire autant de celui de Mgr Langevin.
On m'a accusé « d'épiloguer sur des mots », de trancher cette question «d'un trait: de plume », d'ame-
r “des conclusionë Sans preuve», et de vouloir
lacer à jamais des annales du Séminaire de Rimouski et de l'histoire du diocèse, le nom vénéré de son plus grand bienfaiteur, M, Tanguay. »
Toute Ja question est de savoir si M. Tanguay a droit de figurer dans les annales du Séminaire et dans l'histoire du diocèse avec le titre de fondateur du Collège de Rimouski,
Je crois avoir Prouvé qu'il n'a pas ce droit.
Aux preuves Péremptaires que j'ai fournies, j'ajouterai les deux suivantes.
Dans la brochure mentionnée dans cette étude,
tis» cite le Passage suivant d’une
lettre de M, Potvin à M. James Smun : « J'admettrai avec vous, dit-il, qu'en 1859 et 1860 le Coilège industriel ne portait PaS son nom. A mon arrivée à Rii 1860 et 1861, jamais
tant le*nom de collège, »
M. Potvin veut dire que pour désigner l'école du village on ne disait plus le Collège industrie] ; ce e ; il figurait seulement dant et de l'inspecteur
Le dernier témoignage qui vient corroborer la dé-
claration des commissaires est celui de M. Forgues successeur immédiat de M. Tanguay à la cure de Rimouski. En 1871, dans une lettre à M. Buteau, supérieur du Collège de Sainte-Anne, M. Forgues dit en parlant de M. Potvin: « Mais ce n'est qu'à mon départ de Rimouski (en 1861) qu'il s'est chargé du collège de cette paroisse ; c'est lui qui a ouvert cette maison d'éducation ; elle n'existait pas avant lui, le nom seulement existait, »
La portée de cette lettre de M. Forgues ne peut pas être infirmée par celle qu'il a écrite, étant curé de Rimouski, au Surintendant pour lui demander des renseignements au sujet de l'octroi accordé à l'école séparée dite collège industriel. M. Forgues ne dit pas alors ce qu'il pense du collège industriel : il n'est à Rimouski que depuis quelques mois ; mais après s'être rendu compte de l'état des choses, il déclare formellement en 1871 qu'avant M. Potvin il n'y avait pas de collège à Rimouski.
Peut-on raisonnablement exiger des preuves plus solides de la faillite du Collège de M. Tanguay que cslles sur lesquelles est appuyé le présent travail ?
Il ne s'agit pas ici de faire du sentiment mais de l’histoire. Or, l’histoire est le récit exact des faits ; de ces faits se dégagent des conclusions qui s'imposent lorsque l'historien qui les rapporte est bien informé et impartial. Des événements qui se sont accomplis à Rimouski de 1855 à 1862, M. Meilleur, M. l'inspecteur Tanguay, MM. les Cominissaires d’écoles, M. Forgues et M. Potvin, Mgr Baillargeon et Mgr Langevin ont tiré les conclusions que je viens d'exposer dans cette étude.
Ces conclusions, je les soumets à la considération de tous ceux qui aiment la vérité et la justice.
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