C. — A propos de /'Americana
En juillet dernier, la ville de Québec célébrait le troisième centenaire de sa fondation par Sammvel Champlain de Brovage. Or, l’on sait les inappréciables documents concernant Québec même, et le Canada en général, que renferme celle des bibliothèques de l’Université Brown qui s’appelle Americana.
Ces documents, — manuscrits de Champlain, ouvrages de Jacques Carties, cartes de Joliet, diplômes royaux, etc., etc., — les autorités de Y Americana ne pouvaient s’en départir, même pour un temps, ni les envoyer figurer dans la vielle cité canadienne, où ils eussent certainement constitué l’une des grandes « attractions » du tri-centenaire.
Cependant, afin d’atténuer, dans la mesure du possible, la portée du refus qu’il avait dû opposer aux organisateurs de ces fêtes de leur confier temporairement ses trésors, le bibliothécaire, M. George Parker Winslûp eut l’heureuse idée d'en faire une exposition complète, dans la grande salle de V Americana. La nouvelle en fut communiquée aux journaux.
De sorte que, pendant plusieurs semaines, le public a pu défiler devant ces souvenirs infiniment précieux, qui rappellent les efforts de la France, en particulier, pour ouvrir le Canada et tout le nord de l’Amérique à la civilisation européenne.
M. George Parker Winship a donné là une preuve de bon vouloir dont tout le Canada français doit lui savoir gré.
D. — Le Français à Z’ Université
Le Français n’est guère en honneur au « collège sur la colline ». Et il en est à peu près de même dans toutes les autres Universités américaines. Quelqu'un a déjà fait la remarque, que, par une assez étrange anomalie, on y confie le plus souvent l'enseignement du français à des Allemands . Cela est quelque peu ironique, sinon dans l’intention des autorités, du moins en fait.
Le français, aux Etats-Unis, est considéré comme une chose de luxe. Il est de bon ton de l’apprendre, et dans la haute société, on se pique de le savoir, on affecte de le parler. Mais, pratiquement, à quoi cela mène-t-il? Quel avantage peut-on en attendre, au point de vue carrière ? Et comme, selon le mot de M. Firmin Roz, plus haut cité, « l’éducation ici a une fin tout utilitaire », alors l’on s’explique que, dans les Universités américaines, l’on n’insiste pas sur l’enseignement de la langue et de la littérature françaises. Oh ! certes, on y rend hommage théoriquement, l’on a une haute idée de nos écrivains, de nos penseurs, de nos poètes. Mais, en fait, on s’inquiète assez peu de les connaître.
Le vingt-six février dernier, M. Louis Madelin, en tournée de conférences en Amérique, venait lecturer à Brown. Son sujet était : « Madame Roland et les Girondins ». Or, à cette conférence tout à fait remarquable, il n’y avait pas cinquante personnes, dont à peine quatre ou cinq messieurs. Le reste se composait de dames de la haute société de Providence. Le personnel étudiant ne comptait pas un seul représentant.
Je ne veux pas être pessimiste, mais, en ce pays, l’anglais et 1 allemand sont les deux langues maîtresses qui absorbent tout. Quant au « doulx parler de France », — c’est une lleur fine que 1 on cultive avec amour en de petits cercles, mais que la grande masse ignorera sans doute toujours.