‹ Le collier de griffes; derniers vers inédits. Avant-propos de Guy-Charles Cros et préf. de Émile GautierChapitre 37 sur 66 · RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

RÉCONCILIATION

J'ai fui par un soir monotone.

Pardonne-moi ! — Je te pardonne, Mais ne me parle de personne.

Il m'a trompée avec sa voix.

Il m'a menée an fond des bois; Mais aujourd'hui, je te 7'evois.

— Xe parle de personne, chère !

Respirons la brise léyére Et l'oubli de toute chimère.

— Oui, l'oubli! tu ttis vrai. Le jour Finit rose pour mon retour;

Je te dois cette nuit d'amour.

— La nuit d'amour est toute prête; Nous avons du vin pour la fête

Et la folie est dans ma tète,

— Ta chambre est chaude comme avant Et l'on entend le bruit du vent

Qui nous endormait en rêvant.

— Tu me parais encor plus belle; Plus fièrement ta chair rebelle Gonfle ton corsage en dentelle.

— Tu deviens pâle mon ami!

Viens dans le lit ; noyons parmi Nos baisers ton cœur endormi.

— Mais j'ai perdu mon cœur en route ; Mon sang est tombé goutte à goutte

Et ma chair triste s'est dissoute.

— Hélas ! d chaque vêtement Que tu quittes, mon doux amant.

Je vois tes os gris seulement»

— Pouvais-je te laisser sculette Au lit ? Voici la nuit complète.

— 0/i .' Va-t-en loin de moi, squelette !

— C'est que, vois-tu, j'ai bien souffert. J'étais comme un héros de fer.

Hors de tes bras c'était l'enfer.

— Va-t-cn ! oh ! tout mon corps frissonne ! Ne me parle plus de personne.

— Entends comme mon crâne sonne.

Tu l'as vidé par tes péchés ; Mes os sont bien mal attachés.

Nous serons mieux étant couchés.

J'égrène toutes mes vertèbres Et toi, blanche dans les ténèbres.

Tu meurs de mes baisers funèbres.

Tes re'jards furent imprudents ; Tu meurs de mes baisers ardents Sans lèvres autour de mes dents.

Te voilà morte, blanche et rose.

J'ai souffert : ma souffrance est close;

Tout înartyr enfin se repose...

FANTAISIES TRAllIQLES 85

Page 1