SAINT-SÉBASTIEN
Je suis inutile et je suis nuisible; Ma peau a les tons qu'il faut pour la cible. Valets au pouvoir public attachés.
Tirez, tirez donc, honnêtes archers !
La première flèche a blessé mon ventre, La seconde avec férocité m'entre Dans la gorge, aussi mon sang précieux Jaillit, rouge clair, au regard des deux.
Je meurs et là-liaut sont dans les platanes Des oiscan.v charmeurs. En bas de bons ânes Mêlés à des ours, brutes qu'il ne faut Jamais occuper des choses d'en haut.
DOULEURS ET COLÈRES 10
SONNET
Je nais faire des vers perpétuels. Les hommes Sont ravis à ma voix qui dit la vérité. La suprême raison dont j'ai, fier, hérité Ne se'payerait pas avec toutes les sommes.
J'ai tout touché : le feu, les femmes, et les pommes ;
J'ai tout senti: l'hiver, le printemps et l'été;
J'ai tout trouvé, nul mur ne m'ayant arrêté.
Mais Chance, dis-moi donc de quel nom tu te nommes ?
Je me (lisliais à voir à travers les carreaux
Des hoKtiqiics, les {/nnts, les truffes et les chèques
Où le bonheur est un suivi de six zéros.
Je m'étonne, valant bien les rois, les évéques.
Les colonels et k'S receveurs r/énéraiix
De n'avoir pas de l'eau, du soleil, des pastèques.
DOULEURS ET COLÈRES IO7
SONNET
J'ai peitr de la femme qui dort Sur le canapé, sous la lampe.
On dirait un serpent qui mord.
Un serpent bien luisant qui rampe.
Je ne suis pas un homme fort.
Mais ce soir le sang bat ma tempe.
L'amour va bien avec la mort; Mon poignard, essayons ta trempe.
Arrêtons son rêve menteur.
Nulle langueîtr, nulle senteur.
Acier, n'empêchera ton œuvre.
0 lâcheté ! le lendemain J'aspirais l'odeur de jasmin De ma triomphante couleuvre !
DOULEURS ET COLKRES lOQ