‹ Le collier de griffes; derniers vers inédits. Avant-propos de Guy-Charles Cros et préf. de Émile GautierChapitre 48 sur 66 · AU CAFÉ · texte numérisé non relu

AU CAFÉ

Le rêve est de ne pas dîner.

Mais boire, causer, badiner

Quand la nuit tombe ; Epuisant les apéritifs.

On rit des cyprès et des ifs

Ombrant la tombe.

Et chacun a toujours raison De tout, tandis qu'à la maison

La soupe fume, Oii oublie, en mots triomphants.

Le rire nouveau des enfants

Qui nous parfume.

ri4 LE COLLIER DE GRIFFES

(hi traverse, vague semia.

Les aviis et les ennemis

Que l'on évite, îl vaudrait mieifec jouer aux dés.

Car tes mots sont des procédés

Dont on meurt vite.

Ces gens du café, qui sont-ih ?

J'ai dans les quai^s d'heure subtils

Trouvé des choses Que jamais ils ne comprendront, Et, dédaigneux, j'orne mon front

Avec des roses.

SONNET

/ !/ a des moments où les femmes sont fleurs ; ()n n'a pas de respect pour ces fraîches corolles. Je suis un papillon qui fuit des choses folles. Et c'est dans un baiser suprême que je tnôurs.

Mais il y a parfois de mauvaises rumeurs ; Je t'ai baise le bec, oiseau bleu qui t'envoles. J'ai bouché mon oreille aux fihnèbres paroles; Mais, Muse, j'ai fléchi sous tes regards charmeurs.

Il8 LE COLLIER DE GRIFFES

Je paie avee mon sang véritable, je paie Et ne recevrai pas, je le sais, de monnaie. Et l'on me laissera mourir nu pied du mur.

Ayant traversé tout, inondation, flamme.

Je ne me plaindrai pas, délicieuse femme. Ni du passé, ni du présent, ni du futur!

TENDKESSH I IQ

SONNET

Je ne vous ferai pas de vers.

Madame, blonde entre les blondes,.

Vous réduiriez trop l'univers, Vous seriez reine sur les mondes.

Vos yeux de saphir, grande ouverts.

Inquiètent comme les ondes Des fleuves, des lacs et des mers Et j'en ai des rarjes profondes.

Mais je suis poui-tant désarmé Par la bouche, rose de mai.

Qui parle si bien sans parole.

Et qui dit le mot sans pareil.

Fleur délicieusement folle Eclûse à Paris, au soleil.

Page 1