‹ Le collier de la reine: drame en cinq actes, treize tableauxChapitre 137 sur 187 · SCÈNE IV LA REINE, BOSSANGE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LA REINE, BOSSANGE

Approchez, monsieur Bossange... Eh bien, ces dessins?

BOSSANGE

Les voici, madame.

LA REINE, prenant les dessins.

Songez que ces joyaux sont destinés au fils de M. le comte d'Artois.

BOSSANGE

Ils seront de toute beauté, madame... (a mi-voix.) Sans doute, moins beaux pourtant que le collier de la reine.

LA REINE, souriant.

Toujours ce fameux collier... vous ne l'avez donc pas vendu, mon pauvre Bossange, que vous y pensez encore ?

BOSSANGE, regardant autour de lui.

Mais il me semble que si, madame... Seulement on s'occupe toujours d'un pareil bijou, quand ce ne serait que pour désirer le voir porter par-celle qui l'acheta... Et nos affaires sont si difficiles qu'il nous y faut surtout songer, alors qu'il n'est pas encore complètement payé»

Ceux à qui vous avez vendu ne vous ont donc pas payé, Bossante? Eh bien, il faut qu'ils fassent comme moi et qu'ils vous le rendent, en laissant les acomptes.

BOSSA NGE, très inquiet.

Plaît-il ?... Votre Majesté ne me fait-elle pas l'honneur de me dire qu'elle nous a rendu le collier?

LA REINE, tranquillement.

Eh bien, oui je le dis... qu'avez-vous ?

BOSSANGE, au comble de l'anxiété.

Rendu?... C'est bien : rendu, que la reine vient de dire?

LA REINE, sévèrement.

Ah çà !... quelle comédie jouons-nous?... Heureusement, j'ai là de quoi vous rafraîchir la mémoire. (Eiie va à son chiffonnier et en tire un papier.) Car vous êtes un homme bien oublieux, monsieur Bossange, pour ne rien dire de plus désagréable...

(Elle lui (end le papier que celui-ci examine avec stupéfaction.) Eh bien,

reconnaissez- vous ce reçu, qui atteste que vous avez repris le collier, et, à moins que vous n'ayez oublié aussi comment vous vous appelez...

BOSSANGE, éperdu.

Mais, madame, ce n'est pas moi qui ai signé ce reçu... Ni moi, ni mon associé...

LA REINE, stupéfaite à son tour.

Vous niez ?

BOSSANGE

Absolument ! Dussé-je laisser ici ma liberté, ma vie, le billot serait ici, le bourreau serait là, que je répéterais en-

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