ACTE QUATRIÈME
les dévouements... elle ne s'apercevra même pas de mon absence.
Je pensais pourtant vous avoir dit, monsieur de Charny, que ce sont là des fleurs rares qui ne poussent guère au soleil des cours.
CHARNY
Si ce n'est pas le soleil qui les fait éclore peut-être naissent-elles mieux sous le ciel pâle de la nuit, au mystérieux scintillement des étoiles.
Je ne vous comprends pas.
CHARNY, avec égarement.
Ah ! madame, je suis un insensé ! Mais il y a trop longtemps que ma folie me dévore... Ma tête dût-elle tomber, il faut que je parle. Oui, j'ai osé aimer, aimer du Réant où je rampe, une créature exquise, sacrée, divine... une reine ! Et mon amour était tel que je serais mort à ses pieds plutôt que de le lui laisser soupçonner... Tout à coup, il y a deux jours, mon idole s'est effondrée et brisée en mille miettes... J'ai vu que cette reine n'était qu'une femme, et qu'à cette femme, le malheureux qui l'adorait, avait à jeter une accusation de honte et de déloyauté !
LA REINE, frémissante.
Monsieur de Charny, vous m'insultez ! vous insultez le roi, mon maître !... Un mot de plus, et je vous fais chasser par mes gardes.
CHARNY
Eh bien, je vais donc vous dire, avant d'être chassé,
pourquoi la mort serait pour moi le plus doux des bienfaits!... Avant-hier, j'étais dans votre parc, madame, je vous ai vue avec cet homme, quand vous lui avez donné la rose, vue quand il vous a baisé les mains, vue quand, avec lui, vous êtes entrée dans les bains d'Apollon.
LA REINE, rtnpéfailj.
Moi !...
C H A R N Y , avec désespoir.
Vous! vous! vous!
Il chancelle sous l'émotion.
Voyons, monsieur, répondez !... Vous m'avez vue dans le parc?
C11ARNY.
Comme je vous vois ! Tenez ! Est-ce que je ne vous vois pas ? Vous portiez votre robe verte moirée d'or. Je meurs de douleur en vous disant : Sur ma vie ! sur mon honneur ! c'était vous, madame, c'était vous !
LA REINE, au comble de l'agitation.
Si je faisais un serment ?... Si je jurais par mon fils ?
CHARNY
Ah ! madame, par pitié, ne faites pas ce serment, car la preuve de ce que j'avance c'est que le valet de votre compagnon a voulu m'assassiner...
Est-ce vrai? Mais oui... cette pâleur !... monsieur, asseyezvous, car vous allez tomber*..
CHARNY
Non ! Il paraît que la mort hésite devant un soldat habi-