ACTE CINQUIÈME
CAGLIOSTRO
Précisément !
CHARNY
Oubliez-vous les cruels soucis que je vous ai confiés, et croyez-vous que j'aie le cœur à venir voir parader les impures et les caillettes dont c'est ici le rendez-vous.
CAGLIOSTRO
Monsieur de Charny, que m'avez-vous dit, il y a deux heures?
CHARNY
Qu'hier soir M. de Breteuil a demandé huit jours au roi pour lui ramener madame de la Motte, mais que ma raison, mon instinct, me crient qu'il existe une autre femme à trouver, dont l'apparition lavera seule celle qu'on accuse des infâmes soupçons qui la salissent déjà, Cette autre femme, ce sosie mystérieux que vous-même avez vu au baquet de Mesmer et M. de Rohan dans le parc de Versailles, j'ai juré de la découvrir et je viens vous supplier de m'y aider.
CAGLIOSTRO
Monsieur de Charny, nous luttons pour deux camps opposés. Ceux pour qui je travaille ont pour devise : Lilia pedibus destruc ! Foule aux pieds les lis. Je ne peux donc favoriser les adversaires que je me suis engagé à combattre. Pourtant je vous estime, je vous aime et je veux vous être utile. D'ailleurs, les temps ne sont pas encore venus; et l'atteinte portée à nos ennemis suffit pour ce premier combat.
CHARNY
Alors, vous viendrez à mon secours ?
CAGLIOSTRO
Personnellement, non ; mais je vais découpler, en votre présence, deux limiers, qui en chassant pour leur compte, feront peut-être lever le gibier que vous cherchez 1 Je ne vous cache pas, par exemple, que ces acolytes sont d'assez vilaines gens...
CHARNY
Que m'importe, pourvu que j'arrive à mon but !
CAGLIOSTRO
Alors venez déguster les perdreaux à la daube de mon ami Bancelin. De là nous pourrons observer mes drôles.
Ils entrent à droite.