ACTE PREMIER
BEAUSIRE
Est-il possible ? Vous, une descendante des Valois, une fille de rois... Allons !... Je tiendrai donc mon chapeau comme ceci... (n f«t un effort comique.) pour cacher mon trou... Ah!... Nous n'en serions pas réduits à cette gueuserie, si Oliva ne m'avait pas quitté !..
LA COMTESSE
Votre infidèle ! qui vous a abandonné la veille du jour où j'ai emménagé à côté de vous ! Vous la regrettez donc toujours ?
BEAUSIRE
Si je la regrette ! La perfide ! Mais Oliva, madame, c'était la chanson de ma vie, 1 oiseau de ma cage, le soleil de mon ciel! On se disputait, on s'injuriait, on se battait... Mais la bougie soufflée, l'enfer redevenait un paradis !... Et dire qu'elle est partie, partie le jour de sa fête, partie pour un misérable pot de fleurs !
LA COMTESSE
Que vous avez oublié de lui donner?..
BEAUSIRE
Non ! que je lui ai cassé sur la tête!..
Peste, mon voisin !... Vous n'y allez pas de main morte !
BEAUSIRE
Ah ! madame, l'amour existe- t-il sans la jalousie? ..
LA COMTESSE
Et mademoiselle Oliva vous donnait sujet d'exercer la vôtre ?
BEAUSIRE
Du premier janvier à la saint Sylvestre... Grands seigneurs, traitants, officiers, abbés, robins même, tout lui était bon... Le mois dernier j'ai surpris un huissier... dans ma robe de chambre !
LA COMTESSE
Qu'a-t-elle dit?
BEAUSIRE
Elle a prétendu qu'il venait saisir!... Et le fait est qu'il avait saisi!... Mais je ne vous importune pas davantage, comtesse, je vais faire un tour au Palais-Royal... Ce serait bien le diable si je ne dénichais pas une paire de pistoles? Et j'y aurai peut-être des nouvelles de ma traîtresse !
LA COMTESSE
Bonne chance, monsieur de Beausire I
Ah ! madame, voilà ce que c'est que de donner des fleurs aux femmes... cela porte malheur!