L'ALOES
Assis au pied du mur qui domine la route, sous le vaste soleil dont le ciel du midi laisse toujours pleuvoir sur lui de larg-es g-outtes orgueilleux et vivace, un aloès grandit.
Dans la poussière blanche où leur poids les incline, ses feuilles ont l'éclat d'un métal sombre et dur, tandis que hautement son cœur bardé d'épines comme un glaive acéré s'élance vers l'azur.
Parfois, lorsque sur lui descend le crépuscule, on dirait dans l'air bleu l'horrible floraison d'une pieuvre g-éante, ouvrant ses tentacules, pour boire le soleil qui saigne à l'horizon.
Le sol est agrippé de racines puissantes où la sève d'amour rythme de chauds élans pour que la plante énorme et fastueuse sente une vie abondante épaissir dans ses flancs.
Il reste là dix ans à régner solitaire, insoucieux des jours d'hiver ou de printemps, habile seulement à puiser dans la terre la force qui défie et consume le temps .
Mais un soir, au moment où la chaleur plus sûre
annonce la splendeur naissante de l'été,
il élargit soudain une blanche blessure
où s'entrevoit son cœur sous les dards écartés.
AU JARDIN d'amour 8ç)
ne tig-e en jaillit qui monte vers la nue t prolonge un essor qui Téloig-ne du sol usqu'au jour où l'on voit une fleur inconnue
rinouirdans l'air un mauve parasol.
Lt quand la fleur n'est plus qu'une chose fanée )ù s'épuisa longtemps tout le sang de son cœur pomme un travailleur las au bout de sa journée e vivace aloès tombe, languit et meurt.
Je nourris longuement dans l'ombre et le silence l'espoir ardent et pur d'un amour merveilleux, aucun autre que moi ne sait son existence, le secret de mon cceur le cache à tous les veux.
Je lui verse le sang- mystique de mes rêves, le vin de mes désirs mystérieux et lourds ; vers cette unique fleur montent toutes les sèves que je sens palpiter sous chacun de mes jours.
Tu ne la connais pas, ô toi qui l'as semée ; ton geste, de toi-même est peut-être oublié. mais sur un clair trésor mon âme s'est fermée et récheveau d'espoirs ne s'est plus délié.
Mon amour a grandi plus robuste à chaque heure et maintenant, bouquet de la chaude saison, quand un ciel de midi de sa grâce l'effleure il va faire éclater les murs de sa prison.
Et tu vas t'étonner de sa force splendide,
et de l'encens divin dont il emplit l'été,
tu ne comprendras pas comment ce cœur aride
a pu nourrir ainsi cette fleur de clarté.
AU JARDIN D AMOUR Ql
'e4 qu'elle a pris naissance aux sources de ma vie, u elle a vidé la coupe où s'amassaient mes pleurs . i{ue l'œuvre d'amour qui tient l'ombre asservie 5t celle que conçut Téternelle douleur.
Miand tu l'auras cueillie en tes mains inclinées; our respirer l'e-poir de son parfum fervent, uaud elle ne sera qu'une chose fanée, ij souvenir que brise et disperse le vent;
Unsi que l'aloès, jadis fier et vivace,
iprès avoir fleuri tombe et meurt en un jour,
,u pourras voir mourir dans l'ombre où tout s'efface
non cœur ivre d'org-ueil, de tristesse et d'amour.