ACTE CINQUIÈME
LA GHABRAQUE.
Ah! mon colonel... mon colonel!...
BOQUEBRUNE.
Tu pleures., vieux, camarade? Allons, est-cJ que tu larmoyais, le matin d'une bataille?... J'avais pourtant presque autant de chance d'y rester qu'aujourd'hui.
LA GHABRAQUE.
Ah! mon colonel, au moins c'eût été devant l'ennemi. Mais penser qu'un homme comme vous, par des Français, avec desballes françaises... ah ! Tonnerre! ça me jugule... Et j'aimerais mieux...
ROQUEBRUNE, doucement.
Prendre ma place, n'est-ce pas? Va, mon vieux, je le sais bien!
LA GHABRAQUE.
Ah ! mon colonel, vous pouvez le dire !
Allons, donne-moi la main... Et à tout à l'heure, car tu m'accompagneras...
LA GHABRAQUE.
Je ne vous ai pas suivi, depuis vingt ans, partout où vous êtes allé, pour vous abandonner le jour de la dernière parade. Et comptez que je ne serai pas long à vous rejoindre...
Je te le défends bien. Tu resteras auprès d'Henri, à qui je t'ai donné. Il sera heureux. Gela te consolera. Il aura des enfants. Ils te grimperont sur les genoux. Tu leur raconteras l'histoire de nos guerres; tu leur apprendras mon nom et quand ils te
140 LE COLONEL ROQUEBRUNK
demanderont qui j'étais, tu leur diras: Un brave homme, qui aimait bien votre père, et qui vous aurait bien aimés aussi. C'est convenu ?
LA GHABRAQUE.
Mon colonel, je vous obéirai.
ROQUEBRUNK.
Va. (a d'Escongis.) Adieu, capitaine.
La Chabraque frappe à la porte. Le portier-consigne vient ouvrir. La Chabraque se range et fait le salut militaire à d'Escongis. Ils sortent.