SCENE IV
ROQUEBRUNE, seul, puis MOIGNEVILLE. Il va à la table, s'assied, prend du papier et une plume,
Brave garçon! Mon titre de comte, mon majorât, tout ce que l'Empereur m'a donné sera pour lui et pour Thérèse...
Il commence à écrire. — La porte de la salle s'ouvre.
— Moigneville paraît. — Le portier-consigne lui montre Roquebrune. — Il lui fait un signe de tête.
— Le portier-consigne disparaît et referme la porte.
— Moigneville va à Roquebrune.
MOIGNEVILLE.
Colonel, vous faites votre testament? C'est trop tôt! Écoutez-moi d'abord.
ROQUEBRUNE, levant la tète.
Parbleu, monsieur, je pensais justement à vous tout à l'heure. Je me disais : Comment diable l'homme mystérieux, qui semble depuis quelques jours, mêlé à tous les événements de ma vie, ne va pas apparaître, au moment de la péripétie fmalet Je vous calomniais, je vous en demande pardon. Jusqu'ici, vous avez été intéi essa.it. Parlez, monsieur, je vous écoute.
moigneville, s'asseyant de l'autre côté de la table. Colonel, voulez-vous vivre?
1 iO LE COLONEL ROQUEBRUNE
Monsieur, il y a un quart d'heure, on me l'a déjà offert, et j?ai refusé.
MOIGNEVILLE.
Peut-être celui qui vous faisait cette proposition courait-il des risques?
C'est plaisir de causer avec vous, tant on est vite compris... Oui... Il y avait, pour autrui, des risques à courir...
MOIGNEVILLE.
Et les risques, vous les aimez bien pour vous, mais non pour les autres.
Vous venez de résumer mon caractère en quatre mots : En fait de danger, pas de partage... Je suis un égoïste...
MOIGNEVILLE.
Mais vous n'en êtes pas moins raisonnable?
Quelquefois. Très rarement, quand il n'y a pas moyen de faire autrement.
MOIGNEVILLE.
Je crois qu'aujourd'hui l'occasion serait bonne.
On en trouvera difficilement, non pas une meilleure, mais même une autre. Car dans un tour de cadran...
MOIGNEVILLE.
Voulez-vous que nous arrêtions l'aiguille?