ACTE PREMIER
pratiqué en Allemagne, où, comme vous savez, on joue galamment de la rapière, et j'en ai rapporté quelques bottes inédites que je dédie aux vainqueurs de l'Europe. Je m'adonne aux grosses épaulettes. J'en suis à mon septième colonel... Le dernier a été le fameux Landouski, des lanciers polonais.
Landouski! Vraiment? La plus belle moustache de l'armée!... Je l'ai beaucoup connu!... Je lui ai vu enlever proprement une batterie de trente canons, à la bataille de Somo-Sierra... Une jolie charge!... L'Empereur était là... Il lui en lit compliment.
VÉRANDIAS.
Eh bien ! moi, je lui ai tourné son verre de limonade avec le bout de ma canne... Et comme il se fâchait — c'était au café Lamblin — nous montâmes sur un billard, et, devant tout le inonde, je lui réglai sou compte.
Sur un billard?
d'escongis.
Mon Dieu! cela a fait assez de bruit.
Excusez-moi. J'arrive de province... Sur un billard!...
VILLERAMÉE, riant.
Cet excellent M. Passerieu en est tout renversé !... d'esgongis.
Ah ! capitaine, ce ne sont pas ses duels qu'il faut demander à Vérandias de vous raconter, ce sont ses amours!... Voilà où il est prodigieux!
Momus le cède à Cupidon ! Et le sopha rend des points au billard?
LE MAJOR, riant.
Bravo! capitaine! Vous êtes gai... J'aime ça... A votre santé!
Major, à la vôtre!
VILLBRAMÉE, s'animant.
Qu'on apporte le Champagne. Vôrandias va nous raconter des histoires de femmes!
Ah! vous énumérez vos conquêtes!
d'escongis.
Les plus fiëres beautés du monde impérial... Notre noble ami s'est donné pour tâche de tuer les amants et de consoler les belles... 11 fauche le parterre de Buonaparte : c'est une jonchée de roses et de violettes...
VILLERAMÉE.
Douce vengeance d'un régime abhorré !
HENRI
Messieurs... messieurs... un peu de modération !... VÉRANDIAS, se'levant.
En a-t-on eu pour nous?... Quoi! l'exil, la proscription, pour ceux qui ne voulaient pas baiser la botte du soldat couronné... L'enrôlement forcé, pour nos jeunes frères, dans les pages, ou dans les gardes d'honneur de ce petit hobereau corse... Et pour nos sœurs, le mariage par ordre, avec ses traineurs de sabre, fils d'aubergistes, de savetiers