‹ Le colonel Roquebrune; drame en 5 actes et 6 tableauxChapitre 68 sur 129 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MOIGNEVILLE, s'approchant d'elle à demi-voix comme complice.

Mortelles aussi?...

ÉMILIENNE, hésitant et passant la main sur son front avec angoisse.

M'obligerez-vous donc à prononcer un arrêt?

MOIGNEVILLE.

N'avez-vous pas assez de haine pour cela?

ÉMILIENNE, avec force.

Oh! Dieu! si!

Ne vous a-t-il pas fait tout le mal qu'il pouvait vous faire ?

ÉMILIENNE

Plus ! Plus I le lâche ! Il m'a forcée à dissimuler, à me contraindre, à mentir, quand toute ma rage me montait aux lèvres en aveux insultants, quand j'aurais voulu le souflleter de toute l'atroce vérité ! Oh! ce que j'endure, depuis hier, qui pourrait le comprendre?

MOIGNEVILLE.

Moi, qui ai enduré les mêmes tourments que vous, lorsque je vous voyais en aimer un autre et que j'étais sans espoir de vous mériter jamais. Car ce malheureux Yérandias... (Émilienne se cache la tète dans ses mains.) je l'ai jalousé de toutes mes forces... Et, au terrible prix même dont il l'a payé, j'envierais encore l'amour qu'il avait obtenu... Pardonnez-moi de vous parler ainsi, mais il faut qu'aucune équivoque n'existe entre nous. Jamais plus je ne ferai allusion à ce secret... De ceux qui vous sont étrangers, le colonel Roquebrune et moi, seuls, l'aurons connu, et quand Roquebrune

aura disparu, vous n'aurez qu'à oublier vousmême, pour que tout soit effacé.

ÉMILIENNE, lentement.

Quand Roquebrune aura disparu... Il disparaîtra donc:*

MOIGNEVILLE.

Oui.

ÉMILIENNE

Et comment?

Oh! mon Dieu! dans ces temps troublés., le plus innocent des hommes est à la merci d'une inimitié... Une dénonciation suffit à vous perdre. Les complots courent les rues, on y peut impliquer qui l'on veut. A plus forte raison peut-on compromettre ceux qui les ourdissent... Avant demain soir, je vous aurai fait raison de votre ennemi.

ÉMILIENNE

Pourquoi ce délai?... Oubliez-vous les dangers que je cours?...

MOIGNEVILLE.

Non, mais ne craignez rien, je les annulerai. Il faut que vous compreniez que si je contribue à conduire les événements, je ne suis pas maître absolu... J'ai à compter avec d'autres volontés, très puissantes, souveraines... On me doit déjà beaucoup. On me devra encore davantage. Et la comtesse de Moigneville sera une très grande dame, à la cour du Roi... Reposez-vous sur moi du soin de la protéger et de la défendre... Est-ce compris et entendu?

Il lui tend la main.

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