‹ Le colonel Roquebrune; drame en 5 actes et 6 tableauxChapitre 80 sur 129 · SAVARY · texte numérisé non relu

SAVARY

Et tous les intérêts seraient sauvegardés.

Enfin, il n'y aurait de sacrifié que l'honneur. Voilà donc ce que vous appelez de la politique? Grâce à Dieu ! je n'en ai jamais fait et je ne crois pas que j'aie maintenant le désir d'en faire ! Depuis un quart d'heure, je vous écoute et je me demande si c'est moi qui suis fou! Vous discutez les droits de l'Empereur ? De qui les tenait-il? Sinon de son épée qui avait assuré le salut de la patrie? Eh bien! ce qu'il a fait une première fois, il le fera une seconde. S'il revient c'est pour défendre l'œuvre de vingt années de révolution et de guerre compromises, en quelques mois, par desfanatiqueset des traîtres. Vous demandez ce qu'il rapporte et quelles garanties il offre? Il vous rapporte toutes les libertés payées de votre sang et qu'on vous a reprises; sa garantie, c'est lui-même et vous n'en trouverez pas de meilleure.

ROMEUF

Revient-il donc libéral ?

Il revient comme il est parti : prêt à tout pour le salut et le bonheur de la France.

THÉZARD

Même à céder le trône?

Peut-être. Quand il l'aura relevé et fortifié.

FOUGHÉ.

Messieurs, le colonel a raison. Tous les calculs seraient vains et tous les débats stériles. Nous sommes en présence d'un fait accompli. Il ne s'agit pas de savoir si on ouvrira ou si on n'ouvrira pas à l'Empereur la porte de sa maison, quand il revient, pour y entrer, à la tête de ses braves. Ce sont de fameuses clefs que quarante mille baïonnettes! Quant à une Régence avec le roi de Rome, chimère !Ge n'est pas la main d'un enfant qui peut tenir un sceptre aussi lourd, en face de l'Etranger. Il nous faut un homme, un législateur et un soldat.

Enfin, messieurs, je vous prie de remarquer qu'à l'instant vous vendiez la peau de l'ours, comme dit l'autre : vous étiez déjà tous grands dignitaires I II ne saurait être question, aujourd'hui, de s'offrir des places. Elles ne sont pas vacantes. Il s'en faut ! Le Roi est encore à Paris, avec sa Maison militaire et la Garde Royale, toute une armée! La monarchie est toujours debout. Commençons par la mettre par terre! Après, ceux qui en auront le goût, se partageront ses dépouilles. En tout cas, pour le quart d'heure, il ne s'agit pas de faire le compte du butin, il s'agit de retrousser ses manches, et de se battre.

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