CHAPITRE LV
Cs
Etant ainsi animé par le souvenir de l'amour qu'il porte aux pécheurs pénitents, Vous pourrez vous approcher de la sainte table avec une crainte mélée d'espérance et d'amour, en disant: Je ne suis pas digne de vous recevoir, parce que je vous ai très souvent et très grièvement offensé, et que je n'ai pas satisfait comme je le dois à votre justice. Non, mon Dieu, je ne suis pas digne de vous recevoir, parce qu’il me reste quelque affection pour les créatures, et que je n'ai pas commencé à vous aimer et à vous servir de toutes mes forces. Ah!Seigneur, n'ov :ez pas votre bonté; souvenez-vous € : votre parole, rendez-moi digne de vous recevoir avec foi et amour.
Quand vous aurez communié, entrez aussitôt dans un profond recueillement :
et, fermant votre cœur à tous les objets sensibles, ne pensez plus qu’à converser avec votre Sauveur, en lui adressant ces paroles ou d’autres semblables : O souverain Maître du ciel, qui a pu vous obliger à descendre jusqu’à moi, qui suis une créature pauvre, misérable. aveugle, dénuée de tout? Il vous répondra aussitôt : C’est l'amour. Vous lui répliquerez : O amour incréé! que demandez-vous de moi? Rien autre chose, vous dira-t-il, que l'amour. Je ne veux point d'autre feu dans votre cœur que celui de la charité. Ce feu, victorieux des ardeurs impures de vos passions, em-
brasera votre volonté et m'en fera une
| victime d’agréable odeur. C'est ce que j'ai | toujours désiré et ce que je désire encore. Je veux être tout à Vous, et que vous s0yeZ tout à moi : ce qui ne pourrait se faire. si, | au lieu de vous conformer à ma zolonté, -ous suiviez la vôtre, toujours amateur de | votre propre liberté et de la gloire du | monde. Sachez donc que ce que je souhaite de vous, c’est que vous vous haïssiez vous- | même, afin de pouvoir m'aimer, que vous me donniez votre CŒuT, afin de l’unir au mien, qui fut ouvert par vous Sur la croix.
Vousn'ignorez pas qui je suis,et vous VOYEZ néanmoins que, par un excès d'amour. je veux bien mettre quelque sorte d'égalité entre moi et vous. En me donnant tout | entier à vous, je ne vous demande que | vous-même! Soyez à moi, et je suis con-
tent. Ne cherchez que moi, ne songez qu'à moi, n’écoutez et ne regardez que moi, afin | que je sois l'unique objet de vos pensées
et de vos désirs, que vo! n’agissiez qu’en moi et par moi, que Ma grandeur infinie absorbe votre néant; qu’ainsi vous trou- | yiez en moi votre bonheur, et que je trouve en vous le repos.
Enfin, vous présenterez au Père éternel | son Fils bien-aimé, 1° en action de grâces | de la faveur qu'il vous aura faite de vous | Je donner; 2° pour en obtenir des secours, | soit pour vous-même, soit pour toute | l'Eglise, soit pour VOS arents et pour ceux | à qui vous avez que que obligation, soit
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