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LES SYMPTOMES DU PRINTEMPS

L’arbre du 20 mars aux Tuileries s’est paré de ses petites feuilles vertes, premières messagères qui annoncent annuellement aux bonnes d’enfants le retour de cette saison charmante, qui ramène toujours à Paris un peu de soleil et beaucoup de giboulées ! — Salut au printemps !

Le résultat le plus certain de cette légère verdure des Tuileries est de faire éclore conjointement chaque année dans les journaux une foule de lignes printanières qui arrivent invariablement comme mars en carême. — (.'est le feuilleton qui se met au vert.

A propos de n’importe quel vaudeville, ou très-souvent même à propos de rien du tout, le feuilletoniste se met à s’écrier vers le 20 mars :

— « O ciel, quel horrible métier! toujours être cloué dans ces horribles stalles pour entendre d’horribles petits couplets, accompagnés par d’horribles petits violons ! et cela quand ît serait si doux d’aller entendre chanter le rossignol ! (car il n’est pas plus gêné que cela, le critique dramatique, il fait chanter le rossignol au mois de mars) ; — quand les pêchers se parent de leurs bouquets de fleurs blanches comme de jeunes mariées (les fleurs sont rouges, mais ça ne fait rien),... quand toute la nature prend un air de fête... quand... » Lnfin trois colonnes de quand ! quand ! pareils.

Ce qui fait que le bourgeois qui a lu le feuilleton pour se faire une petite opinion sur les pièces nouvelles de la semaine, apprend, — pour ses quatrev ingts francs par an, — que son critique désire beaucoup aller voir pousser les petites feuilles vertes.

Un autre symptôme dti printemps c’est de voir*eclore une foule de petits volumes roses ou vert-pomme, intitulés : Echos de mon âme , Rosées de mon cœur, Chants de ma lyre , ou autres sobriquets plus ou moins poétiques.

Ce genre de giboulées arrive surtout du haut de la rue Saint-Jacques, dernier asile des éditeurs bienveillants qui encouragent les jeunes hommes de lettres à cultiver les nnif Sœurs, — pourvu qu’ils avancent tous les frais de la publication.

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