PEINTURE DES TABLEAUX
Louvre, la gigantesque porte s’enlr’ouvre, et on se rebouscule de plus belle sur la place. — Premier tableau !
Dans le grand salon carré on aperçoit tout d’abord plusieurs immenses toiles sur lesquelles on distingue des nuages de fumée, plus un cheval mort sur le premier plan ; — ces tableaux sont des batailles pour le Muse'e de Versailles, et que vous intitulez comme bon vous semble.
A côté de ces images guerrières, bien faites pour faire palpiter le cœur de tout Frrrrançais, vous distinguez deux ou trois grands tableaux religieux de l’école de M. Ingres, c’est-à-dire qu’à travers un brouillard gris vous apercevez, ou même vous n’apercevez pas un saint jaune.
Pendant que vous êtes occupé à chercher les personnages dans cette grisaille religieuse, un monsieur cherche dans votre poche votre bourse, — plus heureux que vous il trouve ce qu’il cherche. — Naturellement vous criez : au voleur! — Les gardiens accourent aussitôt, et tout naturellement aussi vous traitent de tapageurs et vous flanquent à la porte. — Deuxième tableau !
Au bout d’un quart d’heure, vous vous reglissez dans le même salon que vous traversez furtivement, et vous vous faufilez dans la grande galerie, où vous apercevez de prime abord quinze tableaux de M. Lepaule, dont suit le détail :
Cinq portraits de danseuses c!e l’Opéra,
Quatre idem de pairs de France,
Et six idem de chiens de chasse.
Un peu plus loin vous admirez, ou vous n’admirez pas, ça dépend des goûts, une douzaine de portraits de M. Dubufe; — femmes charmantes, blanches et roses, dont la nuance est garantie pour un an; — quant à la ressemblance, c’est différent, je ne vous la garantis pas du tout.
Au milieu de cette même grande galerie, vous ne voyez pas une foule de tableaux, attendu qu’on a oublié de percer des fenêtres dans cette partie de l’établissement, — ce qui n’empêche pas qu’on n’y place une infinité de cadres dorés qui doivent renfermer des toiles plus ou moins couvertes de couleurs.
Un peu plus loin vous tombez au milieu d’un rassemblement qui vous fait croire qu’un monsieur a une attaque d’apoplexie ou qu’une dame accouche; — mais ce sont simplement des amateurs qui s’extasient et se désopilent la rate devant une scène comique de M. Biard. — Au bout de cinq minutes, quand vous voulez vous procurer la satisfaction de vous moucher, vous vous apercevez que ces messieurs n’étaient pas seulement amateurs de tableaux et que plusieurs d’entre eux avaient aussi la monomanie de faire collection des foulards de leurs contemporains.
Enfin, à l’extrémité de la galerie vous apercevez un rideau vert orné de deux grands valets rouges, ce qui indique la fin de votre promenade.
Puis, en sortant de là, vous faites comme tout le monde, vous pensez aux sculptures et vous n’allez pas les voir.
Et voilà ce que c’est qu’une exposition, — les arts n’y gagnent pas grand’chose, mais vous y perdez une bourse et un foulard.