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LE POISSON D’AVRIL

Le poisson d’avril est un usage fort respectable sans doute, puisqu’il est excessivement âgé, mais néanmoins il n’est plus guère suivi religieusement à Paris que dans les environs de la pointe Saint-Eustache, et en province dans les chefs-lieux de sous-préfecture.

Il y a cinquante ans, avant la première révolution qui a détruit tant de choses, le premier avril ne s’écoula jamais sans que le personnage le plus spirituel de la société n’envoyât quelque candide jeune homme chez le pharmacien du coin pour lui demander de l’ huile decotret. — Et on riait de cela pendant quinze jours. — Ce qui nous prouve d’abord qu’avant la révolution on était heureux à bon marché, et ensuite que les jeunes gens candides étaient excessivement communs.

Ce n’est pas aujourd’hui que l’on trouverait encore des jeunes Français ayant la candeur nécessaire au jeu en question ; — à quinze ans il n’est pas un collégien qui ne se vante d’avoir perdu toutes les illusions de la vie; don Juan imberbe il ne croit plus à rien, ainsi comment voudriez-vous qu’il crût à l’huile de cotret?

Ce sont pourtant les Romains, les inventeurs des étrennes, qui ont aussi inventé le poisson d’avril, mais nos gaillards se livrèrent pour la première fois à une plaisanterie qui n’aurait pas été tolérée si la police correctionnelle | avait été créée à cette époque.

Ce fut le premier avril de l’an 1er de Rome que Romulus convia ses voisins les Sabins à une fête nocturne où on devait prendre du thé, — et au lieu de cela on prit des femmes, — puis comme les maris eurent le petit esprit de se fâcher de la plaisanterie, Romulus chercha à les calmer en leur appliquant lui-même de l’huile de cotret.

Ah ! on ne s’amuse plus comme au bon vieux temps !

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