‹ Le comic almanackChapitre 38 sur 76 · LE RETOUR DES HUITRES · texte numérisé non relu

LE RETOUR DES HUITRES

C’est le premier septembre à quatre heures du matin que la première cloyère est visible à l’œil nu au milieu de la rue Montorgueil; dans ce quartier privilégié , béni du ciel et des écaillères. — Ce petit coquillage délicat, qui ne peut supporter le séjour de Paris pendant les mois de mai , juin , juillet et août, mois étouffants et sans R , revient invariablement avec septembre, qui ouvre la série des huit mois où l’on trouve quelquefois beaucoup trop d’air.

Il n’est pas un gourmand de Paris qui, le premier septembre, ne se donne la satisfaction de manger une douzaine d’huîtres ; il en est même beaucoup qui se donnent la triple satisfaction d’en déguster trois douzaines. — 11 n’y a pas de mal à cela, les plaisirs de la table sont ceux que l’homme peut goûter sans remords de conscience; il est vrai que quelquefois on éprouve des remords d’estomac.

J’ignore pourquoi l’huître est devenue le synonyme de la stupidité , car, à mon avis, ce coquillage légèrement saupoudré d’un soupçon de poivre et orné d’un peu de citron forme un mets qui n’est nullement stupide, — j’en appelle au palais de tous les Français.

11 se consomme annuellement à Paris des huîtres pour plus d’un million; — ce chiffre est plus éloquent que toutes les phrases et suffit à la louange 4 u plus modeste et du plus agréable des mollusques.

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