LES VACANCES DE LA JUSTICE
Grâce à un usage qui, pour être antique, n’en est pas moins ridicule, chaque année voit s’accomplir un fait qui a pour résultat immédiat d’entraver pendant deux ou trois mois les deux choses qui devraient être regardées comme les plus précieuses en France, — c’est-à-dire l’instruction publique et la justice.
Par suite d’une singularité inexplicable, ce sont précisément les fonctionnaires publics qui ont le moins de travail à qui l’on accorde un repos absolu pendant les mois de septembre et d’octobre. — Aujourd’hui que les chanoines sont très-mal rétribués et font très-maigre chère, les véritables sinécures sont les emplois de bibliothécaire et de conseiller à une cour royale.
Les bibliothécaires de toutes les grandes villes ne sont guère dérangés pendant dix mois de l’année que par les rats, et les conseillers n’ont pour unique souci que de ne pas tomber du haut de leur fauteuil quand ils dorment à l’audience. — Eh bien ! il faut que pour se remettre de ces fatigues extraordinaires ces messieurs aillent bien régulièrement chaque année passer tout l’automne à la campagne. — Le premier septembre on met la clef sous la porte du temple de l’étude et du temple de la justice’ — Tant pis pour les plaideurs et les rats ! Us se dévoreront entre eux si bon leur semble.
Quant à nos bibliothécaires et à nos magistrats, ils s’en vont bien tranquillement , bras dessus bras dessous , cultiver leurs dahlias et leurs giroflées.
Foin du Droit et de la Gazette des tribunaux ! Le juge ne lit plus que le Journal des connaissances utiles; — et, en fait d’arrêt , il ne s’occupe plus que de celui de son épagneul.
Pendant ce temps les dossiers s’amoncellent, les prévenus s’entassent dans les prisons. — Mais , bah ! dit notre magistrat irréprochable , la vie est courte, il faut bien l’embellir.