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LES VENDANGES A PARIS

Les marchands de vin de Paris sont en ce moment en pleine vendange ; la fin d’octobre est invariablement l’époque de l’année choisie par ces vignerons industrieux qui, moins inquiets que leurs confrères de la Bourgogne et de la Champagne, ne craignent pas que l’humidité pourrisse leurs grappes ou que la gelée détruise leurs ceps. — Le bois de campêche résiste à un froid de plus de vingt degrés, et la litharge se conserve dans toutes les saisons.

Des documents administratifs publiés tout récemment nous révèlent qu’il j se consomme chaque année, à Paris, une quantité de vin double de celle qui entre par les barrières, et là-dessus l’économiste officiel se plaint vivement de la perte que cette fabrication intérieure fait supporter à la caisse de l’octroi, sans daigner accorder le moindre soupir de compassion aux milliers de malheureux qui sont littéralement empoisonnés par la drogue violette qu’on leur vend comme du vin.

Tout le mal provient cependant de l’administration elle-même, qui met un impôt énorme sur les petits vins de Bourgogne et du Beaujolais qui formeraient la boisson habituelle d’une grande masse de la population de Paris* si ces vins ne se vendaient que cinq ou six sous la bouteille, les marchands de Paris renonceraient à leur fabrication intra-muros. Mais maintenant comment voulez-vous qu’i!s résistent à l’appât de vendre dix sous ce qu’ils peuvent fabriquer pour trois sous?

Après ça il faut éti e juste, la police poursuit les voleurs ; et quand on saisit une pièce de vin falsifiée on la répand sur la voie publique, et un large ruisseau rouge qui court dans tout le quartier annonce au peuple que justice vient d’être faite.

Vous croyez peut-être que pendant ce temps le marchand de vin s’arrache les cheveux de désespoir. — Mon Dieu, il ne chiffonne pas seulement sa calotte grecque et, assis tranquillement à son comptoir, il prend son crayon et calcule ce que lui coûtait la pièce de Bourgogne dont on le prive en ce moment. Comme, tout compte fait, il trouve qu’elle lui revient à 27 francs 50 centimes et qu’on n’en saisit guère qu’une pièce sur cinquante falsifiées, qui, l’une dans l’autre, se vendent 120 francs; il trouve le commerce supportable et espère le continuer encore une dizaine d’années,— tout jusie ce qu’il lui faut pour achever de faire fortune et devenir électeur et juré.

11 arrive très-souvent que le jour même où le marchand de vin reçoit la terrible punition détaillée ci-dessus (perte de 27 fr. 10 sous), que la vente de et tte même journée s’en ressent très-favorablement ; — les voisins du victimé se disent : — Tiens, tiens, v’ià qu’on répand le mauvais vin du père Loffard... il ne doit plus en rester que du vrai dans sa cave : allons lui en acheter tout de suite !

Et le père Loffard, qui a un caveau secret où se trouve enfoui du vin encore plus falsifié si c’est possible, en écoule cinq ou six pièces immédiatement, — et il bénit les sergents de ville!

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