‹ Le comic almanackChapitre 68 sur 76 · L ECLIPSE ET LES ASTRONOMES · texte numérisé non relu

L ECLIPSE ET LES ASTRONOMES

les yeux sur la terre , surtout pendant ces huit dernières années , ils auraient vu qu’une foule de mortels n’étaient occupés qu’à une seule chose : — à faire des trous à la lune.

A l’aide de bonnes lunettes ils auraient surtout pu parfaitement distinguer le trou Saint-Bérain , qui fit beaucoup de bruit lorsqu’on le découvrit pour la première fois , et tous les différents trous de bitumes plus ou moins bitumiers.

Nous avons dit que d’ici à quarante ans les habitants de Paris seraient privés de la satisfaction d’assister au spectacle d’une éclipse; mais il est bien entendu que nous voulons uniquement parler d’éclipse de soleil , car on continuera à en voir journellement une foule d’autres ; et chacun peut même les faire naître à son gré , pour peu qu’il possède les éléments nécessaires.

Ainsi , placez entre vous et une danseuse de l’Opéra un magnifique cachemire, — vous verrez subitement une éclipse de vertu.

Ajustez vers la poitrine d’un fanfaron un canon de pistolet , — crac , éclipse de courage.

Mettez sous les yeux de plus d’un député un petit parchemin qui porte une nomination à une bonne place , — éclipse d’indépendance.

Mais nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les éclipses qui auront lieu dans le courant de l’année \ 843 , — bien qu’elles ne soient pas mentionnées à l’avance sur l’Almanach grégorien de votre facteur.

Nous ne voulons pas finir le présent article sans vous faire connaître le petit désagrément arrivé le huit juillet dernier à un de nos astronomes du Midi qui, non content de pouvoir observer l’éclipse du haut de son observatoire, avait, dans son amour pour la science , imaginé de se faire enlever dans les airs à une hauteur de trois cents toises dans un ballon captif.

A quatre heures du matin un domestique vint réveiller notre savant pour qu’il ne manquât pas le spectacle si vivement attendu ; — notre homme, qui dormait bien et qui probablement rêvait lune ou comète, se précipita à bas de son lit et prit à peine le temps de se vêtir pour s’élancer dans son ballon.

l’éclipse et les astronomes. 83

Arrivé à la hauteur désirée , notre infortuné aéronaute s’aperçut qu’il avait oublié sa lunette ! — impossible de redescendre , sa voix se perdait dans les airs, et il avait beau crier qu’on lui tirât le cordon !

Il en fut réduit à observer l’éclipse à travers un lorgnon.

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LE JAYOTYPE.

ertainement le chapeau n’est pas seulement une question de forme , il doit encore être traité à fond ; du moins c'est l’opinion émise par Aristote dans le fameux chapitre que vous savez.

Sous ce rapport, M. Jay (non de l’Académie française, mais de la rue des Fossés-Montmartre) partage complètement l’opinion d’Aristote , qui , s’il l’eût voulu , eût été un des plus fameux

chapeliers de l’antiquité . Mais il ne l’a pas voulu. — N’en

respectons pas moins sa mémoire!

M. Jay à sa profession de chapelier joint la qualité de phrénologiste. En conséquence, depuis long-temps il s’était aperçu de l’agrément qu’on a d’être... bien coiffé. Élevant son état au rang d’art, M. Jay veut que ses clients soient coiffés selon toutes les règles de la symétrie, de la géométrie et même de la crâniologie. Il y a trois ans, il avait déjà publié un écrit ex-professo , dans lequel il prouvait que chaque individu doit avoir une coiffure différente , même les maris parisiens , coiffure bien assortie à la physionomie, au tempérament, et à la profession de chacun.

Pour rien au monde, il n’aurait vendu un chapeau à larges bords à un petit homme maigre ayant un nez en cornet à piston ; et si vous aviez une boule à la Jules Janin , il se serait fait écarteler plutôt que de vous laisser sortir de son magasin coiffé d’un petit castor de clerc d’huissier.

Au lieu d’imiter les vulgaires chapeliers qui , n’importe quelle marmite ils vous placent sur la tête, disent invariablement aux acheteurs: « Voilà qui vous coiffe à ravir! » M. Jay vous dit | ; ' . "

LE JAYOTYPE.

franchement : « Ah ! quelle vilaine figure vous avez avec ce chapeau-là! ôtez-le tout de suite, vous êtes atroce ; je n’ai jamais vu personne de plus laid que vous! »> Vous voyez que la fameuse franchise du marin n’est plus rien auprès de la franchise du chapelier!

Il est vrai que M. Jay , allant à la case indiquée par votre profil , vous en rapporte un feutre qui vous rend beau comme Apollon.

M. Jay avait fait un pas de géant dans la carrière delà chapellerie, mais il n’était pas encore arrivé au but. il savait bien ce qui convenait aux nez camus ou aux nez gigantesques, aux fronts larges et aux fronts déprimés, aux hommes gais et aux hommes mélancoliques, aux garçons et aux hommes mariés; mais le problème n’était pas encore entièrement résolu.

Une tête humaine n’est pas seulement ornée d’un nez , d’une bouche, etc. ; elle est encore ornée d’une foule de bosses qui ont servi à Gall à trouver la clef de notre intelligence , et qui

86 LE JAYOTYPE.

ne nous servent d’ordinaire qu’à nous faire jurer contre les chapeliers toutes les fois que nous mettons un chapeau neuf.

Fort heureusement doué de la bosse de l’imagination, M. Jay se mit un beau jour à inventer le Jayotvpe , instrument dans lequel il fourre votre tête quand vous allez lui demander un chapeau.

Cela fait , il vous prie de repasser au bout de cinq jours , et alors vous trouvez dans la boutique du chapelier une tête de plâtre qui représente votre propre boule et sur laquelle on a confectionné un chapeau qui vous va comme un gant, ou si la comparaison ne vous convient pas , qui vous va comme un chapeau très-bien fait.

Grâce à cette nouvelle découverte M. Jay va incessamment posséder dans son magasin la collection des têtes de tous ses clients; ce sera un nouveau salon de Curtius d’une utilité bien plus grande que la collection des figures de cire, qui n’avaient nullement été moulées sur nature.

Non-seulement le Jayotype sert au chapelier à prendre une mesure exacte de la configuration de la tête de son client; mais encore , grâce au système de Gall , M. Jay parvient à découvrir le caractère dudit client , et à lui confectionner un couvre-chef en harmonie parfaite avec le moral de l’individu.

Bien plus, notre profond industriel, en palpant ses protubérances significatives, se dit: « Ah diable! voici un monsieur qui a la bosse de la colère , il ne faut pas que je manque de lui livrer son chapeau demain matin , car sans cela il me ferait une scène. — Celui-ci a la bosse de la flouerie... je ne lui ferai pas le moindre crédit ! etc. »

De sorte que les beaux-pères qui voudront prendre des renseignements certains sur leurs gendres futurs n’auront rien de mieux à faire qu’à les mener acheter un chapeau chez M. Jay ; à peine leur tête sera-t-elle dans l’instrument que] leur affaire sera dans le sac; on pourra lire dans leur cœur plus couramment que dans un volume des éditions nouveau format.

C’est ainsi qu’à force d’étudier l’art de la tête , M. Jay a vu ses chapeaux et son Jayotype se placer à la tête de l’art.

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