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LES CONTEURS EN DILIGENCE

Trois voyageurs, qui devaient passer ensemble la nuit en diligence, résolurent, pour abréger les longues heures qu’ils prévoyaient devoir s’écouler sans sommeil, de se raconter tour à tour quelque histoire.

L’un d’eux, ancien militaire, qui avait beaucoup vu le monde et affronté les périls de la guerre, parla de ses campagnes avec tant de vivacité et d’une manière si intéressante, que ses compagnons auraient été charmés si malheureusement il n’avait eu la mauvaise habitude d’accompagner ses récits d’imprécations et de jurements continuels. Ayant fini, il se tourna vers celui qui n’avait encore rien dit.

C’était un homme âgé, de l’air le plus respectable II commença gravement ainsi : « Il y a environ vingt ans, messieurs, que voyageant sur cette même route par une nuit noire comme mille trompettes pipes et cordes , il m’arriva un accident, trompettes pipes et cordes, dont je frémis encore; je crois vraiment, trompettes pipes et cordes, que c’est à ce même endroit de la route. La diligence roulait à son train ordinaire de trompettes pipes et cordes, quand nous fumes alarmés subitement par le bruit de chevaux galopant après nous comme de vraies trompettes pipes et cordes. Nous entendîmes distinctement des voix qui criaient ; Arrêtez, arrêtez ! — Trompettes pipes et cordes, dis-je à mes voisins, nous sommes poursuivis par des

voleurs. — Trompettes pipes et cordes, ce n’est pas possible, s’écrièrent les voyageùrs. — Pipes et cordes, répliquai-je, ce n’est que trop vrai. Et mettant la tête à la portière je vis que ces trompettes pipes et cordes de cavaliers nous avaient atteints; aussitôt la voiture, trompettes pipes et...»

Ici la patience du militaire lui échappa. « Pardon , monsieur, dit-il , si je vous interromps; mais sur mon âme, je ne comprends pas ce que vos diables de trompettes pipes et cordes ont à faire avec votre histoire. »

« Monsieur, répondit le vieillard, votre remarque m’étonne fort. Ne vous êtes-vous pas aperçu tout de suite que ces mots étaient aussi nécessaires à mon récit que le sont aux vôtres les jurements dont vous assaisonnez les moindres de vos discours? »

Il se fit un moment de silence. Puis le militaire prit la main du vieillard, et la pressant en souriant lui dit : « Monsieur, je vous remercie de votre intérêt pour un étranger et de la spirituelle leçon que vous m’avez donnée. J’espère qu’elle ne sera pas perdue. »

Si des almanachs à dix sous nous tombons aux almanachs à six et même à quatre sous (car en fait d’almanachs on se sert toujours de l’ancien style en dépit des ordonnances de M. Delessert), nous nageons en pleins Liégeois , Liégeois qui pour la plupart du temps voient le jour en Suisse, à Strasbourg ou même à Paris.

Les vieux littérateurs qui rédigent ces ouvrages commencent un peu à sentir malgré eux l’influence des chemins de fer et des cigares à dix sous. La civilisation déteint sur leurs pages grises, et en fait de gravures ils essaient de se mettre au courant des événements contemporains; vous ne trouverez plus guère le portraii du Juif errant ou de Poniatowski que dans cinq ou six d’entre eux. Les autres ont cette année une gravure représentant un gros nuage, lequel est censé lui-même représenter l’incendie du chemin de fer de Versailles. Puis quinze pages plus loin un autre nuage copié exactement sur le premier nous donne un tableau fidèle de l’incendie de Hambourg .

Par exemple, pour rien au monde ces almanachs respectables ne manqueraient de vous donner pour vos six sous la prédiction exacte du temps dont vous jouirez chaque jour de l’année. Vous voyez qu’on peut économiser un baromètre. Et quand par hasard il fait un soleil superbe le jour où l’Almanach liégeois de Strasbourg avait annoncé grande pluie, le rédacteur en est quitte pour dire que c’est une faute d’impression , — ces imprimeurs sont si étourdis !

Nous ne voulons pas quitter la plume sans annoncer à nos lecteurs l’apparition prochaine d’un almanach qui doit éclipser tous les autres, et rien que la nouvelle vous en semblera tellement fabuleuse que vous ne voudrez peut-être y ajouter foi que le jour où vous verrez la chose réalisée ; et je comprends si bien cela, que j’ai voulu tout justement vous prévenir à l’avance pour que le jour où vous verrez apparaître ce volume l’extrême surprise ne vous cause pas un saisissement fatal.

La maison Aubert s’occupe en ce moment à éditer I’Almanach des vingt-cinq mille adresses, illustré des portraits de toutes les personnes

dont les noms seront contenus dans le volume. Ces portraits sont pris au daguerréotype et sans que les personnes elles-mêmes s’en doutent. Vous comprenez combien cela facilitera les recherches, et le tout ne coûtera que cinquante centimes. Il est possible que les graveurs sur bois manquent un peu de parole à la maison Aubert et ne lui livrent leur travail aussi promptement qu’ils l’ont promis; alors il s’ensuivrait forcément un léger retard dans la publication de cet Almanach , qui paraîtra néanmoins bien certainement dans le courant de 1843 ou d’une des années suivantes.

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