‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 102 sur 196 · SOUVENIRS DRUIDIQUES · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DRUIDIQUES

Des souvenirs manifestes de dogmes druidiques se rencontrent dans quelques chants bretons publiés par M. de la Villemarqué.

Le dogme des existences successives était un dogme druidique.

Le barde gallois Taliessin, disait : u Je suis né trois fois, j*ai été mort, j*ai été vivant, j*ai été biche sur la montagne, j'ai été coq tacheté. »

On retrouve comme un écho de cette croyance druidique à la métempsycose mêlée & des idées plus modernes dans un fragment qui a été recueilli en Bretagne par M. le docteur Ronlin :

LA SAINTE UARGUBRITE.

Qui veut ouïr la chanson [De sainte Marguerite].

[Toujours] la mère chante

A la fille qui crie.

Un beau jour lui demande :

— Qu*avez*vous, Marguerite?

— J*ai bien des maladies, Et n ose vous le dire ; Tout le jour je suis GUe, Et la nuit blanche biche ; Toutes les chasseries Sont après moi la nuit , Ceir de mon frèr* Biron Elle est encor la pire,

— Appel' tes chiens , Biron , C'est ta sœur Marguerite.

Il a corné trois fois

Au' son cornet de cuivre.

La quatrième fob

La blanche biche est prise.

En ont fait un dîner

Aux barons de la ville.

Nous voici tous illé' (ici).

— Hors ta sœur -Marguerite.

Elle répond du plat :

— Suis la première assise.

Mon foie et mon poumon Sont dans la grand-marmite, Mon sang est répandu

Par toute la cuisine; Aussi mes blonds cheveux Pendent h la cheville.

Ha I je les vois d'ici Que le vent les guenille.

Un refrain peut être la seule trace de souvenirs qui remontent à Tépoque druidique, tel est celui qui, dans plusieurs chants poptdaires, ramène ce mot la gaUlonéf la guilbna, la gaiUoneou, suivant les dialectes; mot dans lequel il est impossible de ne pas reconnaître ^aî Van neuf [nea]^ d*autant plus quon chante ce refrain à Noël, époque des anciennes cérémonies gauloises qui se rapportaient au solstice d* hiver, et qu*il est quelquefois remplacé par cette formule : Dormez-nous l'étrenne du gai.

M, Guigniaut, membre du Comité, a entendu dans son enfance ime sorte

de chant de reconnaissance usité dans le Gharolais , et composé d*un certain nombre de mots bizarres, qui ne sont peut-être pas sans rapport avec les anciennes croyances celtiques :

laaca

Coudribala

Lagmloné,

auxquels on ajoute :

Du bon pain frais.

La gailoné est évidenmient ici , comme dans les exemples cités plus haut , le gai tan neaf[neay

a. — SOUTENIIUI GERMANIQUES.

Il sera également important de recueillir les chants qui contiendraient quelques vestiges des anciennes croyances et traditions des peuples germaniques.

Des refrains populaires chantés à la fête de saint Martin, dans la Flandre française, ont été recueillis par M. Louis de Baecker, correspondant du Comité, et paraissent se rattacher à divers souvenirs du paganisme germanique, entre autres aux réjouissances qui avaient lieu chez les anciens peuples germains vers l'époque du solstice d'hiver, ce que semble rappeler l'usage conservé dans certaines provinces de l'Allemagne voisines de la France, d'allumer, à ce moment de l'année, des feux sur les montagnes. Il est parlé, dans des chants bretons, de trois cygnes changés en jeunes filles, et d'une jeune fille changée en cygne, qui doit rester ainsi jusqu'à ce que sonne la première cloche. L'idée de cette métamorphose paraît se rapporter aux traditions mythologiques des anciens Scandinaves.

Dans i'Edda, trois jeunes valkyries laissent sur le bord de la mer la dé- : 1 pouille d'un cygne.

V, Tout chant contenant une formule d'incantation, une allusion â des superstitions plus ou moins bizarres, devra être également recueilli avec soin; tel est le Conjaratear et le loup, envoyé au Comité par M. Friry, correspondant à Remiremont, et qui se retrouve dans plusieurs parties de la France. Dans ce singulier morceau, les divers éléments sont successivement évoqués comme dans les runes Scandinaves ou finnoises : ils se refusent & l'ac-

tion de lliomme « et n agissent que quand le diable parait. Le fond de ce chant étrange doit être fort ancien.

(Il Variante

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