BOTANIQUE
Le tpavail que le Comité demande aux Sociétés savantes et à ses correspondants se compose essentiellement du catalogue des plantes de chaque département. Là est l'œuvre presque tout entière.
Cependant, avec le catalogue, et comme application de celui-ci sur le terrain, le Comité désire quelques itinéraires botaniques ou herborisations dans les localités les plus riches du département. Il est inutile de faire remarquer que cet appendice au catalogue sera aussi utile aux voyageurs naturalistes qu il sera dune exécution facile, nous allions dire agréable, «pour les botanistes résidants.
Enfin, le catalogue, considéré dans ses éléments, sous divers aspects avec lesquels les botanistes ont été familiarisés par les travaux de géographie botanique exécutés dans ce siècle, et résumés surtout par les de Humboldt, de Candoile, Schouw,Thurmann etLecoq, fournira tout naturellement la matière de quelques aperçus intéressants qui trouveront leur place dans le chapitre faisant suite aux herborisations. C'est là que finfluence de la latitude et de Faltitude, se compensant Tune par l'autre , que celle de Torientation et de la nature du sol se présenteront avec leurs lois, par le simple dépouillement des faits notés dans le catalogue.
Les correspondants auront , en particulier, à préparer, par leurs propres observations, la solution de la question de prédominance entre la nature physique, ou Tétat d'agrégation du sol, et sa nature chimique.
On le voit, les trois parties du travail demandé aux Sociétés savantes el aux correspondants peuvent, en quelque sorte, être réduites à la première, savoir au catalogue, dont le reste n'est qu'application ou conséquence.
Cette importance du catalogue nous justifiera d'y revenir pour fcxposition sommaire des principes qui ont dirigé le Comité dans sa rédaction.
Il ne peut être question aujourd'hui de disposer les plantes autrement que d'après la méthode naturelle. Mais autre chose est la méthode, autre chose est la classification.
Adopterons-nous la classification de de Candoile , suivant laquelle se publie le Prodromas regni vegetahilis, flore monumentale, qui comprendra la description de tous les végétaux du globe, et qui, pendant un siècle au moins, sera sans rivale? ou celle adoptée par Ëndlicher pour la descrip-
tion de tous les genres de végétaux aujourd'hui connus? ou celle plus naturelle , à notre avis , d'après laquelle M. Ad. Brongniart a disposé le jardin botanique du Muséum, tout en laissant les plantes sèches des herbiers de cet établissement suivant la série d'Endlicher? ou celle d'Âd. de Jussieu, savant dont la piété fdiale a fait les plus louables efforts pour mettre la classification, déjà bien vieillie, de son illustre père, en harmonie avec la méthode dont le premier il a jeté les bases? ou celle qu'Âch. Richard a exposée dans ses ouvrages et appliquée au jardin botanique de la Faculté de médecine? Préférerons-nous enfin les séries et les groupes adoptés par Bartling dans ses Ordines, par Lindley dans son Vegetable Kingdom , etc. ? Nous nous arrêterons dans ces citations, car chaque botaniste ayant aujourd'hui sa classification, nous pourrions continuer ainsi longtemps encore.
L'enseignement qui ressort de ce qu'on peut appeler ïanarchie des classificateurs, tient à ce que, bien que le but soit marqué depuis L. de Jussieu, les moyens pour atteindre ce but solliciteront longtemps encore les études persévérantes et la sagacité des botanistes.
Déjà cependant quelques faits se détachent, adoptés de la plupart des botanistes, et l'on peut, en en tenant compte, dresser une classification éclectique, assurément non parfaite, mais non moins incontestablement en progrès sur la plupart de celles qui ont précédé.
Un premier point qu'on admettra aisément, c'est que la division primordiale des plantes en cellulaires et en vasculaires, de.de Candolle, éloigne trop les fougères et les lycopodiacées des mousses , pour les rapprocher trop aussi des phanérogames. Nous laisserons donc, avec L. de Jussieu , les deux groupes de cryptogames réunis sous le nom d'acotylédones. Seulement, faisant une légitime part à la donnée anatomique introduite par de Candolle, nous l'appliquerons à la division des acotylédones en acotylédones cellulaires et en acotylédones vasculaires.
Dans l'embranchement des monocotylédones nous comprendrons le type des nymphéacées, type monocotylédone par toute son organisation , moins les deux cotylédons , qui ne semblent être là que pour rappeler que natara nonfacit saltas.
De même, nous ne chercherons pas à changer le nom de dicotylédones ^ quoique les conifères pofycotylédones doivent rentrer dans cet embranchement.
Dans cette grande classe des dicotylédones , que L. de Jussieu divisait en
diclines, en apétales, en monopétales et en poiypétales, de Gandolle a fait justice des diciines, qu il a réunies aux apétales sous le nom de monochlamy^ dées, bien qu'il se trouvât là de nombreuses achlamydées et dichlamydées. A son tour, M. Â. Brongniart a mis hors de doute que les monochlamydées ou apétales ne peuvent être éloignées des polypétales, et il a opéré la fusion des deux groupes sous le titre de dialypéiales , division que nous adopterons, toutefois en disant que cette division des végétaux comprend des plantes apétales en même temps que d'autres plantes pétalées, les dialypétal es vraies.
Restait à décider si les dialypétales continueraient à occuper le haut de l'échelle végétale, ou si le premier rang serait donné aux gamopétales. Par des raisons bien connues et acceptées aujourd'hui par la généralité des bo« tanistes, nous accordons la prééminence aux gamopétales.
Là ne s'arrêteront pas les données positives pour le progrès de la classi- 6calion végétale. Déjà même plusieurs autres points paraissent acquis, tels que la prééminence des plantes à graines sans albumen sur celles à graines pourvues de cet organe , celle des espèces à ovaire libre sur les espèces à ovaire infère. Mais, devant, tout en évitant d'être rétrograde, nous, montrer plutôt réservé que téméraire, nous n'avons pas cru devoir traduire dès à présent, en divisions ou classes, des faits, qui d'ailleurs offriront, en raison de leur importance subordonnée, de grandes difficultés dans l'application.