‹ Le Comité des travaux historiques et scientifiques (histoire et documents) (volume 2)Chapitre 44 sur 196 · FAÇADE · texte numérisé non relu

FAÇADE

La construction byzantine ofire des caractères particuliers dont la description doit précéder celle des façades. Les briques placées en lignes horizontales, et déjà reconnues dans les murailles des premiers âges chrétiens, se reproduisent dans celles qui sont d'origine orientale, et de plus on y trouve l'emploi fréquent de lignes verticales en brique, de sorte que les pierres ou moellons bien appareillés sont encadrés pour la plupart dans de la terre cuite. La décoration se développe plus encore par les combinaisons que peuvent former des tuiles rondes ou légèrement courbées, des an^es en forme de gamma, et d'autres figures de ce genre.

CONSTRUCTION BYIANTINS.

Détail de construction de la Panagia Nicodimo, à Athènes.

Après ce caractère non équivoque , les façades en offiîront d'autres aussi importants à signaler à MM. les correspondants. Généralement aucune pente ne les surmonte de manière à indiquer l'inclinaison d'un toit : le sommet offre donc une hgne horizontale.

Une coupole centrale surmonte la façade; si le temple est vaste, des coupoles plus basses occupent tous les angles à la rencontre des galeries inté^ rieures que forment le porche et les nefs latérales de l'édifice. Les grandes coupoles , portées par un tambour cylindrique ou placées simplement sur

— sales terrasses qui surmontent l'édifice, sont percées de nombreuses ouvertures cintrées, ou petites fenêtres destinées à donner du jour à la voûte sphérique et h l'édifice.

Les tuiles sont plates comme celles des Romains, et liées par des imbrices; elles peuvent être creuses, comme celles qu'on fabrique aujourd'hui dans le midi de la France; plus souvent des lames de plomb couvrent les coupoles.

Une suite de fenêtres ou de petites arcades indique à l'extérieur la galerie qui est ménagée au premier étage dans la plupart des temples byzantins. Celte disposition a été copiée dans l'architecture romane et dans le style ogival. Les arcs cintrés des fenêtres sont formés de briques seules ou alternées avec du moellon. Les portes sont généralement encadrées par trois morceaux de marbre ou de pierre faisant un chambranle; un ar« eu plein cintre les surmonte pour former une déctiarge au-dessus du linteau.

Vue [tenpective de l'Oise de Siinari (Giice).

— 85 ~ Les moulures qui accompsgaeot les portes byzantines ont uoe phyào- Domie spéciale et différente de celles des Latins : saillantes et arroodies, ^es sont séparées par des lignes profondément retouiUée». Ces proGb très accentués serrirent de base au système d'encadraments épais .et riches qui se multiplièrent dans l'architecture romane, et prirent un si beau caractère sous l'influence du système ogival, dit g6tfaique.

\ C'-DSlaotJiio[^.

Tra)i»epl de Tuglùe de la Patagia fiicodùna, k Alhènei.

Les façades latérales des églises byzantines ofirent une grande anali^ie avec celles de l'Occident: on y reconnaît quelquefois un pignon indiquant les croisées ou transepts.

Une ouverture occupe le milieu de ce pignon; elle est simple et cintrée, quelquefois géminée, c'est-à-dire divisée au milieu par ime cQlonnette on un pilastre. Dans ce cas, il y a deux cintres au lieu d'un; la retombée commune est le chapiteau de la colonnette.

La façade postérieure, horitootale au sommet, est décorée d'une ou de trois absides, qui sont en tours rondes ou à pans coupés; un ou plusieurs étages de niches les décorent; elles occupent la place des fenêtres, qui dans le style roman s'ouvrirent autour du sanctu:iire.

Ces niches, semi-circulaires et couronnées par une demi-coupole, sont ornées de compartiments en briques mêlées à la construction. Quelques absides

Uiide de l'eglbc de' Tlitotoco*, k Cooïlantinople.

byzantines sont percées de trois fenêtres simpies ou géminées ; si leur plan est en polygone , les fenêtres peuvent être portées par de petites colonnes placées sur chacun des angles saillants. En général, tes formes des édifices sont cubiques; les coupoles et les absides rompent seules la simplicité des fonnes.

porche' on NARTHBX.

Le porcbe des basiliques bysantines est toujours voûlé k l'intérieur, et quelquetbis surmonté de coupoles. Le bois ne paraît jamais dans cette architecture, diCTérenle en cela de celle qui a été décrite précédemment. Développé sur un plan étroit et très allongé, le porche, qui est décoré de peintures ou de mosaïques, occupe toute la laideur de l'édifice-, il donne accès au temple par une ou plusieurs portes semblables à celles qui ornent la façade eitérieijre. Les cintres, qui surmontent ces portes pour déchaîner le chambranle du poids de la construction placée au-dessus, sont quelquefois en fer k cheval, au lieu de présenter seulement un demi-cercle.

On a, dans certains cas, facilité b circulation de l'air entre le porcbe et les nefs par des fenêtres dont l'appui est une grande tablette de marbre décorée de sculpture.

Fenêtre du Tln^lneiu,

Une ou plusieurs coupoles surmontent les nefs et forment la couverture; elles se distribuent ordinairement comme U suit :

1* Coupole principale au centre de la croix; elle est indispensable au style byzantin;

1* Coupoles sur les deux transepts : elles sont ordinairement moins élevées que celle du milieu;

3' Coupole sur la partie antérieure de la nef principale;

&* Coupole sur le sanctuaire.

L'édifice peut être dépourvu de

Coupe loDgilndmale de la Ptmagia t/icodimo, k Albènei.

quelques-unes de ces voûtes si^iëriques, qui sont remplacées alors par des voûtes d'arêtes.

Dans les bas côtés du temple, les quatre angles du plan sont lea points ob les voûtes sphériques sont le plus communément placées; enfin, comme, dernier dévdoppement de ce caractère byiantin, on peut en rencontra à toutes les travées.

Les coupoles sont décorées de peintures ou de mosaïques; Mtes s'édairenl par un grand nombre de petites fenêtres qui forment une galerie lumineuse i la base des voûtes.

Portée sur quatre piliers épais disposés en carré, toute calotte spbérique est soutenue en l'air par des constructions secondaires, fonnant un encorbellement dont la forme est variable et dont le but est de racheter les an^es du plan carré de chaque travée , pour le relier à la base circulaire de la coupole. On a donné k cette disposition le nom de pendentif. Inconnu auT anciens, le pendentif, d'invention byzantine, peut être :

I* Uni : il forme alors un plan gauche i double courbure;

i' Creux comme le sommet d'une niche, avec cette différence que la courbe est une portion du cône ;

FlMDKmfS.

Pendcotir SmM églî>e inHorée.

Pendentif de ta Pm^a NieotUmB, k Athènes.

3* Multiple, c'est-à-dire formé par un grand nombre de petites voûtes en encorbellement les unes au-dessous des autres; c'est ainsi que les Arabes font leurs pendentifs : l'architecture romane en oSre. quelques imitations.

Au-desBous des coupoles, de grands arcs en plein cintre relient deux à

deux les piliers qui séparent lés travées; c'est au sommet de ces arcs que soDt tangents les grands cercles des voûtes en demi-sphère. .

Les piliers et les pendentifs sont incrustés de mosaïques ou décorés de > peintures, selon l'importance du monument; des marbres, plaqués ou figurés au pinceau, occupent les parties basses des pieds-droits isolés, ainsi que des murs latéraux de l'édifice.

Dans les églises de petite dimension , les piliers qui soutiennent les coupoles sont remplacés par des colonnes en marbre, ce qui deviendrait impraticable lorsqu'il s'agit de supporter une voûte d'un grand diamètre.

ACTEL ET CIBOIBB.

L'autel des Grecs est un cube et quelquefois uo cylindre en pierre ou en marbre; il n'est point surmonté d'an gradin, comme l'autel des Latins; les flambeaux se placent isolément aux quatre angles. Sur les faces verticales, décorées d'une riche étoffe drapée à lai^s plis, on figure, par des broderies d'or et d'argent, la croix grecque et les gammadœ, emblèmes de la Trinité.

l-e ciboire byzantin, porté par quatre colonnes qui s'élèvent aux angles de l'autel, a quelquefois la forme d'une coupole; il est surmonté d'une portion de sphère, comme dans le dessin ci-joint, lorsque ses faces, disposées verticalement, sont percées de quatre petits

Cilioriam , d'aprii le moiiumeDl grec «•»> de Jaevbat nanoc/iu. *

En avant de l'autel est une clôture sacrée dans laquelle s'ouvrent les portes saintes; un rideau qui, dans te cours des cérémonies, se tire et se ferme h pltisicui's reprises, pour masquer ou labser voirie sanctuaire, surmonte les portes, et s'harmonise avec elles par la richesse des broderies et des peintures qui le décorent.

DÉTAILS D'ABCHITECTUHE.

Les chrétiens d'Orient, suivant la même marclie que leurs frères d'Occident, s'emparèrent d'abord de tous les fragments d'archilecture antique que pouvaient leur offrir les édifices de la Grèce ou de l'Asie Mineure; ausâ

trouT«-t>oii dans les haailiques bysantines de nombreuses colonnes de marbre, des chapiteaux grecs ou romains, des fragments d'arcbitraves et de

cupTTUO n BUft.

Cbapiteau de Vég^'it SuDt-\'iid, k RaveoDe.

coroiches, dans lesquels on reconnaît facilemient le ciseau d'Éphèse ou d'Atbèoes. Mais, lorsque ces détails vinrent A manquer et qu'il fallut créer, les artistes de Byzance durent harmoniser les formes soumises à leur caprice arec les masses pesantes de leurs basiliques. On ébrancha le beau chapiteau de Corintbe; sa corbeille éi^anle devînt une masse presque cubique, ornée

seulement de feiuUages aigus et peu saillants; la mosaïque et la peinture décorèrent aussi les faces planes de ces chapiteaux.

HOlTLDftBS.

■i» Il

Ces fonnes nouvelles eurent du succès en Occident, pénétrèrent par miyrie, lltalie, les bords du Rhin, et, par la Normandie, passèrent jusqu'en Angleterre, Telle parait être l'origine des chapiteaux cubiques si communs au XI* siède, et qui sont un des éléments byzantins introduits dans l'architecture romane.

Les moulures de couronnement eurent le même sort; dles furent simplifiées dans l'architecture hysaotine, au point de n'offrir plus que des diamps lisses plus ou moins indiinés en biseau; la sculpture, la peinture ou la mosaïque les enrichirent, en rappelant en quelque façon les ornements antiques.

La sculpture d'ornement des Byzantins est large et pesante, riche en pertes, en galons contournés et décorés de pierreries. Si le sculpteur a représenté des rinceaux ou des feuillages isolés, les extrémités sont aiguës, les arêtes vives, les feuilles profondément exprimées par des angles rentrants, les côtes et les branches découpées en chapelets de peHes.

Les nombreux artistes grecs qui, dans le moyen âge, se répandirent dans l'empire occidental, transmirent au style roman les principes de cette ornementation , comme ils y avaient introduit plus d'une forme de leur architecture. Ces nuances sont délicates et asses difficiles à reconnaître; nous avons indiqué leur origine, les principes

HouliUM à ItPoniigia Nteodimo , i Athène*.

sur lesquels elles sont établies : la pratique seule peut apprendre à les distinguer.

On examinera dans les chapitres suirants Tarchitecture romane, qui offre une alliance des deux styles qui précèdent. Elle sera étudiée avec plus de détails, parce que les monuments élevés dans ce système sont très multipliés en France, et que ses formes variées, qui s*éloignent de plus en plus de Vantiquité, demandent une terminologie nouvelle.

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