COURS INTERIEURES
Le terrain enclos par les remparts d une forteresse se nommait la basse-cour.
Là se trouvaient les dépendances du château , les magasins , les écuries , quelques logements et souvent la chapelle.
Tous ces bâtiments étaient placés hors de la portée du trait , lorsque les dimensions de la basse-cour pouvaient s'y prêter; dans le cas contraire, on les adossait aux murs de Ten^éinte du côté de Tattaque présuméèV afin que les projectiles qui dépasseraient la crête des murailles allassent se perdre dans le vide en achevant leur trajet.
Lorsque la chapelle n'était point un bâtiment séparé ,'':oi1 la plaçait dans une tour, souvent à un étage fort élevé. On en peut voir un exemple dans le
Fig. 80. — Plan du cbâteau de Eflanquefort (xin* siècle).
château d*Arques et dans celui de Ghanvigny.
La basse-cour renfeimait une mare et des citernes ou des puits. Quelquefois on a fait des travaux immenses pour arriver au niveau de l'eau ; oo conçoit en effet que, faute d'an puits suffisant, la meilleure position n'eût pas été tenable.
Un grand nombre de châteaux ont des basses-cours si étroites qu'elles oe paraissent pas avoir renfermé des bâtiments d'habitation. Construits dans des lieux inaccessibles aux chevaux, la phipart n'avaient pas besoin d'écurie, et la garnison , qui rarement était nombreuse , se logeait facilement dans tes tours de l'enceinte ou dans le donjon.
Fig. 81. — CUlsiQ de Coarv.
Fig. 81. — CUtean de Vinceonea.
11 n'j a point (CnnpIacemeDt fixe pour le donjon d'une forteresse. On
peut dire en général qu'on choisissait de préférence le lieu le plus élevé el d'aceès le plus difficile. Tantôt le donjon s'élève au milieu de l'enceinte (voir la figure précédente), taotôt il est tangeot aux remparls (6g. 8i). lantôtil en est complètement isolé (lîg. 83).
Pig. 83. — DonjoD de Coui^.
Fig. 91. — Cbltetn de Concv.
L'étendue et les dimensions du donjon sont toujours proportionnées à
celles de l'enceiote dont il doit compléter la défense. Quelquefois c'est une (âtadelle avec tours et courtines, renfermant une basse-cour et de nombreux b&timenta. (Voir la 6g. 83. ] Quelquefois aussi, et c'est le cas le plus ordinaire, le donjon consiste en une baute tour, séparée de la basse-cour par un fossé avec ponl-Iens, souvent élevée sur une base conique artificielle et toujours fort escarpée. Ailleurs enfin, on donne le nom de donjon i une tour plus forte que les autres et sans communication avec le rempurt.
De ces trois espèces de donjons, la première se tronve dans les villes et dans quelques vastes châteaui destinés à recevoir une garnison nombreuse.
Fig. 86. — CUuu de Sumnr.
La seconde s'applique à toutes les forteresses seigneuriales, particulièrement aux pins ancipones; enfin la dernière peut être considérée comme une sorte de palliatif destiné â remplacer le donjon dans des circonstances exceptionnelles.
Les défenses extérieures des donjons ne donneront )ieu à presque aucune observation nouvelle. Elles peuvent consister dans un fossé, des lignes de palissades, un système de tours et de courtines, etc. En un mot, on peut considérer le donjon comme une place renfei'mée dans une autre et n'en différant que par les dimensions.
On doit pourtant noter ici quelques dispositions qui, si elles ne sont pas caractéristiques et uniquement applicables aux donjons, s'y rencontrent du moins assez fréquemment pour que nous nous arrêtions à les examiner.
Rarement, on lésait, les donjons étaient assez vastes pour renfermer une garnison nombreuse. Lorsque les défenseurs d'une place de guerre se retiraient dans ce dernier asile , ils avaient fait des pertes pendant le si^e , et l'espoir de prolonger la résistance était fondé, moins sur le nombre des combattants, que sur la force et la hauteur de leurs murailles. Le donjon n'avait donc point de vastes Ic^ements et ne recevait presque jamais de cberaux. Tous les moyens de défense étaient calculés pour une petite troupe- d'infanterie; en conséquence, sa porte était fort étroite , et fréquemment placée à une hauteur telle que l'ennemi n'y pût parvenir que par une escalade périlleuse; souvent même il n'y avait point de porte à proprement parier, et l'on n'entrait que par une fenêtre au moyen d'une longue échelle, ou bien d'une espèce de panier qu'on élevait et qu'on abaissait avec des poulies. Quelquefois encore, un escalier étroit et raide conduisait à l'entrée, toujours fort élevée au-dessus du sol.
Fig. 88, — Toar «la ckAteau de Foagtre
pig.gg. — Msiion de Sollaciro(CM«e).
Exposé k tous les projectiles des plates-formes , dominé par les mâchicoulis, l'assiégeant pouvait rarement, on le conçoit, essayer une attaque de vive force "'. Un grand nombre de donjons , même fort vastes , n'ont jamab eu de portes. Nous avons observé un exemple curieux de ce syitème
Cl Oq loit nu eumpte ancien de cci eralicn nlérieDn dao* la iloDJon d'Alluje (Eare-M- Loir). Il* HDt cDcore trfc»^ominDiu ea CoTM [ voir b Cigare 8g ] , M aawot même uiitë* daoi kl mmiinOieM ônlet an (ikle dernier.
dans !e château de Mauvoistn (Hautes-Pyrénées), dont Tenceinte intérieure est un carré qui n*a pas moins de 1 1 o mètres de côté.
Avant l'invention de la poudre , les moyens de défense étaient bien supérieurs aux moyens d*attaque; aussi les châteaux fortifiés par des ingénieurs habiles n'étaient pris en général que par un blocus, ou bieapar une surprise; contre ce dernier danger on avait accumulé plusieurs moyens de résistance faciles à employer par quelques hommes contre une troupe nombreuse. C'est ainsi que le passage des escaliers conduisant aux saUes intérieures était barricadé par des grilles ou par des portes solides, défendu par des mâchicoulis et des meurtrières, interrompu qudquefois par des lacunes dans les marches , lacunes qu'on ne pouvait franchir que sur une espèce de pont mobile. Enfin des boules de pierres dun diamètre considérable, placées en réserve dans les paliers supérieurs, pouvaient être roulées dans les escaliers de manière à obstruer le passage et â renverser même un ennemi victorieux ^^K
Si le donjon a quelque étendue, il renferme lui-même un réduit destiné à o£Brir, après la prise du donjon, le refuge que le donjon devait donner aux défenseurs du château dont il dépendait. Ce réduit est une tour, plus forte que les autres , qu'on appdle tantôt maîtresse tour en raison de ses dimensions, tantôt tour du hélfroiovi beffroi, parce que la cloche d'alarme y était placée d'ordinaire ^^^ Nous ne nous occuperons ici que de celte tour, car, ainsi qu'on l'a dit plus haut , les fortificatiofis du donjon n'offrent que la reproduction réduite de celles de l'enceinle extérieure.
La maîtresse tour a presque toujours son escalier disposé de manière à ne point rétrécir l'aire des appartements intérieurs. De là l'usage de renfermer cet escalier dans une tourelle accolée à la tour principale. (Voir fig. go.) L'épaisseur de l'enveloppe ou cage de l'escalier étant généralement moindre que celle des autres murs, on la plaçait sur le point où les machines de l'ennemi étaient le moins à craindre. Très souvent l'escalier ne conduit pas à l'étage supérieur; il s'arrête à un palier, et pour monter plus haut, on se .«ervait d'une échelle qu'on retirait à l'intérieur. Cette disposition » autant
^> On truave de semblables boules de pierre dans beaucoup de cblteaux; mais leur usage n*e8t pas absolnmeot certain. Nous avons rapporté Topinion la plus accréditée, mais il serait possible que ces espèces de boulets eussent été destinés à être lancés par des macbines ou même par des bouches k feu.
M Dans le Midi , on donne souvent à cette tour le nom de tovasse, touriHaui, et méoM iatse, par antiphrase.
que nous en avons pu juger, est plus fréquente dans le Midi que dans le Nord. Dans les Pyrénées et en Corse, elle est pour ainsi dire générale. Le logement que te pape ï^erre de Luna occupa au château d'Avignon est ainsi séparé des salles inférieures du même château.
Fig. go. — Tour de Mondbérj.
Fig. j^ &Û.
L'escalier, en mson de ses dimensions très resserrées, ne pouvait guère servir à porter aux étages supérieurs les armes et les provisions dont on avait besoin. Pour obvier à cet inconvénient, on avait coutume de laisser un vide assez grand dans tes voûtes ou les planchers des différents étages, et par cette ouverture on montait les objets dont on avait besoin, de la même manière qu'on transporte sur le poni d'un vaisseau les provisions contenues dans sa cale.
Le rez-de-chaussée de la tour servait de magasin , et comme, en général, il n'y avait point de porte à cette hauteur, on n'y accédait que par rouver> ture dont on vient de parler, ou par un escalier spécialement destiné à ce service. D'ailleurs les salles basses étaient â peu près inhabitables en raison de l'obscurité qui y régnait, car c'est à peine si l'on osait y percer d'élroites meurtrières. Ces salies cependant cootiennent souvent le four à cuire te pain; en outre, des cabinets en communication avec elles servaient de cachot au besoin , car c'était toujours dans tes donjons que l'on renfermait tes prisonniers d'importance. Quelquefois il y a sous la salle basse un ou plusieurs étages souterrains. Nous y reviendrons tout à l'heure.
Destinées k loger le propriétaire du château, les salles supërieurcs de la
maîtresse tour étaient décorées fréquemmeDt avec
^H[~^Êt^ luxe et élégance , et c'est là surtout que l'on peut
^^H^^ ^HMi trouver ces ornements qui caractérisent les époques
flV m| de construction. Presque toutes ont de vastes che-
HHk J^V minées à chambranles énormes surmontées d'un
vR^eg n^V manteau conique. Les voûtes sont ornées souvent
^^(^[ ^S^ <1<^ '^'^'^ pendantes, d'écussons, de devises ou de
p. peintures. De fort petits cabinets pratiqués dans
l'intérieur des murailles sont attenants à ces salles.
La plupart servaient de chambres A coucher, (Voir fig. 4^, plan de la tour
Blanche d'Issoudun.)
En général , le logement du châtelain est à une fort grande hauteur, soit pour être plus à l'abri d'une surprise, soit surtout pour être hors de l'atteinto des projectiles de l'ennemi. Les fenêtres, presque toujours ir^ régulièrement percées, ne se correspqndent pas d'étage à étage'". Prali-
Fig. gi. — FcDflre aiec Innct en pierre.
quées dans des murs très épab, leurs embrasures forment comme autant de cabinets élevés d'une marche ou deux au-dessus du plancher de la salle
1') On c
9 doute d'aSiiblir les marullee en j pei^nt des ouverlurei lar U même
qu'elles éclairent. Des bancs de pierre régnent de chaque côté. Cëtait la place ordinaire des habitants de la tour, lorsque le froid ne les obligeait pas k se rapprocher de la cheminée.
Par une dernière conséquence du principe général que nous avons exposé en commençant (qui consiste à rendre les parties d'une forteresse susceptibles d*être isolées)» on imagina de diviser souvent la maîtresse tour en deux parties indépendantes lune de Tautre, séparées par un mur de refend , ayant chacune un escalier distinct, et ne communiquant lune avec laulre qu'au moyen de portes étroites. Le donjon de Chalussct (Haute>Vienne) oOre un exemple
Fig. 93. — Donjon de Ghalusset. •. . . d •n
de cette disposition, assez rare d ailleurs. Dans beaucoup d anciennes forteresses on observe, dans la maçonnerie des murs, des vides ménagés à dessein, formant comme des puits étroits et dont la destination est encore fort problématique, car je ne sache pas quon en ait exploré de manière à savoir où ils aboutissent. Les uns ont supposé que ces vides servaient aux mêmes usages que les ouvertures des voûtes dont nous avons parlé plus haut, cest-&-dire au transport des munitions aux étages supérieurs; d'autres, avec plus de vraisemblance, y ont vu des conduits pour la voix, destinés à établir une communication entre les personnes placées à différents étages. Les dimensions très variables, mais ordinairement resserrées de ces tuyaux, peuvent donner lieu encore à plusieurs autres interprétations, qu'il serait inutile de rapporter ici. Il serait à désirer qu'on pût explorer les aboutissants de ces cavités, presque toujours encombrées de pierres, et nous ne pouvons que recommander cette recherche au zèle des correspondants ^^^ Ces tuyaux ou ces puits, car il est diflicile de
^*) li existe k Tours, roe des Trois-Pucelles, une maison en briques, du xv* siède, connue sous ie nom de Maison du bourreau , et dont une tradition populaire fait la demeure de Tristan TErmite. (L* origine de cette tradition est des plus ridicules, et repose tout entière sur une cordelière sculptée autour de» chambranles; or cette cordelière, ornement très-fréquent, comme on sait, passe aux yeux du vulgaire pour une corde à pendre, et Ton en a condu que pareille enseigne ne pouvait convenir qu*au compère de Louis XL] Au dernier étage d'une tourdle de cette maison, on remarque une petite niche où aboutit louverture d'un tuyau drculaire, d'environ o", i5 de diamètre. On ne connaît pas Tautre ex! rémité. On sait seulement qu*il descend assex bas, car des réparations récentes ont fait reconnaître qu'il se prolongeait jusqu'au bas de la tourelle. A partir de là, le tuyau est obstrué. Comme il n'est point garni de plomb ni même de mortier k l'intérieur, on ne peut supposer qu'il ait servi de conduit pour l'eau.
leui* donner un nom, sont en général verticaux, ou bien légèrement obliques; cependant on a reconnu des cavités semblables, mais horizontales, dans le château de Gisors, et cette disposition est encore moins expliquée que les autres.
Il est rare que la maîtresse tour ne soit pas aussi la plus haute d*un château. Quelquefois cependant la disposition des localités a nécessité la construction d*une tour spécialement destinée à servir d*observaloire eu de guette, comme on disait au moyen âge. Les tours de cette espèce sont fort élevées, mais d'une bâtisse légère, n ayant point de rôle à jouer dans la défense matérielle. Souvent elles correspondent avec d'autres tours placées sur des points culminants, en sorte qu'au moyen d'un signal convenu on pouvait cire instruit en fort peu de temps de Tapproche d'une troupe ennemie. On voit beaucoup de ces tours dans les Pyrénées ^^^ ; et en Corse , elles forment comme une espèce de ceinture autour de Tile. On en trouve un assez grand nombre dans tous les pays de montagnes et le long des grands fleuves. La liaison de ces tours entre elles serait intéressante à étudier, car elle pourrait fournir des renseignements précieux sur les frontières des provinces au moyen âge.
Quelques châteaux ont deux donjons, ou même un plus grand nombre. C'est le développement, ou, si l'on veut, l'exagération du principe de l'isolement des ouvrages composant un système de fortification. C'est ainsi qu'à Chauvigny (Vienne] on voit, compris dans la même enceinte, quatre donjons assez grands chacun pour recevoir le nom de château.
L'existence simultanée de plusieurs châteaux très rapprochés les uns des autres, mais non compris dans la même enceinte, et appartenant à des propriétaires différents, est un fait qui n'est pas très rare, mais dont fexplication est encore bien diflicile. A une époque où les seigneurs châtelains vivaient les uns à l'égard des autres dans un état, sinon d'hostilité du moins de suspicion continuelle, ce rapprochement a quelque chose d'incompréhensible. Nous en avons vu un exemple fort remarquable à Tournemire près d'Aurillac, où sur le même plateau existent les ruines de cinq châteaux ou donjons, contemporains en apparence (du xiii* au xiv*), ayant eu différents maîtres, et situés à un trait d'arc l'un de l'autre. Sur les bords du Rhin et de la Moselle, et le long des versants orientaux des Vosges, on
<*) On ]cs appelle dans lo Roussillon ataXaj^et.
voit aussi nombre de ch&teaux situés si près {es uns des autres qu'il faut supposer que dans Je principe ils auraient été bâtis par le même propriétaire, et qu'ils auraient fait partie d'un même système de fortiriration.
L'usage des donjons s'est conservé jusque dans les fortifications du xvi* siècle. Nous en donnons ici un exemple assez curieux , où l'on peut remarquer la forme bizarre de la construction, dont le pian varie à chaque étage , et le système des meurtrières (pour des armes à feu ) , beaucoup pluï compliqué que réellement elTicare.
¥ig. 1)4. — Tour di: ClanM;^^ (Drdme).
Fig. 9^. — Tour de ClanMVU.
A. Rei-de-clmmée. — B. i" éltgr.
, SOliTERRAlMS.
La plupart des châteaux et surtout des donjons renferment des souterrains plus ou moins vastes et qui avaient des destinations différentes. Le plus grand nombre servait de magasins ; quelques-uns recevaient des prison-
' '''8' 9^' — Magaiiiu du chileau ilu V'iiiert.
niers; d'autres, enfin, débouchant à une assez grande distance du château
auquel ils appartiennent, paraissent avoir fourni, dans quelques localités, un moyen de communiquer secrètement avec la campagne, et de quitter le château lorsqu'il était devenu impossible de le défendre (^).
Nous navons rien à dire des caves ou magasins souterrains, qui ne présentent que les dispositions usitées dans l'architecture civile.
Quant aux cachots, on remarquera quelquefois avec quels raffinements barbares on privait le prisonnier de lumière et presque de tout moyen de renouveler l'air. Il y a des cachots qui ne reçoivent lair que par des tuyaux étroits, souvent coudés dans leur trajet, soit pour rendre les évasions plus difficiles, soit pour empêcher que la lumière ne pénétrât pendant quelques moments dans la demeure du captif. Des fers , des bancs de pierre, des ceps où l'on engageait, dit-on, les jambes des prisonniers, se rencontrent parfois dans ces horribles lieux.
C'est encore dans les souterrains des châteaux, ou du moins dans les salles basses , qu'on interrogeait les détenus et qu'on leur donnait la question. Souvent une salle a été destinée particulièrement à cet usage, et l'on en voit encore une au château des papes à Avignon, dont le nom , la Veille, rappelle l'instrument de torture qu'elle renfermait. Toutefois nous devons avertir nos lecteurs de se tenir en garde contre les traditions locales qui s'attachent aux souterrains des donjons. On donne trop souvent au moyen âge des couleurs atroces, et l'imagination accepte trop facilement les scènes d'horreurs que les romanciers placent dans de semblables lieux. Combien de celliers ou de magasins de bois n'ont pas été pris pour d'affreux cachots! Combien d'os, débris de cuisine, n'ont pas été regardés comme les restes des victimes de la tyrannie féodale !
C'est avec la même réserve qu'il faut examiner les cachots désignés sous le nom d'oubliettes, espèce de puits où l'on descendait des prisonniers destinés à périr de faim, ou bien qu'on tuait en les y précipitant d*un lieu élevé dont le plancher se dérobait sous leui*s pieds. Sans révoquer absolument en doute l'existence des oubliettes , on doit cependant les considérer comme fort rares, et ne les admettre que lorsqu'une semblable destination est bien démontrée. Les oubliettes probables que nous avons examinées consistent en un puits profond, ménagé dans un massif de constructions, et recouvert autrefois par un plancher. Quelquefois des portes s'ouvrent vers
^') Froissait fournit quelques exemples de faits semblables. On voit dans les ruines du château de Chinon quelques galeries auxquelles on peut attribuer la même destination.
le haut de ces puils, sans apparence d'escalier ou de machine pour y descendre. Telle est à peu près la disposition des oubliettes qu'on montre dans les ruines du château de Chinon , et que fera mieux comprendre la coupe ci-jointc.
Fig. 97. — Oubltetlei du rhâleau de Cbinoti.
La porte A donne abruptement sur l'intérieur du puils. Des trous B, B, disposés A quelques mètres au-dessus, dans les quatre murs qui forment les .parois du puils, annoncent qu'un plancher a existé. On suppose qu'il était percé d'une trappe qu'on pouvait faire jouer par la porte A. L'usage du plan incliné G C n'est pas facile à comprendre. Au reste, le fond du puits étant rempli de gravois, on ne peut juger 11 présent de sa profondeur.
Peut-être le fond de ce puits était-il formé par un angle aigu, aGn de rendre plus pénible la position du malheureux qu'un y descendait, en fempéchant ainsi de se coucher. C'est un raffinement de cruauté dont on verra un autre exemple <lans les oubliettes de la Bastille. (Voyez fig. loa.)
Nous venons d'analyser successivement toutes^ les parties qui composent une forteresse du moyen âge, nous examinerons maintenant d'une manière sommaire l'ensemble de quelques fortifica lions.