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CHAPITRE III

Causes de V agrandissement et de la prospérité du commerce d’ Importation et d’ Entrepôt.

La plus simple notion de la nature des choses avait enseigné que les peuples, comme les individus , qui achètent plus qu’ils ne vendent , et dépensent plus qu’ils ne ga-

gnent , courent nécessairement à leur ruine ; mais unô considération plus subtile de cet important sujet , a fait découvrir de nos jours qu’un excédant de l’importation sur l’exportation , ou vice versa , est tout-à-fait impossible, puisque le commerce est essentiellement un échange de valeurs approximativement semblables. Ce système est sans doute fondé , si l’on ne tient aucun compte de la différence d’espèce des valeurs échangées , et si l’on fait embrasser aux transactions commerciales, une grande étendue de temps et de pays. Dans cette triple hypothèse , en effet , la balance , à laquelle les économistes du siècle passé attachaient un intérêt si puissant , n’offre véritablement qu’une chimère dans l’apparence de son inclinaison , puisqu’il est indifférent que les retours se fassent en numéraire ou en marchandises, quand on doit en trouver également l’emploi dans les occasions que le temps peut faire naître et que le monde commercial peut présenter. Il en est précisément, au contraire, quand on borne la question aux intérêts d’une contrée et d une génération; il devient alors évident que malgré la compensation que semble établir l’échange du numéraire contre des marchandises, et malgré l’équilibre, produit par une longue série d’événemens , agissant entr’eux en sens inverse , une balance favorable est la condition impérieuse de la prospérité commerciale et des progrès actuels de la richesse d’un peuple. Pour en être persuadé, il faut seulement jetter les yeux sur l’Espagne et le Porlugaî. Pendant trois siècles , ces deux états ont payé , avec le produit des mines de leurs possessions d Amérique , les importations étrangères, qui fournissaient aux besoins

de leur population; la source de leurs trésors s’est tarie; Cependant , il leur faut toujours acheter ces mêmes objets exotiques , qui sont nécessaires à leur consommation ; s’ils pouvaient les acquérir en les échangeant contre les productions de leur agriculture et de leur industrie, chaque moisson renouvellerait leurs moyens d’échange , et chaque progrès de la Culture et des fabriques en augmenterait 1 étendue , tandis que , privés de ces ressources inépuisables et forcés de livrer leurs métaux précieux , chaque année diminue la masse de leur numéraire , et avec elle le revenu public , là puissance commerciale , la richesse de 1 état et sa prépondérance politique.

Au lieu de ces tristes elTets , si l’on veut apprécier la puissance d’une balance favorable , qu’on regarde la Grande-Bretagne , prenant à sa solde toutes les puissances de l’Europe , afm de combattre la France , et dépensant en 2 1 ans de guerre , et sans succomber sous le poids de sa dette-publique , l’incroyable somme de 5o milliards 857 millions. Gomment cet effrayant -déficit aurait-il été comblé , si le papier-monnaie , qui en représentait la valeur , n avait été remplacé partiellement dans la circulation , par les retours en numéraire qu’effectue le commerce anglais ? Et comment l’édifice de cet énorme crédit, accru par la dette antérieure jusqu’à 37 milliards et demi, aurait -il reçu pendant le quart d’un siècle, l’appui de la confiance publique, si l’on n’avait reconnu la possibilité d’échapper à là banqueroute, par le secours d’une balance annuelle de 5oo millions ?

Il faut donc reconnaître , non comme un avantage pu rement mercantile, mais comme une puissance tutélaire,

128 recherches statistiques

libératrice des peuples et conservatrice de leur indépendance, et de leurs institutions, cet accroissement de richesse nationale opéré chaque année , par les retours avantageux du commerce , et l’excédent de l’exportation sur l’importation, soit en crédit, soit en numéraire.. Il faut voir dans cette cause, dont on révoque en doute l’existence , celle qui a sauvé la Grande-Bretagne de sa perte, et dont l’action salutaire manque à l’Espagne, pour la détourner de la sienne. C’est la première condition de toute prospérité commerciale , que de maintenir , dans des limites moins étendues que celles de l’exportation , la valeur des objets importés chaque année. Après avoir examiné ce sujet , dans ses détails , nous nous occuperons du perfectionnement industriel des produits importés , de leur réexportation , et des bornes de la consommation qui en est faite par les manufactures et par les individus.

i.o Limites nécessaires de l’Importation.

C’est le malheur des nations nouvellement entrées dans la carrière du commerce et de celles qui ressentent encore les calamités des guerres intestines ou étrangères , de ne pouvoir opposer , pour balancer une grande importation , qu’une exportation bornée dans la valeur et la quantité de ses objets. Ainsi, les États-Unis dont l’activité est si prodigieuse, qu’en 18 ans, ils ont décuplé deux fois la masse° de leur commerce , ne peuvent échapper que rarement à la nécessité de recevoir plus d’objets d’échange qu’ils n’en ont à donner; et ils se sont trouvés débiteurs, en 1822 , de 58 millions , en 1825 , de i5 , et en 1824 ,

SUR LE COMMERCE. j.

de *4. De même la Russie , malgré les avantages qu’ell!

V ,S récemment <*» défrichement de ses parties méri- ‘ locales , est obligée d’acheter beaucoup plu» qu’elle ne vend ; en 1819, elle s’est trouvée en perte dc ,/|2 milmus; et les importations n’ont différé que de 25 milmns e la valeur double de ses exportations. Le Portu gai est obéré depuis ,8,0, jusqu’aujourd’hui, par un excédant d unportation , qui égale le tiers ou la moitié de a valeur de tous les objets qu’il exporte. La France elle-

“.TelàVeT ’ e".182.2’ P°Ur 41 d’importation

au-delà de 1 eqmhbre de sa balance. La Grande-Bretagne

seule est parvenue à fixer la fortune et à tirer de sesie jours , en crédit ou en numéraire , une richesse immense. Ln suivant chacun de ces différens pays, dans ses opérations commerciales, nous montrerons que la première condition dune importation avantageuse à l’état est la mutation de sa valeur au-dessous de celle de l’exportation , attendu que lorsqu’elle s’élève au-dessus, la diffé rence est en perte pour le commerce intérieur, et en definitive pour 1 agriculture , tandis qu’au contraire quand elle est inférieure en valeur à l’exportation , là différence constitue la richesse, dont s’accroît annuellement celle du pays.

La preuve qu’il en est bien réellement ainsi , c’est qu’en examinant la situation des pays dont le commerce n’ob tient qu une balance défavorable, on reconnaît que leur industrie manufacturière est faible ou nulle , leur apiculture languissante et le crédit public sur son déclin ° L’Espagne a reçu, en .82», pour 35, 800,000 'francs d importation delà Grande-Bretagne; elle n’a pu livrer

eu échange que pour aS.Soo.ooo francs de marchandises elle a dû solder en argent près du tiers des objets qu el achetait pour sa consommation ; et dès l’année sulTan e l’épuisement de ses ressources a diminué de mot hé cette consommation, en réduisant à 16 millions la valeur des importations anglaises qui ont pu trouver place dans ses

“te Portugal , d’après les tableaux de Mauricio Teixeira de Moraes , publiés par M. de Balbi , areçu de 1 .mportation par un terme moyen de dix années finissant en 1819, pour une valeur d’environ 59 millions de cruzades ou i4%5oo,ooo francs. Les produits agricoles et manufacturés , qu’il a donnés en échange , ne se sont éleves pendant chaque année moyenne de cette période, quh la valeur de 34 millions de cruzades ou 85 millions de r.

Il a donc fallu qu’il payât annuellement aux puissances commerciales, 62,5oo,ooo francs en lettres de crédi ou en valeurs métalliques , enlevées à leur circulation intérieure ou provenant partiellement des colonies qu .1 aval encore pendant cette même période , et qu .1 a perdues

iinsi, depuis plusieurs années, l’Espagne et le P01tu-al ne pouvant solder , avec leurs productions indigènes, que le tiers ou la moitié des marchandises étrangères , que consomme leur population , il leur faut , pour payer le surplus, épuiser les ressources chaque jour décro.s- Ites'de leur numéraire et de leur crédit On conçu, comment, dans cet état de choses, la rentrée des imjmts est impraticable , le payement des charges de 1 état impossible , et la garantie de la foi publique tellement don-

pour iooOUrt'eS é.tra?m ’ qUe *“ °1,,iSallo'!s Perdent 80 P " '°°’e <'uon iui les emprunts , dont le se-

z:r,e seui pou™v ^ *■ «*«. £ -

Les contrées, qui éprouvent ces désastres, sont les

? e sol de la France; elle y donne des produits dont a valeur est double de ceux que nous obtenons de nos cultures et cependant leurs peuples et leurs gouverne

"T PénSSeDt «!« ^soin ! Exemple” terTb

T nous enseigne que, de nos jours, les destins des’ npn-es sont l,és inséparablement aux succès de lVri-

qu’ilTut che TT ’ 6t <IUe °’eSt da"S 'eUr pr°5Pé°rité

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En se pr6valaDt de ses avant es nat|Jrc|s

Grande-Bretagne est arrivée b rendre tributaires de son commerce toutes les contrées du globe, excepté le des orientales et la Chine. Le besoin et la consommât!»

rilTdTSd reSf°r C0Dna"re q“els SOnt daDS ,a scelle les importe. W ^ ^ ^ °ù

JÜSSE.zrs.*'

Contrées.

Exportations.

Importation?. Balance en fareur de la Gde.-Bretagne.

Pvussie

Espagne

Pays-Bas.

Prusse

France

Turquie

Panemarck

Suède et Norwège.

Malte •

îles Ioniennes. . . .

st.

st.

st.

Nouvelle Hollande.

Afrique

,le 917,916

r.ce 256,465

Ainsi, en ne comprenant point le commerce des Indes orientales et de la Chine , celui d’Irlande et le produit de la pêche, la Grande-Bretagne, par un terme moyen de trois années , dont une très-défavorable , élève ses exportations à 4o, 180,000 livres sterling, ou plus d’un milliard de francs. Ses importations, qui se composent en grande partie des matières brutes nécessaires à ses manufactures , montent année commune, à i6,33o,ooo sterling , ou approximativement 4oo millions. La balance est annuellement, en sa faveur , de près de 24 millions sterling ou 600 millions de francs. Cette somme énorme est atténuée par les trois branches de commerce suivantes :

Importation.

L’Irlande 5, 000,000

Les Indes orient, et la Chine. 7,562,648 Les Pêcheries 553,771

Exportation.

Difîërence.

i,6i3,ooo

548,ooo

l 3, 11 6,4 19 6,664,000 6,45i,ooo

La balance contre la Grande-Bretagne serait ici , de 161,375,000 fr. , si l’on considérait l’Irlande comme une contrée étrangère ; mais elle n’est pas de 121, si l’on en exclut le commerce de cette île , qui ne peut être regardé comme extérieur, et elle est même réduite encore plus bas si l’on en ôte le montant des pêcheries qui sont une industrie nationale.

On est donc conduit par ces détails à porter la limite de 1 importation dans les Iles Britanniques , à environ 5oo millions au-dessous de la valeur de l’exportation ; et c’est , en elfet , le terme donné précédemment par d’autres calculs.

On est tenté de révoquer en doute, la possibilité d’ua

si prodigieux bénéfice qui égale la valeur totale des exportations de la France; mais on ne peut en repousser la conviction quand on examine la concordance de tous les documens qui en administrent la preuve , et lorsqu’on reconnaît combien de peuples y contribuent, combien de navires en sont les agens , et dans combien de ports est recueilli ce tribut payé par une civilisation arriérée à une industrie transcendante. Il n’y a peut-être pas un endroit au monde , même habité par des hommes à l’état de barbarie , où l’on ne trouve des marchandises anglaises; et jamais, dans nos longs voyages, nous ne sommes descendus sur une plage lointaine , sans y reconnaître dans les vêtemens , les ornemens , les armes de leurs habitans sauvages , les produits des fabriques de Liverpool et de Manchester. Lors des dernières tentatives des navigateurs anglais, pour s’ouvrir le Japon, ils trouvèrent que leur réputation les y avait devancés et qu’ils y étaient connus du peuple sous le nom de marchands de couteaux.

Douze mille navires , montés par j 5o,ooo marins , et formant un port de 2,600,000 tonneaux , rapportent chaque année ces 5oo millions, pour fruit de leur expéditions; ils tirent de l’Allemagne 261 millions. — De l’Italie 75. — De la Russie 29. — De la Hollande 67. — De la Péninsule 72. — Des Pays-Bas 28. — Du Brésil 24? etc. C’est l’un pour l’autre, par navire rentrant dans les ports britanniques, un profit moyen de 42,000 fr. , faisant 20ofr. par tonneau et 5,55ofr. par marin. Le produit brut de l’agriculture n’est guères que de 700 fr. par individu de la classe agricole; conséquemment celui du commerce est cinq fois plus grand.

Sans offrir de tels prodiges , la France peut ajouter par les heureux efforts de son industrie, par les nouveaux progrès de son agriculture et par sa supériorité

merce, une puissance inconnue jusqu’à nos jours.

Depuis 1 8 1 5 jusqu’en 1823, la valeur de nos exportations de toute espèce a excédé celle de nos importations d’une somme qui, répartie également sur chacune des neuf années, ne donne guères moins de cent millions pour terme moyen.

Jusqu’ici, nous avons considéré par induction, cet excédant comme le montant des bénéfices du commerce , et nous avons admis qu’il s’en faisait nécessairement un retour en argent ou en crédit. Nous ne pouvions procéder, pour la Grande-Bretagne , d’uüe manière plus positive , parce que le mouvement du numéraire n’est point indiqué dans les documens publics de cette puissance. Ceux dressés récemment en France , nous permettent une plus grande précision ; ils donnent le montant annuel des importations et des exportations de l’argent , et laissent calculer, par approximation , quelle richesse est acquise ou perdue , pour le royaume , par les transactions commerciales opérées en valeurs métalliques ou en marchandises.

De 181 5 à 1823 , le mouvement du numéraire et des matières brutes d’or et d’argent, enregistrées aux Douanes, a été ainsi qu’il suit :

Années.

Exportation.

Importation.

Gain.

Perte.

io5,566,9oo

iit,698a5i6

2oo,53i,428

Ainsi, en neuf années, il y a euungainde3o6,6og,ooofr. sur le numéraire et les matières brutes d’or et d’argent importés en France; et une perte de 228,047,000 sur l’exportation à l’étranger. Il semble être resté dans le royaume, 78, 56 1, 000 fr., ce qui fait pour l’année commune 8,729,000 fr. Mais, pendant cette période, nous avons dû satisfaire aux conditions des traités de 1814 et 181 5; et les deux dernières années sont les seules dégagées de leur influence immédiate; car, encore est-il que les rentes qu’ils ont obligé de créer, donnent lieu à une exportation considérable de numéraire, puisqu’une partie est possédée par des capitalistes anglais ; mais , d’un autre côté , l’alfluence des voyageurs provenant des Iles britanniques , rétablit l’équilibre; on évalue, en Angleterre , à 100 millions , leur dépense annuelle , dont lçs quatre cinquièmes reviennent à la France.

Si l’on considère les deux dernières années du tableau ci-dessus , comme pouvant offrir une idée de l’état des choses dégagé de l’influence politique , il en résulte que le mouvement du numéraire donne annuellement au royaume, une balance favorable de 1 1 1 millions. Nous

avons vu précédemment que la différence moyenne entre l’importation des marchandises étrangères et l’exportation des marchandises indigènes , est à l’avantage de celle-ci , de 82,900,000 fr. qui doivent nous être acquis en crédit ou en argent. Les 28 à 29 millions que nous trouvons en plus, proviennent peut-être de d’interlope , des rentes possédées par les étrangers , ou de l’inégalité des termes, dont l’un est la moyenne de neuf années avec déduction du déficit des années défavorables , tandis que l’autre est formé de deux années seulement.

En définitive, et malgré les effets prolongés et désastreux de deux invasions, la France a tenu pendant huit années sur neuf, la balance de ses exportations au-dessus de celle des importations; par un terme moyen formé de l’ensemble de toute la période , elle a du obtenir chaque année de son commerce extérieur, un bénéfice de près de 85 millions sur la vente de ses produits agricoles et industriels ; et, en effet, il est constaté qu’elle a reçu pendant ce temps une importation de numéraire de 1 ,014,796,000 fr. , faisant, année moyenne, 1 1 2,755,ooo fr. Elle a exporté, il est vrai , une masse métallique de 936,234,000 fr. , mais la majeure partie en appartient à l’exécution des traités de Vienne et de Paris, et depuis que l’action de ces causes a cessé , la circulation monétaire trouve une accession de 100 millions dans le mouvement favorable donné par le commerce , aux valeurs numéraires, représentant ses profits.

Les États-Unis sont loin d’obtenir un pareil retour ; nouvellement entrés dans la carrière de l’industrie , ils ne peuvent fournir h leurs besoins et sont forcés de recourir

sans cesse à l’étranger. Le caractère hasardeux de leur commerce fait varier, d’une année à l’autre , ses rapports avec les contrées lointaines , et parvient quelquefois , comme en 1821, à faire franchir à l’exportation, la limite où le plus souvent elle est retenue en deçà de la valeur des objets importés. D’après les tableaux officiels , les relations commerciales des États-Unis présentaient en 1822, la balance suivante :

Contrées. Importation. Exportation. Balance pour. Balance contre.

dollars.

Russie 3,307,328 629,081 » 2,778>247

Suède 1,151,788 260,621 »

Danemarct 21,332 192,780 171,548 w

Hollande 863,995 3,662,o5i 2,738,066 »

Grande-Bretagne. 34,806,287 24,468,347 » io,3o7,g4o

Allemagne 1,678,767 2,5o5,oi5 926,268 »

France 6, 089, 833 6,o25,36o » 64,473

Espagne 826,191 210,566 » 617,625

Gibraltar 490,378 1,160,782 660, o44 »

Portugal 442, 66p 121,490 » 321,176

Italie et Malte. . . i,562,o33 i,45o,i84 » 111,84g

Autriche mérid.. 274,375 475,720 201, 345 »

Revaut 364,677 4n,32i 46,644 »

Balance du comm. américain, en Europe. .4,743,8g5 15,092,477

Ainsi les États-Unis perdent dans leurs transactions avec la Russie, la Grande-Bretagne , la Suède, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la France; ils gagnent avec les autres pays. En masse , ils retirent de l’Europe une quantité de marchandises dont la valeur est trois fois aussi grande que celle des objets qu’ils y vendent; ils demeurent

millions de francs. Ce déficit forme presque la totalité de celui qu’éprouve leur commerce en général , car il ne s’en est fallu , en 1822, que de 732,698 dollars que leurs exportations , dans les autres parties du monde , n’égalassent leurs importations. La réunion de ces deux sommes fait monter à 11,081,260 dollars l’excédent de valeur des marchandises importées aux États-Unis; et, conséquemment, il s’en faut de 58 millions de francs que leur exportation atteigne la limite qui la mettrait en équilibre avec l’importation. Le commerce américain est donc , en réalité, moins avantageux que ne le font supposer sa vaste étendue et ses progrès surprenans ; mais il sème maintenant pour recueillir bientôt ; et , pour accroître la richesse de ses moissons , il n’a besoin que du secours des rivalités ambitieuses de l’Europe.

L’ensemble de tous ces faits nous donne les termes suivans, pour bilan des grandes puissances commerciales : La Grande-Bretagne, par un terme moyen de trois années , élève la valeur de ses exportations à 5oo millions au-dessus du pair. Celle valeur est réduite à 2i3 millions, si l’on en défalque le commerce d’entrepôt.

La France, par un terme moyen de neuf années, obtient une balance favorable de 83 millions, qu’il faut même porter à 100, lorsqu’on l’évalue par l’importation surabondante du numéraire , et qui monte à 1 35 millions en y comprenant le commerce d’entrepôt.

Les États-Unis sont tantôt au-dessus , tantôt au-dessous du pair, et leurs importations ont récemment excédé de 58 millions , la valeur de leurs exportations , quoique leur commerce d’entrepôt soit de 142 millions.

l4o RECHERCHES STATISTIQUES

La balance favorable , comparée à la valeur totale des objets exportés , est , pour la Grande-Bretagne , comme 5 à 11 ou presque moitié; elle est pour la France, comme

1 à 4, ou seulement d’un quart. La balance contre les États-Unis a été en 1822, comme 1 à 6, mais l’année précédente elle avait dépassé le pair d’un 5 7.®

2 ° Perfectionnement industriel des Produits importés.

C’est le commerce qui fait refleurir l’agriculture et qui répare les maux de la guerre et des révolutions; mais il ne peut exercer cette puissance salutaire qu’ autant que l’importation est circonscrite dans des limites moins étendues que l’exportation. Pour atteindre un objet aussi important , trois conditions sont nécessaires : perfectionner les objets importés pour en obtenir une exportation avantageuse ; trouver des débouchés qui permettent au commerce d’entrepôt de les répandre chez l’étranger, et consommer le moins possible d’objets dont l’importation ne provient point d’échanges favorables à l’agriculture ou à l’industrie du pays. Examinons d’abord la première de ces conditions :

Les objets qui constituent l’importation se divisent en deux classes : les uns entrent immédiatement dans la consommation sans éprouver aucune transformation ; les autres sont ou des matières premières , ou des produits susceptibles d’un perfectionnement industriel. Autant il est ruineux pour un état de satisfaire aux besoins du luxe et de la vie domestique , en consommant beaucoup d’objets étrangers, autant il trouve d avantagesà se procurer des matériaux , dont il augmente la valeur par

son travail et dont la vente à l’extérieur accroît sa prospérité commerciale. Citons quelques exemples qui montrent l'éminente utilité de cette dernière branche d’importation.

Les vingt-cinq raffineries de Paris et de ses environs exploitent annuellement 33, 600,000 livres de sucre brut et terré valant 27,659,000 fr. Au moyen du travail de 600 ouvriers, il en résulte un produit de 31,719,000 fr. Les droits de douanes montent à 9 millions , le fret des matières premières à 2,900,000 fr. Ainsi le seul perfectionnement industriel des sucres importés et raffinés à Paris , donne un bénéfice de 17,841,000 fr. Or, le terme moyen des sucres bruts et terrés entrés pour consommation dans l’intérieur du royaume fut de 1 8 1 5 à 1817, de 51,796,000 livres pesant; conséquemment la capitale ne possédait alors que les deux tiers de l’industrie qui s’exerce sur cette branche d’importation, et la France obtenait alors , par sa totalité , un revenu brut de 5o millions et un bénéfice de 27, dont i3^ revenaient aux douanes, 4r^ la marine marchande et 9 à l’industrie. Mais il y a lieu maintenant à doubler toutes ces sommes , car l’importation des sucres s’est augmentée de près de moitié depuis ce temps, et son terme moyen a monté, en 1822 et 1823, à 97,401,000 livres pesant.

Les filatures de, coton du département de la Seine mettent en œuvre annuellement , au moyen de cinquantedeux établissemens , i,5oo,ooo livres pesant de coton en laine, évalué à 3, 750, 000 fr. Le salaire des ouvriers, qui sont au nombre de 4,835, s’élève à 1,800,000 fr. et l’ensemble des dépenses à 6,091,000 fr. Une partie du coton est employée dans les bonneteries, par i65o ouvriers.

qui, au moyen d’une dépense de i ,535,ooo fV. , lui donnent une valeur de 4,667,000 fr. Une autre partie est employée dans les filatures de tissus par 4,366 ouvriers, qui lui donnent , par une dépense de 4,^02,000 fr. , une valeur de i3, 656, 000 fr. Ainsi, par la main - d’œuvre de 10 à 11,000 ouvriers et un ensemble de dépenses de

1 1 .928.000 fr. , une masse de produits importés qui ne valait primitivement que 3,760,000 fr. s’élève à 18,029,000. Conséquemment sa valeur intrinsèque est presque quintuplée par l’industrie ; et le bénéfice qu’elle donne étant de 6,365,ooo fr. , est presque double de la matière première , indépendamment de l’avantage d’un mouvement de fonds de 12 millions.

L’exportation des cotons en tissus et en bonneterie fut de 26 millions en 1820, de 19 en 1821 , de 20 millions en 1822, et de 24 à 25 en 1823. Si l’on y comprend la contrebande, elle n’est pas au-dessous de ce dernier terme pour l’année moyenne ; et les données précédentes établissent : que la matière première de ce commerce ne coûte que cinq millions; qu’elle fournit du travail à 16,000 ouvriers , et que l’industrie accroît sa valeur de près de 20 millions dont la moitié est acquise comme bénéfice.

La bijouterie, l’orfèvrerie et les autres branches industrielles dans lesquelles sont employées spécialement ou accessoirement les matières d’or et d’argent, mettent en œuvre chaque année à Paris , pour une valeur de

14.552.000 fr. Sept à huit cents ouvriers , et une dépense d’environ 7 millions, élèvent à 27,394,000 la valeur de ces matières transformées ; on en exporte annuellement pour 2,633,ooo fr. Ainsi, les différentes industries qui

s’exercent dans la Capitale sur l’or et sur l’argent, doublent la valeur de ces métaux par un travail qui en coûte le quart. Or , la fabrication dans les départemens excède de

26.810.000 fr. celle qui a lieu à Paris , si nous la supposons seulement égale, ce qui la porte d’un 20. e au-dessous delà réalité, il s’ensuit que 29 millions d’or et d’argent bruts acquièrent par l’industrie de i5,ooo ouvriers, une valeur de 55 millions et donnent à la France un bénéfice de 1 2 millions , excédant de beaucoup les deux cinquièmes de la valeur première des métaux employés. L’exportation fournie par l’orfèvrerie et la bijouterie, indépendamment d’autres professions dont les établissemens sont en nombre égal , monte annuellement à 8 millions , somme dont la moitié se forme de la main-d’œuvre et du bénéfice qu’elle procure.

L horlogerie de Paris fait chaque année , dans ses cinq cent vingt établissemens, une dépense de i6,5o6,ooo fr. , tant pour 1 achat des matières premières que pour le salaire de plus de 2000 ouvriers. La vente s’élevant à

1 9.765.000 fr. , le produit net est de 3,459,000 fr. La main-d’œuvre , les loyers et les impositions sont évaluées à 3,65o,ooo fr. , ce qui réduit à 12 millions, la valeur intrinsèque des matières employées. Conséquemment l’industrie élève cette valeur de près de 8 millions , ou des deux tiers , et elle en retire un bénéfice presqu’égal à la troisième partie du prix de leur vente. La France exporte annuellement pour plus de 4 millions d’objets d’horlogerie. Dans cette somme , la valeur des métaux est seulement pour i3 à 1400,000 fr. La main-d’œuvre pour 16 à 1700,000; le produit net est de plus d’un million.

i44 RECHERCHES STATISTIQUES

Ces exemples suffisent pour établir :

i.° Que l’importation des sucres bruts et terrés donne lieu à une fabrication , qui double leur valeur primitive , et produit en faveur de l’exportation un bénéfice correspondant ;

2.0 Que la bijouterie et l’orfèvrerie accroissent aussi de moitié la valeur des métaux importés quelles employant , et en tirent un produit net qui surpasse les deux cinquièmes de leur valeur intrinsèque.

5.° Que l’horlogerie augmente des deux cinquièmes le prix des matières métalliques dont elle fait usage , et en obtient un bénéfice égal au tiers.

4.° Que l’importation des cotons alimente une industrie qui quintuple leur valeur première et procure sur leur exportation un profit qui n’est guères au-dessous de la moitié de cette valeur.

D’où il suit que pour diminuer la balance défavorable existant entre l’importation et l’exportation, l’un des moyens les plus prompts serait de favoriser 1 entrée des matières exotiques, susceptibles comme le sucre et le coton , de recevoir, par les procédés d une industrie perfectionnée , une transformation qui double leur valeur et qui peut même la quintupler.

Mais la condition nécessaire de ce succès est la possession de marchés étrangers, qui permettent une vente rapide, assurée et avantageuse. Si la France avait des débouchés extérieurs constamment ouverts , comme ceux de la Grande-Bretagne , il suffirait de 1 extension d une seule branche d’industrie , pour çombler un déficit , tel que celui que nous avons éprouvé en 1822 , et qui a laissé

une différence de 4 1 millions entre la valeur de notre exportation et celle de notre importation. Ce résultat important pourrait être donné par la seule importation d’une quantité de coton brut , triple de celle que nous recevons , et qui, payée i5 millions , nous permettrait d’en exporter pour 75 ; il pourrait être obtenu par une importation proportionnelle des sucres bruts et terrés, puisque leur raffinage accroît leur valeur de près de moitié. Ainsi le malheur d être forcé de recevoir de l’étranger une quantité de produits , excédant la valeur de ce qu’il achète , peut trouver un remède dans l’importation elle- même] dirigée, au moyen de la protection des tarifs, vers les objets , dont la transformation augmente la valeur ; mais ce secours ne peut être efficace que par les soins d’une industrie active et perfectionnée , et par la sollicitude d un Gouvernement qui lui procure l’exportation et la vente de ses produits.

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