‹ Le commerce et l'exploitation des bois du GabonChapitre 7 sur 56 · COMMUNICATIONS COTIÈRES ET FLUVIALES · texte numérisé non relu

COMMUNICATIONS COTIÈRES ET FLUVIALES

Communications côtières. — Il n'existe aucun service côtier entre les différents ports du Gabon.

Communications fluviales. — Seul, Port-Gentil peut communiquer avec l'interland par un petit bateau à aubes de la compagnie des Chargeurs Réunis-Sud Atlantique, qui remonte l'Ogoué (35o km) jusqu'à ÎVDjolé, en passant par Lambaréné, et jusqu'à Sindara, par la rivière IVgounié.

Ce petit bateau, le Faadji, a une puissance de 35o chevaux et une jauge nette de 129 tonneaux. Il est de construction anglaise et spécialement aménagé pour la navigation en rivière. Il imite en proportions plus modestes les luxueux bateaux du Nil. Il assure le service postal, celui des passagers et des marchandises à destination du Haut Ogoué, en liaison avec l'arrivée et le départ des vapeurs venant de France, allant à Matadi, ou en route sur les différents ports africains et Rordeaux.

Certes, les difficultés de la navigation sont à considérer. La période des basses eaux durant les mois de juillet, août et septembre, peut excuser certains retards.

Mais quelle désillusion, quel serrement de cœur vous envahit et vous étreint quant à Fallaba, à Achouka, à IN'Gomo, à Lambaréné, à IVDjolé, à Sindara, on assiste au débarquement ou à l'embarquement des passagers cl marchandises. La fantaisie et un désordre extraordinaire président à ces diverses opérations. Pas de poste d'accos-

LE COMMERCE AU GABON 3l

tagc, pas le moindre appontement, seule, une passerelle de fortune relie le bateau à la terre ferme, aussi n'est-il pas rare de voir les voyageurs s'engager sur cette passerelle, au moment précis où des noirs débarquent une barrique de vin, un sac de riz, un ballot d'étoffe. Le personnel indigène est livré à lui-même, sans direction, sans surveillance ; il tire, pousse, culbute, gaspillant son effort et pose \e§> marchandises au hasard sur le sol ou dans l'eau ! ! ! Dans les cales mêmes du petit navire, c'est le pillage intelligent et organisé, sous l'œil indiiférent du capitaine ou du pointeur.

Quant aux responsabilités, impossible de les établir. La douane a procédé à Port-Gentil, à l'ouverture de quelques caisses ou colis ; les colons eux-mêmes ont dû en ouvrir pour y faire constater des dégâts ou des vols.

Dans ces conditions, comment exiger d'une compagnie d'être responsable du contenu des colis, dont la réfection hâtive permet leur réouverture en cours de transport. Il n'est pas rare de voir disparaître des colis entiers d'étoffe, soit sur le wharf à Port-Gentil, soit pendant le trajet de Port-Gentil à Lambaréné. Il serait facile de fournir la preuve absolue de ces faits, en demandant la communication des constats de manquants transmis par les colons aux compagnies d'assurances. Nous avons constaté, de visu, que des fûts de vin chargés à Port-Gentil, par un commerçant qui convoyait sa marchandise sont arrivés demi vides à destination.

Le Directeur d'une importante firme anglaise nous affirma établir exactement le total des avaries de route subies annuellement sur un chiffre d'affaires d'un million. Ce compte s'est élevé à plus de 60.000 francs en 1924.

Le colon subit, lassé de réagir. C'est la dîme habituelle, que le commerce se trouve dans l'obligation de récupérer par une augmentation de sa marge de bénéfice, d'où accroissement du coût de la vie, tant pour l'européen exploitant, que pour le fonctionnaire qui ne dispose

d'aucun moyen pour améliorer cet état de choses.

De là, découle une animosité marquée entre le fonctionnaire et le commerçant, étant entendu que sous le soleil africain la moindre difficulté porte atteinte à l'équilibre moral et physiologique des énergies les mieux trempées et des jugements les plus avertis.

Il nous a été dit que les grosses sociétés installées au Gabon, laissaient à leur Directeur de succursales, la responsabilité totale de leur gérance, d'où liberté à ces derniers de récupérer ces pertes par l'augmentation du prix de vente de tel ou tel article : un nombre inférieur d'articles en unité ou en poids et mesure devant donner le même bénéfice que le lot total.

La région du Fernand Vaz est desservie par deux petits remorqueurs à hélices de ioo chevaux, chauffant au bois, YEgololé zlYAtodji appartenant aux Chargeurs. Chacun d'eux peut remorquer un chaland de ioo tonnes.

Partout s'élèvent les mêmes protestations contre l'incurie du service, mais pour être impartial, il faut dire que l'absence complète d'une organisation s'occupant de l'étude de ces différentes questions, intéressant tous les négociants et coupeurs, rend très ardue la tâche de la compagnie concessionnaire, qui doit répondre à des desiderata multiples, souvent sans objet.

Ces deux services fluviaux ont été subventionnés par le budget de la colonie. Quelques sociétés comme la C. E. F. A. (Compagnie d'entreprises forestières africaines), la S. H. 0. (Société du Haut-Ogoué), dont les intérêts semblent être intimement liés à ceux des Chargeurs Réunis, possèdent des remorqueurs chauffant au bois et ont pu suppléer dans une certaine mesure, à la difficulté qu'éprouvent tous les colons pour le transport des denrées nécessaires à l'alimentation de la main-d'œuvre et des matériaux destinés à la construction des cases, à l'organisation des voies Decauville indispensables aux exploitations forestières.

lit/, t. — Plage de Grand Lahoi .

Stockage des bois équarris, en attendant leur embarquement

;i boni d<> vapeurs.

liij. ?. — Mise \ i/kai d'une bille d'acajoi l>l 8 rONNEf EN rade de Grand I.Miui . — \u loin, la banc.

LE COMMENCE AU GABON 33

D'autres entreprises, voire môme des particuliers, ont adopté des remorqueurs munis de moteurs 35/£o H. P.. Grâce à cet outillage, ils assurent soit le service de leurs exploitations et factoreries, soit celui des coupeurs pressés de voir leurs radeaux en sécurité sur la plage de Port- Gentil. Les voies de communications fluviales sont nombreuses au Gabon. La plupart des concessions forestières sont traversées par des rivières sujettes à la ciue ou se trouvent situées aux bords des lacs.

Moyens de transport des exploitants forestiers ou colons. — De nombreux coupeurs utilisent encore les pirogues indigènes. Les agents de l'Administration ellemême, ne disposent pas d'autres moyens pour opérer leurs déplacements. (Au moment de notre départ nous apprenons que l'Administration vient de doter de deux pinasses Couache, les circonscriptions de Port-Gentil et de Lambaréné). Ces pirogues creusées dans des troncs d'arbres (Okoumé, Acajou), par des spécialistes indigènes, à l'aide de la hache et de l'herminette, n'offrent qu'une sécurité relative aux voyageurs et marchandises, malgré l'habileté incontestable des pagayeurs.

Rien n'est plus curieux que de voir la série des pirogues utilisées par les exploitants forestiers, négociants et indigènes.

A titre documentaire, nous détaillons ici celles dont nous avons eu l'occasion de nous servir durant notre voyage.

Pirogue à forme ronde ou plate de ô tonnes 16 pagayeurs.

Les pirogues indigènes sont plates, très étroites : elles varient suivant l'utilisation qu'en font les naturels du

GABOS 3

pays qui, ennemis du portage, établissent leurs villages le long des rivières ou au bord des lacs et communiquent entre eux par ce moyen de transport. 11 n'est pas rare de voir des embarcations de 10 à 12 mètres, larges de 4o centimètres et calant 6 à 10 centimètres d'eau, montées par 10 et 12 hommes pagayant debout. Les pirogues « moustiques » sont montées par un ou deux hommes ; ce sont de vraies montures d'équilibristes, dont le poids ne dépasse pas 3o kilog. et avec lesquelles l'indigène n'hésite pas à franchir les lacs ou les grandes rivières au courant rapide.

Ne serait-il pas à souhaiter qu'un outillage plus moderne, exigeant moins de main-d'œuvre, soit adopté par les négociants et coupeurs, partout où la nature des cours d'eau le permet? Il faut ici féliciter les pionniers du motorisme fluvial et signaler aux constructeurs les services qu'ils rendraient à la Colonie et à leur industrie, en venant examiner sur place les modifications à apporter aux pinasses à moteur, remorqueurs et chalands, pour les mieux adapter aux nécessités de la navigation locale.

Il n'existe pas de routes au Gabon, mais de simples pistes. A quoi faut-il attribuer cet état de choses ?

Voici les réponses aux questions posées dans divers milieux : absence totale d'animaux de bât ou de trait ; facilité relative des communications par eau; nature tour à tour montagneuse ou marécageuse du pays ; multiplicité des cours d'eau, lagunes, lacs, reliés entre eux par des rivières ou torrents, qui nécessiteraient d'énormes travaux d'art ; faible densité de la population ; prédisposition de l'indigène à fuir les centres européens et les lieux de passage des caravanes, par crainte légitime de la réquisition des vivres, corvées de portage, etc.

11 y a des pistes en quantités suffisantes, sur lesquelles les transports"des voyageurs et marchandises s'effectuent à dos d'hommes. Les voyageurs sont transportés en tipoye,

LE COMMERCE AU GABON

sorte de chaise suspendue, fort inconfortable d'ailleurs et peu pratique.

Les marchandises sont divisées en charges de 20 à 3o kilog. et les étapes comportent des distances variant de 25 à 35 kilomètres. Les porteurs sont des gens infatigables qui sans charge, marchent à l'allure de six à sept kilom. à l'heure et franchissent à Taise 5o kilomètres par jour. Ce mode de transport constitue un gâchis de maind'œuvre effroyable, mais quant à présent il ne peut être abandonné.

CÔTE OlEST-ÂFRlQlE. — BaS-OgOOUÉ, d'aPBÉS LES ENSEIGNES DE VAISSEAU DE LA COQUERIE, LA.FARGLE ET LE TERRIER.

La présence des rapides de Fougamou sur lMgounié a décidé l'Administration à relier Fougamou à Sindara par une route carrossable dont on promet la mise en exploitation courant 1926... C'est un effort louable dont le résultat sera considérable. Si l'on examine la carte, on se demande s'il n'eût pas été préférable de relier les grands lacs à Fougamou, en utilisant la piste des esclaves longue d'environ l\o kilomètres. L'indigène parcourt cette distance en moins de dix heures. On eût ainsi réduit la durée du transport des marchandises et des voyageurs, dimi-

36 LE COMMERCE ET i/EXPLOITATION" DES BOIS DU GABON

nué le prix du fret et augmenté sensiblement le tonnage, du fait que les grands lacs sont accessibles, quelle que soit la saison, à des remorqueurs et chalands de fort tonnage. Une autre solution nous a été indiquée :

Elle consisterait à relier Mouila à l'extrême limite navigable du Rembo N'Komi ou au poste administratif d'Ogouma. Les raisons de cette judicieuse solution sont :

i° Que la région de Pingo, Sindara, Mandji, est relativement pauvre en produits oléagineux, alors que la région de Mouila, N'Dendi, est une des plus riches du Gabon en palmeraies.

2° Qu'il serait possible d'envisager entre Ogouma, pays Echiras et Mouila, l'exploitation des forêts qui, si elles ont une autre disposition que la grande forêt primaire, n'en sont pas moins très intéressantes à étudier et à exploiter.

Les chemins de fer au Gabon n'existent qu'à l'état de projet.

i° Celui de Pointe Noire à Brazzaville est en voie d'exécution.

2° Celui de Libreville à Ocieno par N'Djolé qui n'a encore reçu aucun commencement d'exécution.

Le premier intéressant spécialement les colonies du Congo, Moyen-Congo, Oubangui, Chari et Tchad, nous ne faisons que le signaler.

En attendant qu'on passe à l'exécution du chemin de fer de Libreville à Ocieno par N'Djolé, il serait intéressant pour les régions traversées, riches en produits naturels, que l'Administration établisse au préalable une route carrossable, ainsi qu'en a décidé M. le Gouverneur Général Antonetti, en ce qui concerne le B. 0. (ch. de fer Brazzaville-Océan i.

Ainsi donc, voici une colonie qui ne nous a coûte' ni an homme, ni un sou, qui nous appartient depuis un siècle. et qui n'est encore qu'un terrain d'expérience, où se dépense sans résultat apparent, une somme d'énergie considérable et où sont déjà engagés des capitaux importants.

Page 1