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CHAPITRE VI

Communications et Transports

Tous les transports pour Fez ou venant de Fez s'effectuent à dos de bêtes de somme (chameaux, mulets, chevaux de bât et ânes). Les chameaux et les mulets sont les animaux le plus couramment employés. Quandun négociant de Fez ades marchandises à faire transporter à Larache ou à Tanger, il va dans un Fondaq (caravansérail) voir s'il y a des muletiers ou des chameliers disponibles et les retient à l'avance avec un nombre déterminé de bêtes pour un jour convenu. Il doit verser des arrhes aux convoyeurs s'il veut compter sur eux et sur leur engagement.

Dans les ports, les qebbalin (eouviiers) opèrent de la même façon pour s'assurer une caravane de transports sur Fez. Si Texpédition doit se faire dans des délais relativement rapides, on choisit des mulets ; sinon, les chameaux, très lents il est vrai, sont beaucoup plus économiques. Une des grosses difficultés du commerce extérieur à

Fez c'est précisément celte question des transports. Les négociants sont à la merci des muletiers pour les expéditions de colis et ballots. Les convoyeurs en effet, fixent arbitrairement le prix des transports qui dépasse au-delà des limites d'un bénéfice rationnel la valeur réelle de cette besogne intermédiaire. De plus, on n'a pas encore pu obtenir d'eux qu'ils fixent approximativement leur jour de départ et surtout leur jour d'arrivée, de sorte que, lorsqu'on leur confie des marchandises, on ne sait jamais quand elles seront livrées au destinataire. Une caisse confiée à des muletiers, entre Tanger et Fez, peut rester aussi bien huit jours en route ou un mois ou même davantage. Les envois par chameliers sont encore plus sujets aux aléas.

Le petit monde de convoyeurs, âpre au gain et fort peu complaisant, qui détient en quelque sorte le monopole des convois entre Fez et la mer, profite avantageusement du manque de routes carrossables. Il est naturellement hostile à toute idée de progrés dans le régime des communications et prétend qu'il ne laissera jamais construire au Maroc ni routes ni chemins de fer et que jamais les charrois ne relieront Fez à Tanger. Ce sont là vantardises de rouliers ; elles ne sont d'ailleurs aucunement partagées par les commerçants de Fez, ni par les populations agricoles répandues le long des pistes et qui souffrent, plus que les négociants encore, de la cherté des transports. Les intéressés, et c'est la grosse majorité, désirent avidement la création de voies commodes pour le transport économique des importations et exportations*

Les caravanes de muletiers et de chameliers circulent entre Fez et Larache, Fez et Tanger, Fez et Rabat. Les convois sur Meknès sont beaucoup plus irréguliers et aléatoires à cause de Tinsécurité.

Voici les prix moyens de transport de Larache à Fez et de Tanger à Fez :

a) Mulets Distance Darée du voyage

Tanger à Fez : 250 kil. 8 jours minimum

LaracheàFez: 180 kil. 5 jours minimum

b) Chameaux :

Tanger à Fez : 230 kil. 12 jours

Larache à Fez: 180 kil. 8 jours

Poids par mulet

180 kil. maximum

(60 à 90 pes.)

180 kil. maximum

(35 à 40 pes.}

250 kil. maximum ^40 à 70 pes.)

250 kil. maximum (20 à 30 pes.)

Il n'y a pas d'assurances prises sur les marchandises. Les colis confiés le sont aux risques et périls des commerçants dans le cas de force majeure, c'est-à-dire si le convoi est attaqué et pillé par des brigands Si un ballot est perdu ou abîmé par la faute du convoyeur, celui-ci en est responsable en principe, mais les contestations qui s'élèvent sur de pareils sujets causent toutes sortes d'ennuis au destinataire ou à Texpéditeur.

Les colis ne doivent pas dépasser certains poids déterminés et être divisés autant que possible en deux demi-charges à dos de chameau ou de mulet.

Une mule porte au maximum 180 kilos divisés en deux demi-charges.

Un âne ne peut porter plus de 80 kilos divisés en deux demi-charges.

Un chameau porte au maximum 250 kilos divisés en deux demi-charges.

Si un colis unique atteint un poids, supérieur à 125 kilos, et qu'il ne puisse se répartir en deux demi-charges, on est obligé de le transporter en meh'affa, sorte de civière en bois convoyée par deux mulets ou par deux chameaux.

Les objets très lourds et très volumineux, comme les machines, sont transportés de Larache sur de lourds chariots en bois auxquels on

attelle des bœufs, et cela pendant la saison sèche seulement. II va sans dire que le trans.port par meKaffa est très coûteux. Quant au transport par chariot, il n'y a que le Makhzen qui puisse se permettre ce luxe.

Les envois doivent être soigneusement emballés, car ils ont à supporter un voyage long et difficile, par des sentiers et des pistes peu praticables à certaines époques de l'année. Les caravanes restent en route de 6 à 15 jours, quand elles ne sont pas arrêtées par les pluies : auquel cas la durée de leur voyage est subordonnée à Tasséchement des pistes. Tous les soirs, à Tétape les colis sont déposés à terre ; tous les matins ils sont rechargés et reficelôs. Ces nombreuses manipulations constituent, comme on le voit, un certain danger pour les marchandises de nature fragile.

Les caisses d'emballage, ainsi que les tonneaux, trouvent facilement à se vendre à Fez, à cause de la grande valeur qu'a le bois dans la ville pour les menuisiers et de la difficulté de s'en procurer. Les commerçants de Fez n'hésitent jamais à payer largement les emballages même coûteux, en bois épais, sachant qu'ils trouveront toujours à écouler ce bois.

Voici de quelles laçons on emballe les différentes marchandises, tant pour l'importation que pour l'exportation. Ces modes d'emballages étant pour ainsi dire traditionnels, les expéditeurs, feront bien de s'y conformer :

a) Importations :

Sucre en pains : en sacs [hhenachi] de même nature que les sacs de blé. Un sac renferme 22,, 24, 26 ou 28 pains et pèse de 56 à 60 kilos ;

Café : en sacs (hhenachi] de poids variable ;

Clou de girofle, cannelle et autres épices : en petits sacs ;

Musc, et différents parfums : en petites caisses solidement clouées ;

Fils, cotons, laines et soies non tissées : en ballots (daZa) de toile d'emballage (khich); le ballot a tO kilos;

Papier : en ballots (bala) enveloppés de papier fort et ficelés (rezoum) ;

Etoffes et tissus divers : en ballots de toile d'emballage (hàicà), (Les cotonnades anglaises viennent en énormes ballots de i5à20 quintaux; c'est leqeàbal dans les ports de mer qui les divise et les répartit en charges dé chameaux {ferda).

Bougies : En caisses {cendoiiq) de dimensions variables, suivant la commande ;

Verrerie, porcelainerie, fers émaillés : en caisses ou en tonneaux ;

Marbres : encaisses à claire-voie avec ferrures autour ;

Peintures et vernis : en petites caisses avec ferrures autour et aux coins ;

Riz et autres légumes secs :en sacs (hhenachi) :

Liquides : les bouteilles en caisses très soi^ gneusement emballées et très solides ; les* tonneaux ne doivent pas avoir de trop grandes dimensions (leur contenance ne doit pas dépasser !00 litres) ; les bonbonnes doivent être de verre très épais et abritées par de forts paniers d'osier jusqu'au col ;

Thé : en petits sacs emballés dans des caisses solides ; tout le reste s'emballe en caisses, avec plus ou moins de soins, suivant la fragilité des articles.

b) Exportations :

Peaux de chèvres : en ballots (ferda) de 20 à 40 peaux empilées et liées ensemble, sans enveloppe. Un chameau porte 5 ferda de peaux (environ 250 kilos).

Cuir de bœuf : en ballots {/erdà), dans les

mêmes conditions que ci-dessus. Un chameau porte 3 ferda de peaux de bœuf (200 à 250 kilos) ;

Zouan (ivraie) : en sacs [hhenachi]. Il y a 2 sacs pour une charge de chameau (le sac pèse un peu plus d'un quintal français) ;

Poil de chèvres : en ballots (khich). Il y a 2 hhich) par chameau (le hhich pèse environ 120 kilos).

Terre argileuse (r^asoul) à savon : en sacs [khenachi). Deux sacs par charge de chameau.

Laines : en ballots de toile d'emballage {khich) ;

Tlgentecht (pirette) : en sacs [khencha^pX. khenachi) ;

Dattes : en petites caisses, où les dattes sont superposées en couches séparées par des feuilles de papier. Ces petites caisses sont elles-mêmes accumulées en ballots et enveloppées dans de la toile d'emballage ;

Babouches : en ballots très soigneusement enveloppés et attachés ;

Tissus divers : en ballots [hh^ch] ;

Tout le reste s^expédie, d'ailleurs, en sacs ou en ballots de toile d'emballage. Les Fasi n'en voient rien en caisses (sauf les dattes); leurs produits, d'ailleurs, ne le nécessitent pas.

Les caisses doivent être solidement clouées ; les sacs et ballots très soigneusem.ent cousus. Inutile d'y ajouter des ficelages en cordes : les muletiers ou les chameliers s^approprieraient les cordes.

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