‹ Le commerce et la colonisation à MadagascarChapitre 1 sur 44 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L'auteur de rouvrage que l'on va lire est un de ces hommes chez lesquels on trouve sous une modestie qui n'est plus guère de mode, un grand fonds de connaissances théoriques et pratiques et qui fournissent ainsi un argument aux psychologues qui prétendent que chez l'homme les prétentions sont en raison inverse du savoir.

Aussi, se défiant de lui-même, m'a-t-il demandé de lire son œuvre et de la présenter au public. L'amitié que je lui porte et l'estime que j'ai pour ses talents, m'ont décidé à accepter l'honneur qu'il me faisait.

Désigné par M. le Ministre de l'Instruction publique pour seconder M. le D"" Gatat dans une mission scientifique à Madagascar, M. Foucart avait été chargé en même temps, par M. le Ministre du Commerce et de l'Industrie, d'une mission commerciale, Ainsi que son caractère et

. 30T1. éner^iç.DermettaMînt de Tespérer, il a accom-

-"'* -pli Kk;*la.mëîlloUy\; façon, — bien que la maladie, victorieuse de sa volonté, l'eût contraint de rentrer prématurément en France, — la double triche qu'il avait assumée.

Son séjour dans les principales villes de l'île et les itinéraires qu'il a parcourus lui ont donné le moyen d'étudier les matières premières que'peut fournir à notre industrie le pays, les débouchés qu y doit trouver notre commerce et les ressources qu'il offre à la colonisation. Ses observations ont été consignées dans un rapport adressé à M. le Ministre du Commerce et dont le chapitre vu, relatif aux produits d'importation, — c'est égalemont le chapitre vu de cet ouvrage — a été publié par le Moniteur Officiel du Commerce du 5 janvier dernier.

Avec un désintéressement et un dévouement à la chose publique auxquels il convient de rendre hommage en passant, M. Foucart s'est efforcé depuis son retour, de répandre dans un public restreint qu'il a ainsi fait profiter des résultats de sa mission, les idées rapportées de son voyage. Le Congrès national des Sociétés françaises de géographie, tenu à Lille en août 1892, diverses conférences faites à Paris et dans les départements, une active collaboration aux travaux de la Société de Géographie commerciale de Paris,

à la première Section de laquelle il a Thonneur d'appartenir comme secrétaire, lui en ont fourni l'occasion. Ses idées, chaque jour plus nettes, plus solidement appuyées, il les soumet aujourd'hui au grand public. Avec les observations et les études qui ont été leur point de départ, elles forment un ensemble, que liront avec profit les personnes qui se préoccupent de la colonisation en général et de celle de Madagascar en particulier, et tous les Français que des intérêts agricoles, industriels et commerciaux ont conduit et conduiront encore en grand nombre, je l'espère, dans la France orientale.

A ces derniers, je signale particulièrement tout d'abord, tant mon expérience des hommes m'en démontre la vérité et l'utilité, un passage de ce volume qu'ils méditeront, je le souhaite, et communiqueront à l'occasion aux intéressés :

« Depuis mon retour en France, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec plusieurs personnes qui projetaient d'aller s'établir à Madagascar. Elles étaient toutes animées d'une grande bonne volonté, de beaucoup de [courage et quelques unes possédaient des capitaux ; mais à part [quelques exceptions, elles ignoraient absolument les conditions du milieu «dans lequel elles 'allaient se trouver ; elles étaient prêtes à faire toute espèce de besogne, en s'inspirant des cir-

constances. Leur échec était ainsi presque inévitable, car si, en colonisation, les idées arrêtées ont leurs inconvénients, l'absence d'idées et de plan en produit d'autres non moins grands. »

On supposera à la lecture de ces lignes, et l'on pourra du reste constater presque à chaque page, que le souci d'éviter à ses compatriotes l'échec dont il est question ici, le désir d'outiller, théoriquement et pratiquement, ceux d'entre eux qui seraient résolus à s'établir à Madagascar, ont été la noble, la patriotique préoccupation de M. Foucart. Son livre, que termine un chapitre fort remarquable, où il est traité des conditions auxquelles peut se faire et des obstacles que rencontre la colonisation de Madagascar, eût mérité le titre de : Géographie économique de Madagascar, Manuel pratique du colon et du commerçant.

Il commence, après des réserves fort justes de l'auteur contre la généralisation de ses idées par un chapitre fort clair sur la constitution phy sique du sol ; puis vient un exposé suffisamment étendu du climat de l'île, une description de ses habitants et quelques renseignements sur leur langage.

Des chapitres spéciaux nous font connaître les poids, mesures et monnaies en usage, les moyens

de transport pour les hommes et les marchandises, tant sur les côtes qu'à l'intérieur, le service des postes, des télégraphes, les douanes et les tarifs; d'autres traitent du commerce intérieur et extérieur, des marchés, de la culture du sol et des résultats qu'elle peut donner, confiée aux indigènes.

Lorsqu'ont été ainsi établies, comme il est indispensable, selon lui, pour tout émigrant, « les conditions de milieu » dans lesquelles les colons se trouvent à Madagascar, M. Foucart croit pouvoir tirer la conclusion que la Grande île ne saurait être ce qu'on a coutume d'appeler une colonie de peuplement, qu'elle n'est pas une terre où les travailleurs du sol et les ouvriers, (ceux qui exercent quelques métiers spéciaux exceptés), peuvents'établir et gagner leur vie mieux que dans la mère patrie.

Pour réussir, il faut, selon lui, intelligence et capital. Et encore, que d'obstacles ! Ni les popu" lations, ni le gouvernement local n'aidant à la création d'entreprises agricoles, de manufactures ou de maisons de commerce, les grandes Sociétés, disposant de beaucoup d'argent et pouvant attendre les résultats, ont seules, en général, des chances de réussite. Il en est ainsi, il est vrai, un peu partout. Nous devons toutefois ajouter que les exploitations agricoles, à Madagascar, comme

notre consul, M. d'Anthouard, Va établi dans un rapport commercial et comme M. Foucart le constate n'exigent que des capitaux restreints ; que la mise en valeur des terres de la côte coûte moins que celle de la région moyenne ; enfin certaines cultures et certaines industries peuvent donnera des individus bien préparés, des résultats appréciables. Nos compatriotes de la Réunion savent bien tout cela et les anciens Français de Maurice aussi.

Des colons en assez petit nombre, mais capables et disposant de capitaux, voilà donc ce que réclame M. Foucart pour Madagascar. Et il ajoute : « Quant aux indigènes, il faut qu'ils deviennent les auxiliaires des colons et les acheteurs de nos produits. A notre gouvernement, à nous de recourir aux meilleurs moyens d'arriver à ce résultat et de vaincre les obstacles qui nous arrêtent. »

Il y en a bon nombre de ces obstacles, chez les Hova et dans les provinces laissées sous leur dépendance ! Deux notamment sont de premier ordre : la constitution de la propriété immobilière et l'organisation de la main-d'œuvre. M. Foucart entre à leur sujet dans des détails du plus grand intérêt et arrive à ces conclusions : ...tant que les Français ne pourront obtenir la terre que par bail, même à long terme, (il arrive

— H -^ souvent, par comble, qiie les Hova contestent à l'occupant indigène la propriété du sol qu'il cul' tive et qu'il Veut louer) ; — tant que la corvée frappera tous les sujets de la reine et que les abus qu'elle entraîne se perpétueront, arrêtant tout progrès intellectuel et matériel, empêchant les colons de se procurer la main-d'œuvre, encourageant le brigandage ; — tant que subsisteront les dernières traces de l'esclavage et que le service militaire retiendra, sans solde, ni nourriture, ni vêtements, pendant cinq ans, le Hova pauvre et le riche ; — tant que le gouvernement hova, par crainte de faciliter le passage de nos troupes, s'opposera à l'établissement de chemins à Madagascar ; — tant enfin que les concessions de terres ne seront pas approuvées par la France, il y aura peu de chances de voir nos colons affluer dans l'île, développer les richesses de son sol et la faire compter parmi les pays civilisés. C'est dans le dernier chapitre du livre, celui qui présente le plus de sujets sur lesquels les avis peuvent différer, celui que l'auteur a particulièrement travaillé, que sont exposées avec talent, examinées avec soin et jugées avec saine raison toutes les questions que je viens d'énumérer. — Si tenté que j'aie été de donner sur l'une ou l'autre mon opinion, de discuter certaine donnée, de soulever quelqu'objection, j'ai cru devoir

y renoncer. Il m'a semblé que tout cela ne serait point à sa place en tête d'un livre de bonne foi, appuyé sur des observations personnelles, très pratique et dont l'objet est surtout de répandre, de vulgariser des connaissances utiles en bonne partie nouvelles. Une préface, a-t-on dit, doit être au livre ce que la soupe est au dîner et annoncer ce que sera celui-ci. N'aurais-je pas , en intercalant ici mes réflexions, risqué d'ôter l'appétit au lecteur et failli à mon devoir, qui est d'engager à lire ce livre ?

Du reste critiques et objections manqueraient peut-être d'à propos. Sait-on quand, — selon le souhait patriotique et le vif désir de M. Foucart — « les obstacles à la colonisation française et à Texercice de notre influence civilisatrice, disparaîtront devant l'intervention énergique du gouvernement et l'intelligente activité des colons, des industriels, des commerçants et des capitalistes, » devant le concours nécessaire, en un mot, de l'Etat et de l'initiative privée? Ce jour-là, qui semble proche, les paroles ne seront plus de saison. A cette date, —quelle satisfaction pour M. de Mahy ! — s'ouvrira à Madagascar une période de prospérité aussi avantageuse pour les populations protégées que pour la nation protectrice.

Le gouvernement ne l'ignore pas ; la situation actuelle dans l'Océan Indien et les dangers

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qu'elle peut présenter lui sont connus. Il saura sans doute, l'heure venue, faire son devoir et revendiquer nos droits, aussi fermement qu'il a commencé à le faire en Indo-Chine.

Il ne s'agit de rien moins, après tout, que du protectorat sur la troisième île du monde, île plus grande que la France et que, dès i665, des actes publics dénommaient Ile Dauphine et France orientale!

Ch. Gauthiot.

Membre du Conseil Supérieur des Colonies.

?io novembre 1890.

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