INTRODUCTION
Le commerce des bois n'offre pas, à l'étude que l'on en voudrait faire, le spectacle d’une importance exceplionnelle. Les transactions dont il est l'objet n’ont pas lieu sur des quantités très volumineuses, el elles n’exigent pas,de la part des pays qui en sont demandeurs, l'emploi d’une partie prépondérante des capitaux qu’ils consacrent à leurs achats. Pour ce qui est de la France, par exemple ,nous voyons que, dans un commerce global dont la valeur s'élève à 15, 130 millions (1), où les importations figurent pour 7. 874 millions et les exportations pour 7.256, le commerce particulier des bois n'entre que pour une valeur de 236 millions, où les importations figurent pour 183 millions et les exportations pour 53.
Cette proportion est loin de donner au commerce des bois une importance primordiale dans le commerce général de la France. On peut l’observer cependant, présentée dans le commerce de la plupart des Elals, exceplion faite de quelques rares pays producteurs de bois, qui voient en lui le principal objet de leurs exportations,
Ce commerce, si peu important qu'il soit, se présente
(1) Chiffres de 1907,
néanmoins comme un objet fort digne d'étude. En outre de l'intérêt qu'il y a toujours à étudier un commerce quelconque sur le marché universel à cause de l’ampleur que prend la matière par ce seul fait, indépendamment encore de celui qu'il y aurait à analyser le mécanisme propre à tout commerce, à rechercher selon quels modes el au moyen de quels organes des producteurs et des consommateurs étrangers entrent en relation, et à déterminer quelle est la nature de ces relations, le commerce des bois pris en lui-même porte en soi desraisons suffisantes d'attirer l'attention sur lui, et de l'y retenir.
Principalement par suite du fait suivant, le développement du commerce des bois est continu, par suite de la demande croissante qui est faite de ce produit. Or, ce produit n'existe qu’en quantités limitées dans la nature.
Le seul énoncé de cette situation rend sensible l'intérêt qu'il y a à observer de près la consommation qui se fait de bois, et par conséquent aussi Le trafic général qui s'exerce à son sujet, et cela d’aulant plus que des données d'ordres différents viennent compliquer ce problème.
Voici en effet ce qu'il y a à considérer. En premier lieu, les conditions mêmes de la culture forestière ne permettent pas d'exploiter le bois d’une façon intensive.
Les massifs forestiers constituent, chacun Le sait (1), l’un des organes vilaux des régions qui les possèdent. L'influence
(1) Influence des forêts sur le climat. Renseignements bibliographiques. Congrès international de sylviculture, 1900, section II. Imprimerie Nationale.
Marmeu, — Météorologie agricole et forestière. Paris, 1878.
Banter. — Météorologie agricole et forestière. Bulletin du ministère de l’Agriculture, 1895.
Hurrez. — Economie forestière. Paris, Laveur, 1904.
Larosse. — Rôle des forêts au point de vue des services indirects. Nancy, 1903.
Guinier. — Influence des forêts sur le régime des Eaux. Besançon, 1905.
Toussainr. — Influence des forêts sur les phénomènes météorologiques.
E. Fernow. — Relation of forest to water supplies.
E. Fernow. — Notes on the sanilary signifiance of forests.
M. W.HarrinGron. — Review of forest meteorological observations, Washington,
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bienfaisante qu’ils exercent sur Le climat est nettement déterminée. L'on ne peut donc pas songer à les faire disparaitre intégralement, car rien ne pourrait rendre les mêmes services qu'eux. Îls forment,au contraire, l’un des aménagements que toute nation soucieuse de son économie doit le plus minutieusement protéger, et les intérêts individuels eux-mêmes, s'ils sont atteints par elles, doivent céder aux mesures qu’il faut prendre pour assurer la conservation des forêts.
Ainsi donc, {andis que l'utilité générale, d’une part, défend expressément que l’on épuise les forêts pour accroître, pendant un temps donné,leur rendement, les seules conditions de la culture forestière, d'autre part, réfrènent aussi les tentalives que l’on pourrait faire d’exploitations plus intenses.
En effet, les révolutions nécessaires pour amener le produit forestier en état d’être utilisé s'effectuent en des lemps qu'il n’est point possible d'accélérer. En se laissant aller à sur-exploiter en vue d'accroître un bénéfice immédiat, on compromeltrait gravement Le rendement à venir des capitaux engagés, En effet, nulle autre entreprise n’exige une prévoyance aussi longue que celle qui est nécessaire dans leur administration. | |
C’est pourquoi il est si souhaitable de voir s’accroitre autant qu’il est possible le domaine forestier des Elats, et particulièrement dans les pays où le morcellement de la propriélé foncière diminue l'importance des revenus forestiers et où, par conséquent, les individus peuvent se trouver plus facilement portés à sacrifier l'avenir au présent.
Voici doncles deux puissantesraisonsquis'opposentàl’augmentation du rendement de la propriété forestière, à celle de l'offre de bois par conséquent sur le marché commercial.
Peut-on conserver cependant l'espoir de voir àun moment quelconque s’accroître les offres de bois. Cela ne semble pas vraisemblable. En effet, dans l’état actuel des choses, il semble que les exploitations forestières dans le monde aient
alteint la limite qu'elles ne doivent pas dépasser (1). Peutêtre même,sur plus d’un point, cette limite a-t-elle été franchie.
Il faudrait donc, pour que l'on pût cependant jeter sur le marché de nouvelles offres, que l’on miîl en exploitation de nouvelles réserves (celles de la Sibérie Orientale, par exemple). Mais au cas même où on le ferait, peut-ov affirmer que la situation sur le marché universel se verrait sensiblement modifiée ? Cela n'est point probable.
Outre que des forêts qui n'ont jamais été exploilées sont loin de se présenter dans des conditions de rendement fructueux,leur ouverture ne va pas sans l'ouverture correspondante des pays qui les recèlent. Or,une pareille transformation économique n'irait pas sur les lieux mêmes qui la verraient s’accomplir, sans une formidable consommation de bois nécessitée par les seuls ouvrages de viabilité qu’ellerendrait nécessaires. L'on sait, d'autre part, que c’est au long des routes et des chemins de fer que se créent les nouveaux centres. Il semble donc que ces nouvelles voies de communication susciteraient de nouveaux débouchés capables d’absorber une partie considérable des nouveaux produits.
Au surplus, si l’on considère que la principale des causes qui pourraient assurer la mise en exploilation de ces nouvelles réserves serait justement une augmentalion préalable de la demande elle-même {2), on sera amené à cette conclusion que les nouvelles offres se trouveront consommées d'avance, et que, par conséquent, elles ne changeront pas la face du marché universel.
La situation y reste donc telle que nous l'avons présentée : production limilée ayant à répondre à une consommation toujours croissante.
On voit dès lors quelle en est la gravité et l'intérêt de
(1) A. Mérann, — Insuffisance de la production des bois d'œuvre dans le monde.
(2) Que cette augmentation de la demande soit réelle ou apparente, c’est-à-dire en correspondance avec les demandes faites par de nouveaux clients, ou avec le retrait d'offres de fournisseurs épuisés,
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toutes les recherches susceptibles de l’éclaircir et de la préciser.
Chacun des points que nous avons indiqués jusqu'ici pourrait prêler, en vue d’atleimdre ce résultat, matière à une étude distincte. Mais il nous à paru intéressant d'établir comme une sorte de préface à ces divers travaux possibles, un tableau d'ensemble où se trouve indiqué le volume des transactions dont notre matière est l’objet. C’est à un essai en vue de la réalisation de ce dernier but que se limite
cel ouvrage.