MAXIMILIEN, ANTÉNOR
ANTÉNOR
Mon cher enfant I
MAXIMILIEN, l’embrassant. ’
Eh ! bonjour, mon vieux.
ANTÉNOR
Et comment vas-tu? comment te portes tu? Tu te fatigues trop, on dirait que tu as veilli.
Moi, je te trouve rajeuni. Si tu étais un peu plus moderne dans ta mise, on te prendrait presque pour mon père. Tu as là, par exemple, un habit que tu as dû faire faire pour mon baptême.
ANTÉNOR
Tu plaisantes, il est tout neuf.
MAXIMILIEN
Il a bien... il n’a plus d’âge.
ANTÉNOR
Maximilien !
MAXIMILIEN
Avec cet habit là on te prendrait pour mon grand-père.
ANTÉNOR
Ah!
Dame! ce ne serait pas impossible. Tu es né... Comptons, dix-sept cent...
ANTÉNOR
Je sais mon âge, il serait inutile de compter. Mais, pendant que nous sommes seuls, je dois te dire en ami, mon cner Maximilien, que tu vas trop grand train... Ta fortune est compromise, tu m'as même adressé quelques uns de tes créanciers.
MAXIMILINN.
Je n’avais pas le temps de les recevoir.
ANTÉNOR
C’est bon. Mais si tu manges ta fortune...
MAXIMILIEN
Il me restera la tienne.
ANTÉNOR
La mienne! la mienne! On ne sait pas ce qui peut arriver; je puis me marier.
MAXIMILIEN
Bah ! tu n’aurais pas d’enfants.
ANTÉNOR
Qui sait? Notre père ne t'attendait guère, quand tu es venu.
MAXIMILIEN
C’est pourtant vrai, et tu avais trente ans...
ANTÉNOR
Trente ! non, monsieur... mais vingt et quelques.
Trente!
ANTÉNOR
Vingt 1
MAXIMILIEN
Tu es né... Comptons, dix-sept cent...
ANTÉNOR
Encore une fois, il est inutile de compter. Mais ces courses que tu fais aux quatre coins de l’Europe finiront par te ruiner. A quoi bon ce voyage à Constantinople, par exemple?
MAXIMILIEN
Anténor, je vous rappelle aux principes de la chevalerie française : je passe par Constantinople pour obliger une dame.
ANTÉNOR
Je ne puis t’en blâmer. (A part.) Ce serait en contradiction avec la demande que j’ai à lui faire. (Haut.) Mais devais-tu te gêner ainsi pour une anglaise, mère de douze enfants?
MAXIMILIEN
J’en conviens ! au premier abord cela semble fabuleux.
set NE VI.
Air : On dit que je tuis tan» malice.
C’est une lady vénérable,
Et d'un âge... fort honorable,
Jaune, maigre, de longues dents,
Des yeux très verts et très-ardents.
Elle a, c’est vrai, douze enfants, meme On m’a dit deux mots d’un treizième.
Mais, mon cher, de ces douze enfants,
La tille ainéo a dix-huit ans.
ANTÉNOR
C’est différent 1 c'est-à-dire que cela n’a pas le sens commun. Tu ne comptes pas, j’espère, épouser une anglaise ?
MAXIMILIEN
Je compte voyager avec elle et lui faire voir un peu de chemin. Quant au mariage, il m'est impossible d’y songer, et je te jure une fois do plus... (il s’assied près du guéridon.)
AÿTÉNOR.
Ne jure pas !... Tu dois avoir faim. A quoi pense donc Toinon ? (il va pour sortir.) Ali ! j’oubliais, (a part.) Il vaut mieux en finir tout de suite. (liant.) Cela m’était tout-à-fait sorti de la tête. (Il s’assied de l’autre côté du guéridon.) Une de mes voisines ayant appris que tu es à la veille d’entreprendre un long voyage, est venue me demander et attend de toi un petit service.
MAXIMILIEN
Allons, bon 1 des commisssions ! encore! J’en ai déjà plus de cinquante. De quoi s’agit-il? La dame désire- t-elle des pastilles du sérail ou des figues de Smyrne?
ANTÉNOn.
Non, ce n’est pas une chose à rapporter.
MAXIMILIEN
C’est donc une chose à emporter?
ANTENOR-
Oui.
MAXIMILIEN
Je suis assez chargé.
ANTÉNOR
Ce n’est pas bien lourd.
MAXIMILIEN
Est-ce une lettre?
ANTÉNOR
C’est plus léger encore.
Quoi donc?
ANTÉNOR
Une petite fille.
MAXIMILIEN
Hein ?
ANTÉNOR
Une toute petite Bile, un enfant.
Un enfantl
ANTÉNOR
Ne te fâche pas I je dois te dire les choses comme elles sont. Mademoiselle Irma de Rocheplantin, une demoiselle d'un certain âge, ma voisine, et fort agréable encore, voudrait envoyer sa nièce à... cher son oncle paternel, et, comme elle ne peut l'accompagner...
MAXIMILIEN
Elle a pensé que je servirais à l'enfant de cornac et de chaperon. Morbleu I pour qui me prend-elle? suis-je d'un âge à inspirer de la confiance aux mères de famille? ai-je soixante ans? suis-je mon frère aîné?
ANTÉNOR
Maximilien ! .
MAXIMILIEN
Je vois ce qu^ c’est, tu m’as vieilli pour te rajeunir, selon ta louable habitude, tu m’as annoncé comme ton frère, quand lu devais m’annoncer comme ton fils. Cette dame me croit nn patriarche. Mars je te pardonne, et püis qu’elle est de tes amis, je me charge de sa commission. Pour t’obliger, mon pauvre \ieux, je conduirais à Constantinople tout un pensionnat do jeunes demoiselles.
ANTÉNOR
Je ne t’en demande pas tant 1
MAXIMILIEN
Quelle est la destination de l'objet ?
Ah ! c’est pour le Coup que tu vas te récrier... D’abord il faut que tu saches que mademoiselle Irma, quoique très-spirituelle, n’a que des connaissances superficielles en géographie. L’oncle de la petite habite la capitale de la...
MAXIMILIEN
De la?...
ANTÉNOR
l)e la... Belgique.
MAXIMILIEN
De la Bclg !... et elle veut que je conduise sa nièce à Bruxelles en allant à Saint-Pétersbourg par Constantinople ?
ANTÉNOR
Pas précisément I Mais, si, au lieu de la Russie, tu voulais visiter la Hollande, un pays très-curieux que tu ne connais pas...
MAXIMILIEN, SC levant.
Dis à mademoiselle Irma qu’ella aille à tous les diables !