SCÈNE III
MADEMOISELLE DE ROCHEPLANTIN.
Ne fermer pas !
ANTÉNOR
Pourquoi? pourquoi?
MADEMOISELLE de roc heplantin , baissant les yeux.
Monsieur Baleinier !
ANTÉNOR, revenant, à part.
Comme la pudeur embellit les femmes I C'est qu’elle est charmante ce matin.
MADEMOISELLE DE flOCHEPLANTIN.
Vous disiez donc que monsieur votre |frère n’a qu’un défaut?
ANTÉNOR
^ Un seul, et qui le perdra dans votre opinion , mademoiselle, c'est une antipathie invincible pour le mariage.
MADEMOISELLE DE ROCHEPLANTIN. .
Pour le mariage? En effet... Mais venons-en maintenant au but de ma visite.
ANTÉNOR, à part.
Que diable lui veut-elle ? (Il tousse et regarde la porte.)
MADEMOISELLE DE ROCHEPLANTIN.
On m’a dit que monsieur votre frère aime beaucoup à voyager.
ANTENOR
Il est toujours par monts et par vaux.
MADEMOISELLE DE ROCHEPLANTIN.
On m’a dit aussi .qu’il se propose de partir prochainement pour Saint-Pétersbourg.
ANTÉNOR
Oui, il choisit bien son moment 1 Mais il brûle de visiter la Sibérie.
MADEMOISELLE DE ROCHEPLANTIN.
Fort bien 1 Voici le service que j'attends de vous, mon cher Baleinier. Vous connaissez ma nièce Hermine, vous savez qu’elle est orpheline, sans fortune, et entièrement à ma charge ! Je l’ai élevée, la pauvre enfant, et je puis dire que son éducation m’a coûté les yeux de la tête. Aussi c’est un ange, mais elle est arrivée à l’âge où le cœur s’éveille, et, par malheur...
Air : muderille ànPremier prix.
S’il faut parler avec franchise,
Le pays manque d’amateurs ;
Nous avons de la marchandise,
Et nous n’avons point d’acheteurs.
Ma nièçe est fraîche, vive et leste.
C’est une marchandise enfin . Qu’il faut placer vite.
f. LH COMPAGNON DH VOYAGE.
ASiTÉNOR.
Il en reste
Toujours assez en magasin.
MADEMOISELLE DE ROCIIEPLANTIN.
Un de ses oncles, un oncle paternel, me la demande et se charge, m’écrit-il, de son avenir et de sa dot. Vous concevez ma joie l Mais cet oncle habite la Belgique, et je ne voudrais pas pour un empire voyager sur les chemins de fer. D’autre part, fa voiture m’incommode. J'attendais qu’une occasion favorable se présentât, lorsque j’apprends par monsieur le curé que votre frère doit venir vous voir et qu’il est à la veille d’entreprendre un grand voyage ; je n’écqute que mon cœur, j’accours, et, si monsieur Maximilien était assez bon pour se charger de ma nièce, il pourrait la déposer à Bruxelles en se rendant à Saint-. Pétersbourg.
ANTÉNOR
Permettez, mademoiselle, permettez, ce n’est pas tout-à-fait son chemin. Nous sommes à trois lieues de Lyon...
MADEMOISELLE Dp ROCUEPLANTIN.
Qu’importe 1 ne peut- il se déranger un peu?
ANTÉNOR
Certainement, mais...
MADEMOISELLE I)E ROC H EPLANTIN.
Ah ! ne m’ôtez pas mes illusions ! La galanterie n’est pas morte en France.
ANTÉNOR
Non, sans doute... (il tousse. — a part.) Décidément me voilà enrhumé.