CHAPITRE XXIV
Lorsque Pierre Huguenin aborda ses deux nobles hôtes, le comte était assis sur un fauteuil rustique à l'ombre de son tilleul favori. Il lisait ses gazettes en faisant un déjeuner pythagorique, et sa petite-filie lui coupait avec un couteau d'or une brochure politique qu'il venait
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de recevoir; un cbien favori dormait à leurs pieds« Ufi vieux valet de chambre allait et venait autour d'eux, veillant à ce qu'ils n'eussent pas le temps d'exjj^imer un désir. Yseult avait les jeux constamment fixés sur Tallée par laquelle Pierre arriva. Il la trouva timide, presque tremblante. Lui, exalté et ranimé par je ne sais quelle force inconnue, se sentait plein de courage et de sérénité.
•^ Approchez, approches , mon cher maître Pierre, s'écria le comte en posant son journal sur la table et en étant ses lunettes. J'ai grand plaisir à vous voir^ et je vous remercie de vous être rendu à tnon invitation. Veuillez vous asseoir ici. Et il lui désigna une chaise à sa gauche, Yseult étant à sa droite.
-^ Je venais pour prendre vos ordres, répondit Pierre hésitant à s'asseoir.
-^ Il ne s'agit pas d'ordres ici, reprit le comte; on ne donne pas d'ordres à un homme tel que vous. Dieu merci^ nous avons abjuré ces vieilles formules de maître à c<»q-^ pagnon. D'ailleurs n'ètes*«vous pas mattre vous^lnéme dans votre art?
'^ Mon art n'est qu'un obscur métier, répondit Pierfe, qui se sentait peu disposé à l'expansion «
*— Vous êtes propre atout, reprit le comte; et si vous sentez quelque autre ambition...
— Aucune , monsieur le comte, interrompit Pierre avec une fermeté tranquille.
— Il faut pourtant venir au fait, mon brave jeune homme, et vous asseoir à côté de moi pour causer sans méfiance et sans hauteur avec un vieillard qui vous en prié amicalement.
PierfCi vaincu par ces paroles affectueuses et peut-être aussi par l'attitude triste et inquiète de mademoiselle de Villepreux, se laissa tomber sur le siège vis-à-vis d'elle. Il pensait qu'elle allait se lever et s'éloigner, comme elle
fiiiflait ordinairement quand il conférait avec son grandpère; mais cette fois elle resta, et n'éloigna même passa chaise de cette table étroite, qui ne mettait entre son visage et celui du compagnon menuisier qu'une courte dis*tanee, et entre leurs genouiç peut-être qu'un intervalle plus court encore. Pierre se garda bien d'approcher tout à fait son siège de la table. Il se sentait calme et maître de lui-r;mème; mais il lui semblait que, s'il eût effleuré seulement la robe d'Yseult, la terre se fut dérobée sous lui, et qu'il serait retombé dans l'empire des songes.
-r- Pierre, reprit le comte avec un ton d'autorité pa-? temelle, il faut m'ouvrir votre cœur. Ma fille vous a ren? contré ce matin dans le parc, accablé, désespéré, hors de vous-même. Elle vous a abordé, elle vous a interrogé ; elle a bien agi. Elle vous a fait, en mon nom, des offres de services, des promesses d'amitié; elle a parlé selon mon cœur. Vous avez rejeté ces offres avec une fierté qui vous rend encore plus estimable h mes yeux, et qui me fait un devoir de vous servir malgré vous. Prenez donc garde d'être injuste, Pierre! Je sais d'avance tout ce que votre vieux républicain de père a pu vous dire pour vous mettre en garde contre moi. J'estime infiniment votre père, et ne veux pas blesser ses préjugé^ ; mais il y «^ cette différence entre lui et moi, qu'il est l'homme du passé, et que moi, son aîné, je suis pourtant r)^omme du présent. Je me flatte de mieux comprendre l'égalité que lui ; et si vous refusez de me confier le secret de vgtre peine, je croirai comprendre la fraternité huo^aine mieux que vous aussi. '\
Il eût été bien difficile au jeune ouvrier de refuser s^ confiance et son admiration à un pareil langage. Il se sentit tout pénétré de reconnaissance et de sympathie. Pendant que le comte lui parlait, Yseult avait avancé Une tasse de vieux^^sèvres jusque sous la m^ 4^ Vo(|*
vrier, et le comte lui avait versé du café avec tant de aaturel et de bonhomie, que Pierre comprit que le meilleur goût possible, en cette circonstance, était d'accepter comme on lui offrait, sans hésiter et sans faire de phrases. Mais il se troubla lorsquTseult se leva à demi pour lui présenter du sucre. Il n'eut que la force de la regarder, et l'expression de sensibilité affectueuse qu'il rencontra sur sa physionomie lui fit un bien mêlé d'un certain mal. Il rougit comme un enfant, et se mit à déjeuner sans trop savoir ce qu'il faisait. Il acceptait et avalait tout ce qu'elle lui offrait, n'osant rien lui refuser, et ne craignant rien tant que d'échanger quelque parole avec elle dans ce moment-là. Cependant à mesure qu'il mangeait (et il en avait grand besoin, car il était à jeun), il sentait revenir sa présence d'esprit. Le moka, qui était fort savoureux, et dont il n'avait point l'habitude, communiqua spontanément à son cerveau une chaleur souveraine. Il sentit sa langue se délier, son sang circuler librement, ses idées s'éclaircir et la crainte du ridicule céder à des considérations plus sérieuses.
— Vous voulez que je parle? dit-il au comte, après avoir répondu négativement à toutes les suppositions que celui-ci faisait sur la cause de son chagrin. Eh bien! je parlerai. Ce sera sans doute un discours bien inutile, et je crois que ce beau chien que voici, et dont l'embonpoint et la propreté feraient envie à bien des hommes, serait le premier à le mépriser s'il pouvait l'entendre.
— Mais nous ne sommes pas des chiens, répliqua en riant le vieux comte : j'espère que nous comprendrons^ et nous nous garderons bien d'être méprisants» dans la crainte d'être méprisés à notre tour. Allons, jeune orgueilleux, dites votre pensée.
Alors Pierre se mit à raconter naïvement toutes 1^ idées qui lui étaient venues dans le parc depuis l'aube
jusqu'au soleil levant. Il le fit sans emphase, mais sans embarras et sans fausse honte. 11 ne craignit pas de dire au comte tout ce qu'il trouvait d'illégitime dans le fait de sa richesse; car/ en même temps, il lui dit tout ce qu'il trouvait de sacré dans ses droits au bonheur. Il lui posa tout le problème social qui s'agitait en lui avec une clarté et même avec une éloquence qui révélèrent au comte un homme peu ordinaire, et qui le forcèrent de regarder de temps en temps sa fille avec une expression d'étonnément et d'admiration qu'elle partageait bien visiblement. J'ignore si Pierre s'aperçut de ce dernier point : je pense qu'il ne voulut pas regarder Yseult, dans la crainte qu'un air de doute et de pitié ne lui ôtAt la force de tout dire. Je pense aussi que, s'il l'eût regardée et qu'il l'eût vue sourire d'adhésion avec les yeux humides de sympathie, il eût perdu la tête, ou tout au moins le fil de son discours.
Quand il eut dit tout l'effroi et toute la douleur que ses réflexions lui avaient causés et l'abîme de doute et de désespoir où elles Tavaient conduit, il confessa qu'il avait senti en lui, à ce moment de détresse, l'horreur de la vie et le besoin de fuir vers un monde meilleur. Il avoua qu'il avait eu des pensées de suicide, et que le sentiment du devoir filial avait pu seul le rattacher à une existence qui ne lui apparaissait plus que comme une épreuve accablante dans un lieu de torture et d'iniquités.
Lorsqu'il prononça ces derniers mots d'une voix émue et le visage couvert de pâleur, Yseult se leva brusquement et fit quelques tours d'allées, feignant de chercher quelque chose. Mais, lorsqu'elle revint à sa place, ses traits étaient fatigués et son regard brillant : peut-être avait-elle pleuré*
Rien n'égalait la surprise du comte àe Villepreux. Il regardait avec des yeux perçants la figure inspirée du jeune prolétaire, et se demandait où cet homme, habi-
fQ3 LE GOUPAGNON
tué, h ipt^ni^ un rabot, avait pu découvrir et developper le germe d'idées si vastes et de préoccupations si élevées.
— Save^-vous, paîtra Pierre, lui dit-il lorsqu'il Fei écouté jusqu'au bout s^vec la plus grande attention, vous feriez w grand orateur, et peut^tre un grand vain? vous parlez comme un ap6tre et vous raisonii< comme un pbilosoplie t
Quoique cette remarque lui parût frivole à proj d*une discussion si sérieuse, Pierre fut flatté malgré li d'être loué ainsi devant Yseult,
•^ }e ne sais m parler ni écrire, répondit-il en rougis* sant ; et n'ayant que des problèmes h poser, je serais m méchant prédicateur, h moins que vous ne voulussies, monsieur le comte, me diet^ mes conclusions et me poser mes articles de foi.
— Palsambleu I s'écria le comte en frappant sur la table avec sa tabatières et e^ regardant sa fille, comme il parle de cela I II remue le ciel et la terre de fond en eomtile, il fouille plus avant dans li^s mystères de la vie humaine que tous les sages de l'antiquité, et il veut que je sache les secrets du Père éternel l Mais me prenes-vous donc pour le diable ou pour le pape 1 Et croyez-vous qu'il ne faille pas la sagesse de deux mille ai^ k venir, igou** tée à toute la sagesse du passé, pour répondre à votre proposition ? {.es plus grands esprits du sièele présent n'auront autre chose à vous dire que ceci ; Pe qu(i diable vous inquiétez-vous là ? Tàche^ d'être riche et de vous habituer à voir autouif de vous des pauvres ; — ou bien : Mon cher ami, vous êtes fou, il faut vous soigner» Qui, sur ma parole, mon pauvre maître Pierre; de cent lâiie systèmes, tous plus beaux et plus impossibles les uns qiB les autres, que Ton pourra vous présenter» il n'y en a péfl t4i^ettlqui vaille celui que j'ai mis àmoiQiusagoparticttUe]
DU TOtm. D8 FRANCE. m
— Et quel ést-ildone, monsieur? repartît Pierre avec vivacité; car c'est là ce que je vous demande.
— Admirer ce que vous dites, et supporter ce qtli se fait ici-bas.
— Est-ce là tout? s'écria Pierre en Se levant d'un air exalté. En vérité ce n'était pas la peine de m'interrogef , si vous n'aviez rien de mieux à me répondre. Âh I je vous le disais^ mademoiselle, ajouta-t-il en regardant Yseult sans aucun ressentiment de trouble amoureux, absorbé qu?il était dans de plus hautes pensées ; Je Vous le disais bien que votre père né pouvait rien pour mol!
— Est-ce que la résignation n'est pas le résultat dé Texpérience et le dernier terme de la sagesse? répondit Yseult avec effort.
*— La résignation pour soi-même est une vertu qu'il faut avoir et qui n'est pas bien difficile quand on se res-* pecte un peu, répondit Pierre. Quant à moi, je déclare que ma pauvreté et mon obscurité ne me pèsent pas encore» et que je serais bien plus malheureux, bien plus troublé dans mon sentiment de la justice si j'étais né ri" ehe comme vous, mademoiselle. Mais se résigner au malheur d'autrui, mais supporter le joug qui pèse sur de§ tètes innocentes, mais regarder tranquillement le train du monde sans essayer de découvrir une autre vérité, Un autre ordre, une autre morale I oh! c'est impossible... impossible 1 U y a là de quoi ne jamais dormir, ne jamais se distraire, ne jamais connaître un instant de bonheur; il y a de quoi perdre le courage, la raison ou la vie !
— £h bien, mon père?*., s'écria Yseult en levant
vers le comte des yeux humides, ardents d* espoir et d'im-*
patience,
I Elle attendit en vain une réponse qui sanctionnât, par
1^ la maturité du jugement, Tenthousiasme évangélique du
er jeune ouvrier. Le comte sourit, leva les yeux au ciel, et
attira sa fille contre son cœur, tandis qu'il tendait son autre main à Pierre.
— - Jeunes âmes généreuses, leur dit-il après un instant de silence, vous ferez encore bien des rêves de ce genre avant de reconnaître que ce sont d'immenses paradoxes et de sublimes problèmes sans solution possible en ce bas monde. Je ne vous souhaite pas de sitôt le découragement et le dégoût qui sont le partage de la sagesse en cheveux blancs. Faites des vœux, faites des systèmes; faites-en tant que vous voudrez, et renoncez à y croire le plus tard que vous pourrez. Msutre Pierre, ajouta-t-il en se levant et en soulevant son bonnet de velours noir devant le jeune homme stupéfait, ma vieille tête s'incline devant vous. Je vous estime, vous admire et vous aime. Venez souvent causer avec moi. Votre vertu me rajeunira un peu ; et peut-être, après bien des rêveries, la montagne qui pèse sur notre idéal sera-t-elle allégée de tout le poids d'un grain de sable.
En parlant ainsi, il passa son bras sous celui de sa fille, et s'éloigna, emportant ses brochures, ses lunettes et ses gazettes avec la tranquillité d'un homme habitué à jouer avec les plus grandes idéesetles sentiments les plus sacrés.
Pierre resta accablé d'abord; puis une ironie, mêlée d'indignation et de pitié, s'empara de lui. Il se trouva bien ridicule d'avoir laissé profaner le secret de ses plus hautes pensées par le souffle glacé de ce vieillard blanchi dans les défections. Il eut peine à ne pas l'accabler intérieurement du plus profond mépris.
— Eh quoi I se disait-il, connaiti*e ces choses, n'avoir ni le moyen ni le désir d'en repousser la vérité, et les garder en soi comme un trésor inutile dont on ne comprend ni la valeur ni l'usage I Être grand seigneur, riche et puissant, avoir vieilli au milieu des luttes sociales, avoir traversé la république et les cours, et pourtant n'avoir
pas une croyance arrêtée, pas mu sentiment victorieux, pas une volonté efficace, pas même une espérance généreuse ! Et toucher au terme de la vie sans savoir exprimer autre chose qu'un stérile regret, une sympathie dérisoire, un découragement hypocrite 1 ... Si c'est là un des plus spirituels et des plus instruits de sa caste, que sont donc les autres, et que peut-on espérer de cadavres parés des plus beaux insignes de la vie : le pouvoir et la renommée?
Dans sa sainte colère, Pierre s'emporta secrètement jusqu'à l'injustice. Il ne pouvait pas se rendre bien compte de l'effet d'une première éducation et des pr^ugés sucés avec le lait. Rien n'est plus difficile que de se placer à un point de vue tout à fait différent de celui d'où l'on regarde. Si Pierre eût connu la société, non telle qu'elle doit être, mais telle qu'elle est, il eût, malgré l'impétuosité de son vertueux élan, conservé quelque respect et beaucoup d'affection pour ce vieillard, supérieur à la plupart de ses pareils, et remarquable entre tous les hommes par la bonté de ses instincts et la naïveté de ses premières impressions. Mais il avait été amené vers lui par les promesses d'Yseult, et un instant, à se voir écouté avec tant d'intérêt, il avait compté sur une solution conforme à ses vœux. Sa douleur était grande de se voir loué et plaint à la fois comme un apôtre et comme un fou.
Une seule chose lui donna la force de retourner au travail, c'est-à-dire de reprendre patiemment le joug de la vie : ce fut le souvenir de l'expression qu'avait Yseult en le quittant. Il lui sembla que la surprise, le désappointement, la consternation, qu'il avait éprouvés en cet instant remplissaient l'âme de la noble fille comme la sienne. Il avait éprouvé, en rencontrant son dernier regard, quelque chose de solennel comme un engagement éternel, ou comme un éternel adieu. Son âme, en se reportant à cette
mystérieuse commotion, se sentait abreuvée de joie et de douleur en m^ême temps. Il reconnaissait, à cette heure, qu'il aimait passionnément, et il ignorait si les tressail-^ lements de son àme étaient de désespoir ou de bonheur.
CHAPITBE XXV.
Au moment où Pierre reprenait le chemin de son atelier, le vieux valet de chambre du comte le rappela pour le prier de réparer la table sur laquelle son maître venait de déjeuner. C'était un joli petit meuble en marqueterie, avec une tablette pour manger, une coulisse pour écrire, et un tiroir au-dessous. Pierre revint se mettre philosophiquement à Touvrage, et, le valet de chambre l'aidant, ils renversèrent la table pour examiner la cassure. Ils Ti* dèrent le tiroir ; le valet recueillit dans une corbeille tin paquet de journaux et de vieux papiers, et Pierre prit la table sur son épaule pour l'emporter à Tatelier.
Quand il eut fini de la raccommoder, il secoua le tiroir pour le nettoyer avant de le remettre ; et alors il aperçut une carte engagée dans une fente et sortant à demi. Il l'en tira tout à fait, et, au moment de la jeter comme une chose inutile, il fut frappé de sa forme bizarre. Ce n^ estait qu'une moitié de carte, mais elle était taillée en biseau à plusieurs reprises, d'une manière qui paraissait systématique. Pierre, qui savait le comte fort versé dans la géométrie, chercha s'il n'y avait pas là quelque problème de cette science; mais il ne put y rien trouver de semblable et mit la carte dans sa poche, pensant que peut-être Yseult, dans un moment de rêverie, Pavait découpée au hasard. — Qui peut savoir, se demandait-îl, quelles pensées l'ont agitée secrètement lorsqu'elle s'est
DU TOUR DB FRANCE. tffi
abandontiée h cette préoccupation? et comme, après tout, rien ne se fait au hasard, la forme de cette découpure renferme peut-être d'une manière symbolique tous les secrets de son âme.
Achille Lefort lui avait annoncé la veille qu'il passerait quelques jours à Yillepreux, ayant d'anciens comptes à régler avecTéconome, relativement à la cave duch&teau. Pierre et lui s'étaient donné rendez-vous dans le parc pour le soir. Il faisait encore jour lorsque Pierre se rendit à l'endroit convenu, et, en l'attendant, se mit À considérer sa carte avec attention. C'est alors que des idées confuses lui revinrent à la mémoire. Il avait suivi avec intérêt, dans les journaux de Tannée précédente, la procédure des sergents de La Rochelle. Il avait lu les réquisitoires fanatiques ou emphatiquement éloquents du pro-> cureur général Bellart et de Tavocat général Marchangy. La révélation des nombreux détails relatifs aux secrets de la Charbonnerie l'avait frappé. Voyant venir à lui Achille Lefort, il eut l'inspiration soudaine de lui présenter cette carte, en lui disant avec assurance : — Connaissez-vous cela ?
— Quoi I que vois-je I s'écria le commis voyageur ; nons étions cousins, et vous me l'aviez caché? Eh bien I vous vous êtes admirablement moqué de moi I Mais qui eût pu deviner cela? Vous me tâtiez donc? Vous étiez donc chargé de me surveiller, de me sonder? Avait-on des doutes sur mon compte? Vraiment, je crois faire un rêve ! Parlez donc, répondez-moi !
— Si nous ne sommes pas cousins, nous sommes en chemin de le devenir, répondit Pierre, qui, en voyant la stupéfaction naïve d'Achille, avait bien de la peine à s'empêcher de rire. C'est le comte de Villepreux qui m'a confié ce signe, afin que je puisse m'entendre plus vite avec vous.
— Mais si vous n'êtes pas initié, reprit Achille de plus en plus étonné, ceci est contraire à toutes les règles.
— Apparemment, poursuivit Pierre, qu*il a le droit d'agir ainsi.
— Mais point du touti s*écria Fautre. Il a beau être affilié à la Vente Suprême, il ne lui est pas permis de confier ainsi nos signes et nos secrets. Je vois bien que le vieux poltron jette le manche après la cognée» ou que la peur lui trouble la cervelle au point de ne plus savoir ce qu'il fait ! Je devais m'attendre à quelque chose comme cela, après tout ce qu'il m'a dit hier. La nouvelle du Trocadéro Ta démonté tout à fait , il croit que tout est perdu. Il avait déjà assez de souci au commencement de la guerre. Il n'est venu se réfugier dans son vieux donjon que pour se tenir à l'écart des événements, et maintenant il voudrait se cacher avec ses chats-huants dans les fentes de ses murs armoriés I Voilà les hommes ! quand ils ont eu un moment du courage» ils ont un redoublement de lâcheté tout aussitôt. Ma foi, je ne comprends pas la folie d'un comité directeur qui espère tirer quelque chose de ces vieux nobles I Comme sMls pouvaient oublier la Terreur, et comme s'ils pouvaient faire autre chose que de gâter nos plans et déjouer nos manœuvres! Pardon, maître Pierre, je ne dis pas cela par méfiance de vous. Je vous sais aussi loyal, aussi discret que le meilleur d'entre nous. Mais enfm il n'est permis à aucun de nous de se jouer de ses promesses et de nos secrets.
— Rassurez-vous et apaisez-vous, monsieur Lefort, répondit Pierre. Personne ne m'a donné cette carte. Je l'ai trouvée au fond d'un tiroir; et si quelqu'un m'a révélé les secrets de l'association, c'est vous, qui venez de m'en dire beaucoup plus long que je n'en demandais.
— Ah çà, vous vous jouez donc de moi? dit Achille avec des yeux brillants de dépit et un ton qui semblait
voulok le prendre xm peu plus haut que de coutume.
— Tout doux, mon maître, répondit Pierre. Repre*^ nez cette carte : elle ne peut me servir à rien, et vos secrets ne me paraissent pas très-compromis par la découverte de cette babiole. Âmusez-vous de ces choses; je' n'ai pas le droit de m*en moquer, moi qui suis lié par des puérilités du même genre à une société plus secrète, plus vaste, plus solide et plus croyante que la vôtre.
— Vous semblez me donner des leçons, maître Pierre, reprit Achille tout à fait fâché. Quelque estime que j'aie pour vous , je ne vous reconnais pas ce droit. Si vous étiez ignorant et grossier comme la plupart de vos pareils, je pourrais me placer, par le silence de la pitié, au-dessus de vos mauvaises plaisanteries. Mais du moment que je vous regarde comme mon égal par l'éducation et le raisonnement, je vous déclare que je ne serai pas plus patient avec vous que je ne le serais avec un de mes camarades.
— Monsieur Lefort, répondit Pierre avec le plus grand calme, je vous remercie des expressions flatteuses dont vous accompagnez vos menaces ; mais j'y vois percer Torgueil de l'homme qui met son gant avant de donner un soufflet. Allons, je serai plus fler que vous, je vous tendrai la main en vous déclarant que je regrette de vous avoir blessé.
— Pierre, dit Achille en pressant affectueusement la main de Touvrier» je sens que je vous aime ; mais faites, je vous en prie, que cette amitié ne soit jamais brisée par l'orgueil de l'un de nous.
— Je vous adresse la même prière, dit Pierre en sou* riant.
-—Mon rôle est plus difficile quele vôtre, reprit Achille. Vous êtes le peuple, c'est-à-dire l'aristocrate, le souverain, que nous autres conspirateurs du tiers état nous venons implorer pour la causede la justice et de la vérité.
Vous nous traitez en subalternes ; vous nous quéstkniiimi avec hauteur, avec méfiance; tous nous demandez si nous sommes des fous ou des intrigants ; vous nous faite* subir mille alTronts, convenez de cela« Et quand nous ne poussons pas l'esprit de propagande jusqu'à l'humilité ehrétienne> quand notre sang tressaille dans nos veines, et que nous prétendons être traités par vous comme vos égaux, vous nous dites que nous n'étions pas sincères, que nous portons au dedans de nous la haine et l'orgueil; en un mot, que nous sommes des Imposteurs et des lâches qui descendons à vous implorer pour vous exploiter. Le gouvernement a adopté ce système de calomnies pour nous déconsidérer auprès de vous, pour détacher le peu*» pie de ses amis, de ses seuls amis ; et vous vous jetez ainsi dans le piège absolutiste* Ce n'est ni généreux ni sage.
•— ' Vous dites là d'excellentes vérités au point de vue où vous êtes, reprit Pierre. Mais il y a beaucoup à répondre pour nous justifier. Même en ce qui vous concerne, vous autres hommes sincères, je pourrais vous oIh jecter que vous n'avez pas reçu du ciel la mission de nous agiter et de nous soulever, vous qui n'avez jamais réfléchi sérieusement à notre condition, et qui, tout ai la plaignant, ne savez nullement le moyen de la changer. Je pourrais vous dire encore que vous contractez, dans le métier que vous faites (car c'est un métier , passe»moi Texpression), des habitudes tout aussi jésuitiques, dans leur genre, que celles que vous attribuez à un gou-* vernement corrupteur. Vous nous faites légèrement des promesses que vous savez bien ne pouvoir pas tenir; puis vous nous observez, vous pénétrez en nous, vous vous instruisez de nos faiblesses, de nos erreurs, de nos vices; et quand vous avez supporté quelque temps ce rude cou* tact avec le peuple, comme l'esprit de charité et d'enset^
gnement n^est pas réellement en vous, comme vous êtes tourmentés d'idées purement politiques et nullement morales, vous vous dégoûtez et vous retirez de nous en disant: «J'ai vu le peuple, il est féroce, il est abruti, il en a pour des siècles avant dJ.ôtre propre à se gouverner tui-même. Prenons garde au peuple, mes amis, n'allons pas trop vite. Le peuple est derrière nous, prêt à nous déborder. Malheur à nous si nous lâchons la bête enragée... 1^ *— Nous ne disons pas cela 1 s'écria Achille. *-^ Vous le dites ; vous ne pouvez pas vous empêcher de récrire et de le publier ; vos journaux sont pleins des protestations de vos avocats et de vos orateurs qui nous renient et nous méj[rrisent. Croyez-vous donc que nous ne les lisions pas, vos journaux? « Le peuple, dites-vous, ee n'est pas cette vile populace qui hurle dans les attroupements, qui demande le sang et le pillage, qui mendie> un bâton à la main, prête à arracher la vie à quiconque ne Hvre pas sa bourse. Le peuple, c'est la partie saine de la population, qui gagne honnêtement sa vie, qui respecte les droits acquis, cherchant â mériter les même3 droits, non par la violence et l'anarchie, mais par la persévérance au travail, l'aptitude â s'iQstruire et le respect aux lois du pays, p Voilà comme vous dé&nissez le peuple, et comme vous endo^ez sa livrée des dimanches pour vous présenter devant les tribunaux, devant les charnbres et devant tous ceux qui ont le moyen de s'abonner à vos feuilles. Mais l'habit grossier que porte le travailleur dans la semaine, mais ses plaies horribles, s^s maladies honteuses et sa vermine ; mais ses indignations profondes quand la misère le réduit aux abois, mais ses trop justes menaces quand il se voit oublié et foulé ; mais ses délires affreux lorsque le regret de la veille et l'effroi du lendemain le forcent 4 àoire, comme i dit un
de vos poètes, YoiAli des douleurs (l) ; mais tout ce qu'il y a de rage, dedésordre et d'oubli de soi-même dans le fait de la misère, vous vous en lavez les mains ; vous ne connaissez pas cela; vous rougiriez de le justifier; vous dites : a Ceux-là sont nos ennemis aussi ; ils sont l'épouvante et Topprobre de la société, d Et pourtant, ceux-là aussi, c'est le peuple ! Effacez ses souillures, remédiez à ses maux, et vous verrez bien que ce vil troupeau est sorti des entrailles de Dieu tout aussi bien que vous. C'est en vain que vous voulez faire des distinctions et des catégories ; il n'y a pas deux peuples, il n'y en a qu'un. Celui qui travaille dans vos maisons, souriant, tranquille et bien vêtu, est le même qui rugit à vos portes, irrité, sombre et couvert de haillons. La seule différence, c'est que vous avez donné de Touvrage et du pain aux uns, et que vous n'avez rien trouvé à faire pour les autres. Pourquoi, par exemple, vous, monsieur Lefort, me mettez-vous sans cesse, dans vos éloges, en dehors de la famille? Vous croyez m'honorer? nullement, je ne veux point de cela. Le dernier des mendiants est mon pareil, à moi. Je ne rougis point de lui, comme beaucoup d'entre nous à qui vous avez soufflé, avec vos habitudes de bien-être, votre ingratitude et votre vanité. Non, non ! ce misérable n'est pas d'une caste inférieure à la mienne; il est mon frère, et son abjection me fait rougir de l'aisance où je vis. Sachez bien cela, monsieur Lefort: tant qu'il y aura des êtres humains couverts de la lèpre de la misère, je dirai que vous n'avez rien fait de bon avec vos conspirations, vos chartes bourgeoises et vos changements de cocarde.
— Mon cher Huguenin, dit Achille avec émotion, vous avez de grands sentiments ; mais vous êtes trop pressé de
> M. (le Senancour, Ohermann,
nous accaser. Croyez-vous qu'il soit si facile d'être médecin de Thumanité morale, et de trouver sans hésiter et sans faillir le remède à tant de maux?
— Est-ce donc chercher le remède que de détourner les yeux avec horreur et de se boucher le nez, en disant qu'il n'y a que corruption et infection dans Tinflrmerie? Que penseriez-vous d'un carabin qui ne pourrait voir sans s'évanouir de dégoût un membre gangrené? seraitce là du dévouement? serait-ce seulement l'amour delà science? serait-ce l'indice d'une vocation réelle? Eh bieni osez donc descendre dans les léproseries de Thumanité morale, comme vous dites ; osez donc sonder de vos mains l'abime de nos maux, et ne perdez pas le temps à dire que cela est horrible à voir ; songez à y porter remède : car je n'ai jamais vu un médecin, si paresseux et si borné qu'il pût être d'ailleurs, abandonner un malade sous le prétexte qu'il était trop dégoûtant pour être guéri.
Maintenant, si je passe des républicains sincères^ mais légers, à ceux qui ne sont ni l'un ni Tautre, où trouverai-je des paroles pour les flétrir 1 J'en ai connu quelques-uns, voyez- vous, quoique je n'aie guère fréquenté d'autre société que celle de l'atelier. Ce médecin avec qui vous m'avez fait souper chez le Vaudois, n'estce pas là un homme qui, en cas de révolution, a un personnage puissant, un prince du sang royal peut-être, dans sa poche, pour remplacer au plus vite celui qu'on aura culbuté? Et sans aller bien loin, votre député consphrateur, votre affilié à la Vente Suprême, votre vieux comte de Villepreux, avec qui vous faites, j'en suis sûr, plus de politique que de commerce, ne venez-vous pas de m'en faire un portrait fidèle ?
— J'ai peut-être été trop loin ; je l'accusais, dans mon tîmportement, d'une faute qu'il n'a pas commise.. •
— N'essayez pas de le réhabiliter dans mon estime.
su LE GOUPAiGNON
J*ai eausé avec lui pendant une heure aujourd'hui. Pai vu le fond de sa conscience. Il y a pied partout, je voos assure, pour quiconque aime à suivre sans fatigue et sans danger le courant de la fortune.
Ici Pierre raconta son entrevue avec le comte» saas dire toutefois quelle circonstance romanesque avait provoqué ce rapprochement. Son récit fit beaucoup réfléchir le bon Achille. Il se demandait ce qu'il eût pu répondre à la question que Partisan avait adressée au vieux riche, et cependant il ne pouvait rien objecter contre le droit qu'avait l'artisan de poser ainsi le problème de la propriété.
>— Il est certain, dit«il, que c'est une question bien grave, et qui demandera aux hcmimes du temps et do génie.
— Et du cœur, reprit Pierre ; car avec rinteUigenee seule vous ne trouverez jamais rien.
-— ' Et sans elle, pourtant, à quoi sert le dévouement? l^ie faut-il pas que les hommes supérieurs à la masse par la science et la méditation viennent au secours du peuple pour l'éclairer sur ses véritables intérêts?
— Ne vous servez pas de ce mot-là, monsieur Achflle. Nos véritables intérêts, grand Dieu I nous savons bien ce que cela veut dire dans les idées de vos Aitors l^gisla* teursl
— » Mais enfin, Pierre, vous ne vous méfiez pas de mot?
— - Non, certes, mais je ne crois pas en vous, car vous n'en savez pas plus long que moi qui ne sais rien.
— - Ayons donc recours et confiance aux homoies su*pârieurs.
-^ Où sont-ils ? qu'ont-ils fait ? qu'ont-ils enseignét Quoi ? vous les avez entendus, vous agissez sous leurs ordres, vous travaillez à leur profit, et vous ne savez rien, et vous n'avez rien à me dire de leur part ? Ds ont un secret, et ils ne le confient pas à leurs adeptes? elib
le laissent pas seulement entrevoir au peuple? Ce sont donc les brahmes de Flnde?
— Vous avez une logique cruelle et décourageante^ maître Pierre. Que faut*il donc faire, si personne ne sait ce qu'il fait et ce qu'il diti faut-il se croiser les bras et attendre que le peuple se délivre lui-même? croyez-vous qu'il y parvienne sans conseils, sans guides, sans règle?
*— Il y parviendra pourtant, et il aura tout cela. Sa règle, il la fera lui-même ; ses guides, il les tirera de son propre sein ; ses conseils, il les puisera dans l'esprit de Dieu qui descendra sur lui. Il faut bien un peu compter sur la Providence.
— Ainsi vous repousseriez toute espèce de lumière venant des chefs du libéralisme ? Parce qu'un homme aura de la célébrité, des talents et de Tinfluence sur les classes moyennes, le peuple se méfiera de lui?
*— Le jour où un tel homme viendra nous dire : On vante mon mérite, on admire mon savoir, on plie sous ma puissance; mais écoutez bien mes enfants : ma science, ma force ou mon génie ne me constituent aucun droit qui vous soit nuisible. Je reconnais donc que le plus simple d'entre vous a droit, tout aussi^bien que moi et les miens, au bien-être, à la liberté, àrinstruction; que le plus faible parmi vous a droit de réprimer ma force si j^en abuse, et le plus obscur de repousser mon avis s'il est immoral; enfin que je dois faire preuve de vertu et de charité, pour être à mes propres yeux comme aux vôtres, grand savant, grand souverain, ou grand poète;... oh! que ceux qu'on appelle grands hommes viennent nous dire cela ! nous nous jetterons dans leur sein, comme dans le sein de Dieu; car Dieu ne crée pas par la science et par la force seulement, il crée aussi par Famour. Mais tant que, méprisant la grossièreté de notre entendement ^ ils nous parqueront comme des bêtes dans un clos où il
n'y a pas même de Therbe à brouter, où nous ne pouvons tenir tous sans nous écraser et nous étouffer les uns les autres, et dont pourtant nous ne pouvons pas sortir parce qu'on a mis partout des soldats pour garantir de nos mains les beaux fruits de la terre» nous leur dirons : Taisezvous, et laissez-nous sortir de là comme nous pourrons. Vos conseils sont des trahisons, et vos triomphe!^ sont des outrages. Ne marchez pas sur nos chaînes d*un air superbe ; ne vous promenez pas dans nos rangs consternés avec des paroles de fausse pitié à la bouche. Nous ne voulons rien faire pour vous, pas même vous saluer; car vous qui nous saluez bien bas quand vous avez peur ou besoin de nous, vous savez bien que vous n'avez pas dans le cœur la moindre envie de remettre dans nos mains vos trésors, votre puissance et votre gloire.. Voilà ce que nous dirons à vos hommes d'intelligence I
— Mais tout ce que vous mettez dans la bouche de rhomme qui demande au peuple sa force et son illustration, je le sens dans mon cœur. Si j'ai de tels sentiments, moi serviteur obscur de la cause, pouquoi ne voulezvous pas que de nobles intelligences les aient au plus haut degré ?
— Parce que, jusqu'à présent, cela ne s'est pas montré ; parce que j'ai lu tout ce que j'ai pu lire, et que je n'ai pas seulement aperçu ce que je cherchais; parce que j'ai trouvé orgueilleuses, cruelles et antihumaines toutes les solutions données par vos grandsesprits passés et présents.
•— C'est qu'aussi vous êtes trop dans l'idéal ; vous en demandez plus aux hommes qu'ils ne peuvent fahre. Vous voudriez des chefs et des conseils qui résumassent en eux l'audace de Napoléon et l'humilité de Jésus-Christ. C'est un peu trop exiger de la nature humaine en un jour; et d'ailleurs, si un tel homme venait, il ne serait pas compris. Vous raisonnez, vous, et le peuple ne raisonne pas.
— Le peuple raisonne mieux que voui^ne pensez; et la preuve, c'est que vous ne pouvez pas réussir à Tagiter.
; Il sent que son heure n*est pas venue. Il aime mieux supporter ses maux quelques jours de plus, que de soulever son flanc meurtri pour se meurtrir de l'autre côté en changeant de posture. Il attend que la voûte s'élève et qu'il puisse se tenir debout. Et savez-vous de quoi est faite cette voûte? De bourgeois d'abord, et de nobles pardessus. Bourgeois, secouez vos nobles s'ils pèsent trop sur vous; c'est votre affaire. Nous vous aiderons, s'il nous est prouvé quelque jour que cela nous soulage. Mais si vous pesez autant qu'eux, gare à vous I nous vous secouerons à notre tour.
— Mais que ferez-vous donc jusque-là?
— Ce que vous nous conseillez. Nous travaillerons de toutes nos forces pour ne pas mourir de faim, et nous trouverons encore moyen de nous secourir les uns les autres. Nous conserverons entre ouvriers notre Compagnonnage, malgré ses abus et ses excès, parce que son principe est plus beau que celui de votre Charbonnerie. 11 tend à rétablir l'égalité parmi nous, tandis que le vôtre tend à maintenir l'inégalité sur la terre.