SCÈNE VI Robert seul, puis Le Petit-Ronein
Robert, apitoyé. — C'est lui, dans sa colère!... Ai-je le droit de lui en vouloir? Non 1 (Avec émotion.) Je le garderai précieusement, en souvenir de lui... Je le mettrai dans une vitrine.
Le Petit-Ronein, entrant du fond. — J'ai téléphoné à mon premier clerc. (Apercevant Robert.) Le Baron !
Robert, à part. — L'avoué de la famille.
Le Petit-Ronein, se contenant à peine. — ■ Monsieur, Madame Monicourt a trouvé dans votre poche une lettre...
Robert, l'interrompant. — Qui ne laisse aucun doute sur la nature de mes relations avec la Comtesse de Ballancourt; parfaitement, mon cher maître, parfaitement I
Le Petit-Ronein. — Il avoue !
Robert. — J'ajouterai que je pars tout à l'heure avec elle.
Le Petit-Ronein. — Vous partez avec la Comtesse?
Robert, d'un ton dégagé. — Un petit voyage d'agrément ! Inutile de vous dire qu'ayant tous les torts vis-à-vis de ma femme, je ne me défendrai même pas. Je vous demanderai seulement de ne pas prononcer au procès le nom de la Comtesse, à cause de son père.
Le Petit-Ronein. — De son père?
Robert. — Je veux dire de son ami... un ami qui n'est pour elle qu'un père !
Le Petit-Ronein, suffoqué. — Un père ! Elle vous a dit?...
Robert. — En ce moment, elle lui écrit qu'elle va passer un mois chez sa mère.
Le Petit-Ronein, s' efforçant de rire. — Chez sa mère!... Et il ne se doutera de rien, le père?
Robert. — Naturellement... Je le vois d'ici... quelque vieux gâteux... (Le Petit-Ronein lui flanque une gifle.) Monsieur !
Le Petit-Ronein.— C'est moi, le vieux gâteux, Monsieur !
Robert. — Hein?... Lui, c'est lui!...
Le Petit-Ronein. — Oui, "Monsieur, c'est moi ! Passe encore de me tromper, mais aller raconter que je ne suis qu'un père!... (Sortant par le fond.) Ah! qu'est-ce 'qu'elle va prendre I