‹ Le compositeur et le correcteur typographesChapitre 16 sur 88 · X >SN · texte numérisé non relu

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donnons cî-contre est celui d'une police de français moderne ^ Il peut servir de point de départ pour rétablissement de polices spéciales. C'est au maître imprimeur qu'il appartient de préciser, auprès du fondeur, les modifications qu'il croit utile d'y apporter suivant les besoins. Par exemple, si le caractère doit servir à la composition de textes latins, il &udra forcer sur les a, les i, les m, les s, les œ, les œ ^ s'il s'agit de vieux français, les 0, les z, les s devront être plus abondants.

Lorsque, par suite de compositions de nature différente, une ou plusieurs sortes,, ayant roulé beaucoup plus que les autres, viennent à manquer, il y a souvent avantage à demander au fondeur un assortiment, de façon à équilibrer autant que possible les quantités.

Les commandes de caractères destinés aux labeurs^ se faisant au kilo, il est utile de savoir qu'une fonte de ^ 00,000 lettres pèse environ :

En Six

60 kil.

En Sept ....

En Huit ....

En Neuf. . . .

En Dix ....

En Onze ....

En Douze . . .

En Quatorze . .

1. Les polices de français sont soumises à bien des divergences entre toutes les fonderies. Il était, on le comprend, impossible d'établir une règle immuable sur un terrain aussi mouvant. L'important est de ne point dépasser les moyennes limites, et, à cet égard, toutes les polices que nous avons consultées, quoique différentes, nous paraissefll également bonnes ; les plus opposées peuvent même devenir, suivant le cas, tour à tour les meilleures.

2. On appelle labeurs, en termes d'imprimerie, les ouvrages d'une certaine étendue et souvent tirés à grand nombre, par opposition aux trùxaux de ville.

Cette évaluation n'est qu'approximative, puisque les mêmes corps peuvent avoir différentes épaisseurs. Nous supposons ici une épaisseur moyenne.

Pour établir une feuille in-8 raisin, composition ordinaire, interUgnée à deux points, il faut au minimum 50 kilos de caractères.

On ne compte pas les blancs dans les quantités cidessus. On les ajoute ordinairement à la fonte demandée dans la proportion de 20 pour >I00, c'est-à-dire qu'une fonte de 100 kilos comportera Paddition de 20 kilos de blancs, dont 10 kilos d'espaces et 10 kilos de cadrats.

Le petit tableau suivant résume la police que nous venons de donner^ il permet d'embrasser d'un coup d'œil les sortes qui figurent pour les mêmes quantités :

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La composition n'est que le premier degré dans la confection d'un livre. Il s'agit maintenant d'utiliser les paquets et d'en former un ensemble propre à être imprimé suivant les règles du goût et de la logique, de manière à flatter à la fois l'œil et l'esprit du lecteur. C'est l'office du metteur en pages.

Avant d'entrer dans le détail des opérations de la mise en pages, il est utile *de faire connaître les rapports ordinaires des compositeurs avec le metteur. Ce dernier a d'habitude à son service une équipe de plusieurs |)agwetiers, chargés de préparer, pour nous servir d'une comparaison, les pierres de l'édifice dont il sera Tarchitecte. C'est dire qu'il devra posséder dans son art des connaissances plus étendues que les membres qu'il fait agir : il sera moralement responsable de son ceuvre.

Le manuscrit à composer lui est remis directement par l&prote^, qui lui transmet les conventions arrêtées avec l'auteur relativement au format, aux caractères à employer pour le texte, pour les intercalations et les notes, à la justification, à l'interlignage, à la longueur des pages, points importants qui se décident ordinairement sur des spécimens préalablement établis. Les autres

i. Proie vient du ^rec irpcoTOC, premier, et désigne celui qui, sous les ordres de Timprimeur, est chargé de la direction de tous les travaux et du main^ tien de Tordre dans rétablissement. C'est lui qui embauche ou débauche les ouvriers. Certaines imprimeries ont des sous-protes. On appelle prote à tablier celui qui, dans une maison de moyenne importance, est chargé d'une mise en pages ou s'occupe à tous autres travaux manuels.

questions sont le plus souvent tranchées par Tinitiative du metteur en pages, qui, s'il est vraiment habile, exercera par la suite une salutaire influence sur les décisions de Fauteur. A lui revient particulièrement le soin d'examiner TensemUe de la copie pour en reconnaître les divisions et subdivisions, et reproduire par des caractères de forces proportionnelles leurs relations respectives. Une infinité de détails , relatifs aux règles habituellement suivies en typographie, peuvent se présenter dans le cours de l'impression et devenir l'objet de difficultés souvent plus apparentes que réelles. C'est à lui surtout qu'il appartient de les^ résoudre, et rarement sera-t-il besoin d'argumenter auprès d'un auteur pour faire prévaloir une idée qui aura été le résultat d'une solide expérience.

Ces bases d'opération une fois bien établies, le metteur en pages distribue à. ses paquetiers un certain nombre de feuillets de copie, dont il a auparavant vérifié la pagination, et il inscrit le nom de chacun d'eux à l'endroit précis où ils doivent commencer. Il leur donne en même temps les instructions nécessaires pour la marche à suivre. La copie devra être répartie à peu près également et en quantité moyenne, afin que le raiiraj^age d'un compositeur sur le suivant puisse avoir lieu dans un délai convenable pour assurer l'achèvement rapide d'une feuille.

Une feuille comprend quatre pages dans l'in-folio, huit dans l'in-quarto, seize dans l'in-octavo, vingtquatre dans l'in-douze, trente-six dans Tin-dix-huit. Une forme est la moitié d'une feuille. Les deux formes représentent les deux côtés d'une feuille imprimés l'un après l'autre, le côté en blanc et le côté en retiration.

Lorsque la composition d'une feuille est complète, le metteur en pages réunit les feuillets de copie que chaque compositeur lui aura remis au fur et à mesure de leur achèvement-, il en vérifie Tordre et prend possession des paquets pour en former des placards. Cette opération consiste à mettre en colonnes la totalité de la composition pour en faire épreuve, en Vivant Tordre rigoureux de la copie, et en intercalant les notes, les titres et, s'il y a lieu, les tableaux, dont la composition est faite le plus souvent par le metteur lui-même. Au moyen d^une longue galée qui lui servira pour mettre en pages, il établit plusieurs colonnes de la longueur du châssis qui doit les contenir, et il les sépare à Taide de bois ou de garnitures, de façon à réserver des marges pour Tindication des corrections. Chaque placard ainsi constitué doit porter en tête de la première colonne un numéro d'ordre avec le titre de Touvrage et le nom du metteur en pages. Il faut le plus souvent deux châssis pour renfermer la composition d'une feuille in-8.

Ces formes sont remises ensaïtddia faiseur d' Neuves,

Quelquefois on se borne à faire épreuve en paquets ; ce système est plus long et fkit courir plus de risques de mettre en pâte, mais il ne nécessite pas un matériel de châssis aussi considérable * .

L'épreuve passe de suite avec la copie aux mains du correcteur en premières. Après que les corrections ont

1. L*épreuTe en paquets se fait le plus souvent sur la presse manuelle, mais quelquefois aussi sur le marbre, à l'aide d'une brosse plate avec laquelle on frappe à petits coups sur la feuille de papier mouillée, placée sur la composition que l'on a préalablement recouverte d'encre. Cest surtout dans cette opération qu'il faut veiller à ne pas coucher la lettre en la frappant obliquement ou trop fortement»

été effectuées sur le plomb par chacun des compositeurs, de nouvelles épreuves sont faites pour Tauteur, qui reçoit successivement, suivant le besoin, une première, une deuxième, une troisième d'auteur, et quelquefois plus, jusqu'à ce que le texte ait été amené à son état à peu près définitif. C'est alors seulement que doit commencer Pœuvre de la mise en pages sur Tordre même de Tauteur.

La mise en pages proprement dite consiste, une fois les dernières épreuves d'auteur corrigées, à diviser la composition en paquets de la longueur qu'on est convenu de donner aux pages, en tenant compte des intercalations de titres^ notes, etc., et des additions de lignes de pied, titres courants et blancs, conformément aux règles typographiques consacrées par Tusage et le bon goût, et dont nous parlerons plus loin.

Le metteur en pages se sert d'une galée plus longue et plus large que celle de la composition ^ et d'une réglette de longueur, en bois ou en plomb, sur laquelle sont marquées des encoches indiquant la longueur précise des pages de chaque labeur qui lui est confié.

Il compose d'abord les lignes de folios et de titres courants, en commençant par les dernières de la feuille, afin que, placées dans cet ordre sur une galée, les premières à prendre se trouvent en dessus. A la suite de chacune de ces lignes, il intercale une ligne de cadrats ou ligne de pied, destinée à figurer au bas de chaque page et à être remplacée, au besoin, par une ligne de

i. Il est une autre espèce de galée que l'on appelle violon. Elle est beaucoup plus longue que celle de la mise en pages , mais n'est pas moins utile pour le placement des lignes de réserve et pour tout service accessoire.

texte pour former une page longue. Cette ligne blanche reçoit aussi la signature, c'est-à-dire l'indication numérique qui fie place à la première page de chaque feuille et de chaque cahier de feuille pour en indiquer Tordre au brocheur et guider ce dernier dans le pliage.

Voici comment le metteur trouve, au début d'un ouvrage, le point précis de l'encoche sur sa réglette de longueur. Il délie sur sa galée le premier paquet de texte dont il compte le nombre de lignes convenu, repousse les lignes en trop vers l'extrémité de la galée, place en tête la ligne de folio accompagnée des interlignes de blanc réglementaires , et en pied la ligne de cadrais qui doit former, par elle-même ou par l'addition d'interlignes, la force de corps du texte. Il applique alors la réglette sur l'extrémité des lignes dont il assure l'aplomb et réduit à néant l'élasticité, puis y pratique une entaille au niveau de la surface extérieure de la ligne de pied -, cette entaille sera désormais, pour toutes les pages du même labeur, la mesure exacte de leur longueur.

L'expérience démontre que, malgré le soin que l'on prend pour obtenir à toutes les pages identité de longueur, il se produit quelquefois de légères différences, qui se remarquent, au tirage, lors de rétablissement du registre. Il faudrait, pour obvier à cet inconvénient, ramener toujours par le calcul la longueur des pages à la même mesure en prenant pour unité le point typographique. La réglette viendra ensuite confirmer l'exactitude de l'opération.

Supposons, par exemple, des pages devant avoir 40 lignes de Dix interlignées à 2 points \ chaque ligne représentera 42 points, et 40 lignes 480 points. S'il se

présente dans une page des intercalations de titres, de tableaux, de notes, on en exprimera la valeur en points qui seront additionnés avec le nombre de points des lignes de texte, et Ton pourra toujours parfaire exactement, par addition ou suppression d'interlignes dans les blancs, le total exigé pour toutes les pages de 480 points. Telle est la façon la plus sûre d'opérer, sinon la plus expéditive.

Ajoutons cependant que ce critérium pçut être quelquefois mis en défaut par le fait même des fondeurs, qui ne se piquent pas tous au même degré d'exactitude mathématique. La plus légère défectuosité dans les interlignes, dans les filets, peut alors, en se reproduisant plusieurs fois dans ime même page, amener des écarts d'un point, deux points, et même plus, entre le résultat cherché et le résultat obtenu. Le moyen que nous recommandons ne sera donc le meilleur qu'à la condition de reposer sur la perfection du matériel employé.

Les pages , une fois liées , sont placées sous le rang dans Tordre suivant, toutes prêtes à être imposées pour le tirage :

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