‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 136 sur 369 · Ib · texte numérisé non relu

Ib

3. Die Aufgaben Oesterreichs. Résumé dans Unsere Zeil, 1865, 713-5.

rénovation, une transformation complète. A l'intérieur, rompre avec l’étroit esprit de réglementation, de surveillance, de police, centralisation réactionnaire, de bureaucratie absolutiste ; rompre avec cet esprit sur tous les terrains, politique, administratif, économique : rendre aux communes et aux provinces toute l’autonomie possible sans inconvénient pour l État ; créer un Parlement, mais un vrai, et non une réédition des anciennes Diètes impuissantes ; exciter par la liberté et la concurrence l’activité économique : à cette fin, et pour assurer la grandeur de la monarchie, faire entrer l'Autriche dans le Zollverein ; et, pour faire réussir ce plan, pour conquérir les sympathies allemandes, cesser d'apparaître en Allemagne comme la puissance réactionnaire, ennemie naturelle des États constitutionnels. Mais, pour opérer une véritable réforme à l’intérieur, il faut avant tout modifier les traditions de la politique extérieure, Il faut que l'Autriche diminue ses prétentions pour les égaler à ses forces : si elle se gaspille moins à des tâches impossibles et pour des causes étrangères, si elle mesure exactement ses intérêts pour s'y consacrer tout entière, elle gagnera à ces sacrifices d'acquérir en réalité une situation extérieure plus solide et plus considérée. Pour se réformer, il lui faut donc avant tout secouer l'influence de traditions diplomatiques vieillies et de la coterie ignorante, suflisante, prétentieuse et nulle qui en fait son credo. et qui, malheureusement, a toujours dirigé la haute politique de la monarchie. — Avec une rare perspicacité et une franchise encore plus rare, la brochure découvre donc et signale les deux grands ennemis d’une saine politique autrichienne, vraiment et uniquement autrichienne : l’idée de la «situation de puissance », cette chimère d'une grandeur imaginaire à laquelle a toujours été sacrifiée la force réelle de la monarchie, et la clique qui exploite cette idée pour perpétuer son pouvoir.

Mais ni l’une ni l’autre n'était encore mûre pour la chute. L'influence dominante dans le gouvernement était exercée non par Bruck, mais par le ministre des affaires étrangères, Rechberg. Élève de Metternich, et bien inférieur comme esprit à Bruck, il s'était fait ses idées sur l'Autriche dans les cours étrangères et à la présidence de la Diète germanique. Premier ministre de la monarchie dans une crise grave, s’il ne négligeait pas entièrement les questions intérieures, la politique extérieure lui paraissait cependant bien plus importante. Il la menait dans le même esprit qu'avant la guerre. La paix de Zurich n'avait pas tenu les promesses de Villafranca. L’Autriche, forcée d'abandonner la Lombardie,

avait compté sur la Confédération italienne, dont le pape aurait la présidence, pour exercer encore son influence en Italie, et empécher de nouveaux agrandissements de la Sardaigne ; elle était déçue par les progrès de l'unité italienne, Les votes populaires qui, dans toute l'Italie centrale, appelaient la maison de Savoie aux trônes occupés jusqu'alors par ses archiducs. Rechberg passa la fin de 1859 et les premiers mois de 1860 à combiner des projets de revanche, l’'écrasement de Victor-Emmanuel ; mais le débarquement de Garibaldi à Marsala fit échouer tout son plan. L'Autriche se trouva réduite à la Vénétie, dont elle sentait elle-même la possession précaire. En Allemagne, ses relations avec la Prusse étaient tendues ; n'ayant pas dans le péril obtenu de sa rivale un appui sans conditions et sans compensations, elle'se croyait et se disait trahie par elle ; elle continuait pourtant à refuser tout partage, même le plus modeste, de l'hégémonie dans la Confédération. Elle ne pouvait, comme disait le prince régent, s’habituer à ne plus traiter la Prusse en parvenue et à la-reconnaitre pour égale. Ainsi l'ancienne politique extérieure, flottante, dispersée, ambitieuse, continuait sur ses deux théâtres ordinaires, et le ministre dirigeant était trop absorbé par ses intrigues et ses complications pour pouvoir donner aux questions intérieures tout le soin qu'exigeait impérieusement la situation.

Il en apercevait cependant la gravité. Ennemi par toute son éducation et sa tournure d’esprit du système de Bach, il s’inquiétait surtout des dangers que recélait pour la monarchie l’état de la Hongrie. Quatre jours après Solférino, il demanda un entretien au baron Samuel Jésika. L'ancien chancelier aulique de Transylvanie, ami et coniident de Széchenyi, était le chef reconnu du groupe des conservateurs hongrois *. Il parla net au ministre : une seule concession peut satisfaire la Hongrie, la restauration de l’ordre légal, avec les comitats, la Diète, toute la Constitution. — Mais l'unité de la monarchie, condition nécessaire de son existence ? — Restaurez la légalité en Hongrie, établissez dans Le reste de la monarchie un système qui permette à la solidarité d’intérèts de tous les pays d'apparaître en pleine lumière ; le reste se fera de soi. L'absolutisme est visiblement impossible. Si le gouvernement prouve par ses actes, d’une façon indubitable, qu'il a renoncé au système, les conservateurs lui garantissent une marche des événements pacifique et légale. — Jésika quitta Rechberg convaincu

Page 1