‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 18 sur 369 · A l’instigation de la France · texte numérisé non relu

A l’instigation de la France

les Habsbourg n'eussent été plus loin de s'entendre : quatre ans plus tard, leur réconciliation était faite.

Cette dynastie, qui violait si ouvertement les droits de la nation, qui déchaïnait sur elle une si rigoureuse persécution absolutiste et catholique, qui la livrait à un Carafa, pire peut-être que Liechtenstein et les aventuriers qui, après 1620, s'étaient abattus sur la Bohème, avait cependant rendu à la Hongrie un incomparable service : elle l'avait délivrée des Turcs, elle avait affranchi le territoire national, restauré l'intégrité de la couronne. La paix de Carlowitz (1697) ne laisse à la Porte en Hongrie que le banat de Temesvar. Cette reconquête de la Hongrie est un fait capital dans l'histoire de la monarchie ; car elle a entraîné une transformation complète dans les rapports de la nation avec les Habsbourg. Quelques griefs qu'eussent les Hongrois contre leurs rois, ils ne leur déniaient pas le mérite de les avoir relevés et rendus à euxmêmes. Quelques préventions que conservassent les Habsbourg contre ce peuple d'éternels révoltés, ils étaient trop avisés pour ne pas apercevoir quelle force et quelle autorité ils puiseraient dans la possession incontestée de toute la Hongrie pour leur future politique d'expansion orientale. Une école nouvelle, dont le chef était le prince Eugène, le libérateur de la Hongrie, aussi remarquable comme homme d'État que comme général, s’appliquait à diriger vers l'Orient les ambitions de la cour de Vienne, et prêchait la nécessité d'une réconciliation préalable avec la Hongrie. A la confiance nouvelle qu'on lui témoigna, la nation répondit par la confiance : ce furent d'anciens chefs d'insurgés qui prirent l'initiative de la paix. Le traité de Szatmär (1711) mit fin à l'ère des insurrections et ouvrit dans l'histoire des relations de la Hongrie avec les Habsbourg une période nouvelle. Les deux adversaires, ayant mesuré leurs forces, se font des concessions rcciproques. Pour la première fois, ils traitent sans arrière-pensée, parce qu'ils traitent directement, sans médiateurs étrangers intéressés à maintenir entre eux des germes de discorde. La paix de Szatmär est la première qu'aient négociée pour le roi de Hongrie des Hongrois qui possèdent sa confiance. C'est son originalité el la raison de son succès, et c'est le signe aussi qu'une ère nouvelle commence en Hongrie‘.

Pour la première fois, la Hongrie est tout entière soumise à à la dynastie : ni ennemis extérieurs, ni insurgés ne lui en dispu-

Page 1