‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 36 sur 369 · Springer prête à l’archiduc Joseph l’air d’un téblabir · texte numérisé non relu

Springer prête à l’archiduc Joseph l’air d’un téblabir

vicomtes et un assesseur ferré sur les lois; c'est sa pensée que traduisent les instructions données aux ablégats, par lesquelles le comitat exerce sa part d'influence sur les affaires générales du pays.— Mais le véritable pouvoir du comitat n'est pas là ; il réside tout entier dans son rôle d'organe exécutif : l'administration royale par des fonctionnaires permanents n'existe pas en Hongrie, et c’est au comitat seul qu’il appartient de faire appliquer les lois et les ordonnances qui lui sont transmises par la Lieutenance royale. S'il juge une ordonnance contraire aux lois, il use de son droit de remontrances, et provisoirement en suspend l'exécution. Si ses remontrances restent sans effet, c’est une plainte de plus à formuler à la prochaine Diète, et l'instruction des ablégats ne manquera pas de la contenir. L’autonomie administrative du comitat est entière. Contre sa résistance, le pouvoir central ne possède qu'une arme efficace, l'intervention personnelle du roi, qui cite les récalcitrants à comparaître devant lui, «ad audiendum verbum regium. Si le comitat refuse obstinément de céder, et si, recourant aux moyens extrêmes et peut-être illégaux ‘, il suspend volontairement ses fonctions, arrêtant ainsi tout le cours de la vie publique, le gouvernement a une dernière ressource : l'envoi d’un commissaire royal avec des troupes, c’est-à-dire la force. On comprend qu'avant d'y faire appel il épuise toutes les autres. L'autorité des comtes suprêmes pourrait aider à la victoire de la volonté royale: il les incite à résider dans le comitat, à s'y mêler activement aux affaires, à y développer leur influence. Mais les comtes, grands seigneurs qui, par leur situation personnelle, occupent déjà le premier rang dans le comitat, et pour qui leur charge n’est guère qu'une satisfaction d'orgueil ou de vanité, n'ont pas au progrès du pouvoir royal l'intérêt direct qu'y prend, par exemple, un intendant français *. De leur côté, le gouvernement n'obtient pas grand succès. Il réussit mieux en tendant aux familles influentes de la noblesse moyenne l'appât des faveurs royales ; mais le nombre de ceux sur qui peut agir ce moyen de corruption est naturellement restreint. Aussi la force de résistance des comitats ne peutelle pas, en dernière ligne, être brisée ; ils ne cessent pas leur opposition, le plus souvent passive, et il est plaisant de voir les lois mêmes la prévoir *. Ils restent. en face de la haute aristocratie, catholique, dynastique, politique, autrichienne, la forteresse de la 4. Cziräky l’affirme, 0. c., L. c.

Marczali, II. Jôzsef, I, 343.

Erbfolgekrieg, 1, 465, 169.

eo Ke

L'ANCIEN RÉGIME 4x

noblesse moyenne, protestante, nationale, juriste et spécifiquement hongroise : un dicton caractéristique veut qu'en dehors de la Hongrie on ne puisse pas vraiment vivre, extra Hungariam non est vita. Comme la vie de cour épuise peu à peu les ressources des magnats, tandis que par la résidence, l'existence simple, la constante surveillance de ses terres, la noblesse moyenne augmente les siennes, le rapport d'influence entre ces deux classes se modifie lentement: ainsi se prépare dans la société hongroise une transformation complète, qui aura pour conséquence une orientation politique toute nouvelle.

Les comitats ont donc bien mérité leur nom traditionnel : ils ont été les &« boulevards de la Constitution », et la Constitution ellemême était le rempart de l'indépendance nationale. Les défauts du système des comitats, compliqués des défauts propres de la classe qui l'appliquait, ont pu, plus tard, dans une société transformée, soulever des critiques justifiées ‘. Il n’en reste pas moins que, dans des périodes difficiles, les comitats ont rendu à la nation des services éminents. Le principal, au point de vue hongrois, est d’avoir, dans cette première époque de la domination autrichienne consolidée et étendue sur tout le pays, offert à la moyenne et à la petite noblesse un centre de groupement, un noyau de cristallisation en face des grandes familles sans cesse plus soumises à l'influence étrangère et à la cour elle-même. Sans les comitats, l’évolution sociale de la noblesse hongroise aurait abouti sans doute, comme celle de la noblesse polonaise, à l'établissement d’un certain nombre de petites dynasties, presque indépendantes, qui auraient absorbé dans leur clientèle la noblesse inférieure *. L'exemple même de la Pologne montre de quel danger ils ont ainsi préservé l'existence nationale, surtout à une époque où les grandes familles étaient presque toutes dénationalisées. Ils n’ont pas moins préservé l'indépendance de la nation en faisant obstacle à l’intrusion en Hongrie d'une bureaucratie qui aurait été étrangère, puisqu'elle aurait été royale, et que le roi était étranger. Ils ont entretenu dans la noblesse moyennne, avec l'intérêt pour les affaires publiques, la connaissance de la pratique administrative. Ils ont maintenu et développé en elle l'esprit légiste, dont certaines

Page 1