‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 61 sur 369 · Kaiserreich et Kaiserstaat · texte numérisé non relu

Kaiserreich et Kaiserstaat

2. Cette délimitation territoriale avait été proposée, sauf l'exclusion de la Galicie, par une réunion de députés des États des provinces allemandes, où n'étaient représentées ni la Bohème ni la Galicie.

3, Springer, Gesch. Ocest., II, 298.

envoya aussitôt à Innsbruck en rapportèrent le manifeste impérial du 20 mai. L'empereur avait quitté Vienne pour assurer la liberté de ses décisions ; il n'y rentrerait que lorsque la ville aurait repris ses sentiments de loyalisme. Les commissaires confirmèrent que la cour exigeait avant tout la dissolution de la légion académique. Pour un ministère énergique, la situation était extrèmement favorable. L'immense majorité des Viennois ne réussissait pas à s'imaginer Vienne, «la ville impériale »', sans l'empereur : le loyalisme traditionnel et l'intérêt des bourgeois, qui vivaient de la cour, souffraient également: partout on maudissait la légion. Deux journalistes radicaux, qui, le matin du 18 mai, voulaient profiter de la stupeur générale pour proclamer un gouvernement provisoire, faillirent être écharpés. Mais la situation se modifia vite. L'empereur ne pouvait pas être parti de son plein gré, on l'avait arraché du milieu de ses Viennois chéris ; une troupe de courtisans, conspirateurs et ennemis du peuple, avaient commis ce crime ; le mot de camarilla fut lancé avec succès. L’incapacité, la faiblesse et la maladresse du gouvernement firent le reste. La légion académique se préparait à se disperser d’elle-mème : Pillersdorf, qui le savait, crut pouvoir se donner à peu de frais des airs d'énergie, et se pousser auprès de la cour ; il prononça la dissolution de la légion. Mais celle-ci alors résista : les ouvriers vinrent à son secours ; des barricades s’élevèrent. Le ministère avait fait son coup d'audace avec une incroyable imprévoyance : la ville était presque dégarnie de troupes. Aussi la journée du 26 mai marqua-t-elle un nouveau triomphe de la révolution démocratique. La légion fut rétablie, les concessions du 15 mai expressément confirmées, les droits constitutionnels du peuple placés sous la garde d'un comité de sûreté, organe révolutionnaire ; l'empereur devait être invité à rentrer dans sa capitale, ou, si l’état de sa santé l’en empêchait, à y déléguer un suppléant muni de ses pleins pouvoirs *.

La cour, sa manœuvre déjouée, ne s’obstina pas. Dans un manifeste du 3 juin, l'empereur confirma son intention de réunir à Vienne un Parlement constituant. Le 15, il délégua tous ses pouvoirs en Autriche à son oncle, l’archiduc Jean, le seul vraiment populaire des membres de la famille impériale. C’était une mesure grave: l'unité de la monarchie reposait uniquement sur

1. Es gibt nur a Kaiserstadt, es gibt nur «a Wean, dit une parole célèbre. 2, V. particulièrement Bach, 0. c.. ch. IX, d'après les dépèches du chargé d'affaires de Suisse.

l'identité du souverain, et celui-ci était représenté, en Autriche et en Hongrie, par deux princes différents ; maïs c'était une mesure inévitable : l'empereur à Innsbruck était séparé de ses conseillers constitutionnels, entouré de diplomates en congé ou en mission, d’aristocrates, de militaires : il fallait, à tout prix, détruire l’apparence du gouvernement d’une camarilla ‘. Avant de partir pour Francfort, où il venait d’être élu, par le Parlement allemand, vicaire de l'Empire, l'archiduc eut juste le temps d'accepter la démission de Pillersdorf, renversé par le comité de sûreté, et de confier au baron Doblhoff la mission de former un nouveau cabinet. Celui-ci ne se signala que par l'incapacité de ses membres. Deux ministres tranchaient sur les autres : Latour, général de mérite, très-aristocrate et conservateur, qu’il avait fallu laisser à la guerre par égard pour la cour, et Bach. Bach, l'un des coryphées de l'opposition avant la Révolution, auteur d’une des pétitions de mars 1848, considéré comme le représentant par excellence de la démocratie et appelé à ce titre au ministère de l’intérieur, eut l'honneur de saluer au nom du gouvernement, le 22 juillet, le Parlement autrichien. où, pour la première fois depuis la Révolution, l'Autriche occidentale se présentait à nouveau dans son unité.

La Bohême n'avait joui que deux mois de la semi-indépendance que lui promettait la charte du 8 avril. Au lendemain du triomphe s'était constitué à Prague, presque par la force des choses, un gouvernement quasi-révolutionnaire. Le comité de Saint-Venceslas, élu par la réunion du 11 mars, et qui avait préparé les pétitions à l’empereur, continuait de siéger. Pour l’amener à se dissoudre, le gouverneur se nomma à lui-même un conseil de notables ; mais le comité feignit de ne pas comprendre, et vota sa fusion avec les notables : le gouverneur n’osa pas résister, et le «comité national » se trouva ainsi constitué (13 avril). Le gouverneur n'avait donc réussi qu'à donner un air d'autorité oflicielle à une assemblée révolutionnaire. Nombreux, divisé en sections par spécialités, correspondant avec des sociétés afliliées ou des hommes de confiance dans tout le pays, le comité exerçait une action puissante, Sa politique nationale tchèque s'accentua encore lorsque le gouvernement de la province eut été confié au plus national des membres de la noblesse de Bohême, un aristocrate ami de Palackÿ et franchement tchèque de séntiments, le comte Léo Thun *.

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