‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 67 sur 369 · Szôgyény, Emlékiralai · texte numérisé non relu

Szôgyény, Emlékiralai

les véritables intentions de la cour. Déclaré rebelle, il n'aurait pas dù être admis à négocier. Mais le gouvernement hongrois n'était plus représenté à Innsbruck que par le ministre a later : celui-ci, le prince Paul Esterhäzy, magnat conservateur, qui avait été ambassadeur sous Metternich, était moins ferme dans la défense de la Constitution que ses collègues. La députation de la Diète n’obtint aucun succès ; celui de Jelaëié fut d'autant plus grand. L’archiduc Jean, qui prenait une influence de plus en plus considérable, conçut de lui une impression très-favorable, et aperçut clairement la politique que la cour devait désormais suivre en Hongrie : une politique de balance entre les Magyars ct les Croates, au profit de l'unité de la monarchie *. Il accepta de servir de médiateur entre le ministère de Pest et Jelaëié. qui se trouvait ainsi relevé de sa condamnation. Avant de quitter Innsbruck, le ban s'assura encore un avantage sur le gouvernement hongrois. Celui-ci, malgré ses promesses. semblait vouloir désorganiser l’armée impériale ; il créait, sous le nom de garde nationale mobile, une armée hongroise, favorisée par des hautes paies et un avancement plus rapide. Un escadron hongrois ayant quitté de lui-même sa.garnison de Galicie pour rentrer dans le pays. le ministre de la guerre le trouvait coupable sans doute, mais d’un «excès de patriotisme ». Jelaëié au contraire adressa d'Innsbruck une proclamation aux soldats croates qui servaient en Italie, pour les exhorter à rester fidèles au serment prêté à l'empereur, et à ne pas déserter leur poste. Il n'y avait pas de meilleur moyen de préparer sa complète rentrée en grâce et de mettre, pour la cour. le droit de son côté. — De retour à Agram, il trouva la Croatie presque soulevée par les rescrits du 10 juin, excitée par l'insurrection populaire serbe qui venait d'éclater dans le Banat. Il laissa encore à la Diète le temps de se prononcer contre le dualisme et pour l'unité de la monarchie, puis la prorogea, et se trouva maître absolu dans le pays. Le 26 juillet il se rencontra à Vienne avec Batthyäny, sous la médiation de l’archidue Jean. Leurs conférences étaient condamnées d'avance à un échec : Batthyäny se retranchait derrière le droit formel de la Hongrie, Jelaëié exigeait le retrait préalable des rescrits du 10 juin. Mais ce séjour à Vienne acheva de sceller l’entente entre le ban et les chefs de l'armée, de le sacrer défenseur de l'unité autrichienne. Il ne lui restait plus qu'à prendre les armes pour la faire triompher.

Les événements poussaient la cour sans cesse davantage du

{. ZWiedineck-Südenhorst, Deulche Gesch., 1806-74, 1I, 448.

côté du ban. Plus il se posait en champion de la monarchie, plus le gouvernement hongrois se montrait incapable d'obtenir pour elle le moindre appui du Parlement, réuni depuis le 4 juillet, et entièrement dominé par Kossuth. La politique de légalité subissait une épreuve décisive. Du séjour de Batthyäny à Innsbruck était résultée une véritable convention, qui liait les intérêts de la cour et ceux de la Hongrie : en échange de l'appui de la cour contre Jelaëié, Batthyäny avait promis des renforts pour l’armée d'Italie. Ses collègues et lui connaissaient la tradition autrichienne ; ils savaient que, si la Hongrie fournissait des soldats et l’argent nécessaire à leur entretien, la cour ne se mettrait pas avec ses adversaires, incapables d'en faire autant. Toute leur politique s'inspirait de cette idée, dont les rescrits du 26 juin venaient encore de montrer la justesse. Ces rescrits protestaient du respect du roi et de toute la famille royale pour les droits de la Hongrie et les lois sanctionnées : ils condamnaient en termes énergiques tous les rebelles et insurgés ; surtout, ils déléguaient au palatin l'exercice de tous les droits du souverain sur tout le territoire de la Hongrie et de ses parties annexes. C'était soustraire toutes les affaires hongroises à toute ingérence extra-hongroise : même la sanction des lois votées aurait lieu sur le territoire hongrois, par le palatin. Il était impossible d'aller plus loin dans la voie des concessions. La cour exécutait donc largement, pour sa part, la convention d’Innsbruck:; elle était en droit d'en attendre une exécution aussi complète de l’autre côté. La majorité des membres du cabinet y était résolue : mais ils étaient tenus en échec par Kossuth. 3

Kossuth, depuis son entrée dans le ministère, avait vécu dans une demi-retraite, évitant les conseils des ministres, où son tempérament d'agitateur n'était pas à sa place. A la veille de la réunion du Parlement, il sort brusquement de sa réserve : le 1°" juillet paraît le premier numéro du Journal de Kossuth *. On y peut lire, sous la signature d’un ministre en charge, des articles sur les questions politiques du jour et notamment sur les rapports avec l'Autriche, dont le ton n’est point d’un homme d'Etat, ni la tendance celle du cabinet. Plus que jamais, ses collègues le désapprouvent; mais, plus que jamais, ils le tiennent pour indispensable. Les promesses faites à la dynastie sont impopulaires ; seul l'ascendant personnel de Kossuth pourra, croient-ils, décider le Parlement et la nation à les tenir. Ils le désignent pour être devant les députés

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