Cf. Rieger, Pamatnick
centralistes de ses promoteurs ; c'était néanmoins une idée heureuse que de créer dans le cadre provincial des circonscriptions nationalement homogènes, pour diminuer dans les irritantes questions de langues les surfaces de friction, et concilier ces deux forces également puissantes, la nationalité provinciale ou historique et la nationalité ethnique ou linguistique. Cette création, qui ne s’est rencontrée depuis dans aucune Constitution autrichienne, est la marque vraiment originale du projet parlementaire. Bien qu'elle fût dirigée contre le fédéralisme, il est possible que, en diminuant les occasions de conflit nationaux, elle eût rapproché en Bohème Tchèques et Allemands, et ouvert la voie à une Constitution plus fédéraliste . Celle de Kremsier est incontestablement centraliste par sa base : la présomption de compétence est en faveur de l'empire, les provinces sont affaiblies par l'institution même des cercles ; la loi électorale avantage les villes, en majorité allemandes *. Les fédéralistes, etsurtout Rieger,annonçaient l'intention d'en appeler de la commission à la Chambre. Il est probable qu'ils y auraient renoncé, aussi bien qu'ils votèrent en troisième lecture le projet de la commission. L'assemblée se savait menacée de tout côtés : à lutter avec acharnement, les partis n'auraient fait que le jeu de leurs ennemis communs. Tous voulaient aboutir. La Constitution aurait donc sans doute été adoptée. Mais c’est précisément ce que les adversaires du Parlement ne voulaient pas.
Entre le ministère et l'assemblée, les relations n'avaient pas tardé à se gâter. D'avance, la gauche radicale allemande et le gouvernement étaient brouillés. Mais la droite, surtout les Tchèques, qui se flattaient d'avoir, en octobre, prêté à la cour un appui précieux contre la Révolution; s'étaient attendus à en être mieux récompensés. Leur illusion fut vite dissipée : les ministres supportaient le Parlement, comme un mal provisoirément nécessaire,
1. Cela semble être l'opinion de M. Denis, 0. c., Il, 346. — M. B. Rieger, O krajskem zfizeni pro kralovslvi ceské, dans Osvèlu, 1900. I, 354-5, admet que, sous certaines réserves en faveur du droit égal des deux langues du pays, Ja division en cercles pourrait aujourd’hui encore être un moyen de diminuer la tension des rapports entre les deux nationalités. Au fond, la division en cercles n’est pas autre chose qu’une forme atténuée, plus modérée et moins provocante, de la division nationale en Bohème, que les Allemands réclament complète, et dans laquelle, en principe et toutes réserves faites sur le détail, ce qui reste des réalistes de Bohême, M. Masaryk et son parti, voient la solution de l'avenir. La création de cercles est actuellement (avril 1904) une des clauses de l'entente qu’on cherche à établir entre les Tchèques et les Allemands en Bohème.
2. Elles étaient en moyenne quatre fois plus représentées que les campagnes. Rieger, st. dèj. Rak, 36.
mais illes génait ; ils se défiaient des Slaves: Stadion tenait les Tchèques pour des séparatistes ‘. En janvier, un conflit éclata. Le ministère dénia à l'assemblée le pouvoir constituant ; elle protesta, mais en enlevant elle-même à sa protestation le caractère d'un vote de défiance: on ne pouvait imaginer plus clair aveu d'impuissance. Les ministres cessèrent de se montrer à Kremsier. Le Parlement était désormais pressé de terminer sa tâche, pour faire place à une assemblée plus forte *. Ayant vécu depuis novembre dans la perpétuelle attente d’une dissolution, il reprenait quelque confiance, maintenant que le projet de Constitution était prêt. La discussion en devait commencer le 15 mars. Le ministère n’oserait plus, si près du port, jeter cette provocation à tous les peuples autrichiens. — Mais le Parlement s'était fait toute sorte d’ennemis puissants. Pour l’armée, son existence même était un objet de scandale. En défendant ses droits et la souverairaineté du peuple, il avait exaspéré la cour et les ministres ; en décrétant l'abolition de la noblesse, ameuté Schwarzenberg, Windischgrätz, et toute l'aristocratie. En adoptant pour les rapports de l'Église et de l’État la solution joséphine, il avait provoqué la colère du parti clérical, tout puissant jusque dans l'entourage le plus proche de l’empereur. Des incidents irritants augmentaient la tension *. Surtout, l’Autriche régénérée, l’armée victorieuse, la cour triomphante ne pouvaient pas tolérer que l'anniversaire de la Révolution trouvât réunie encore l'assemblée révolutionnaire.
Pendant que la commission de Kremsier élaborait son projet de Constitution, le ministère, en silence, arrêtait le sien. Il avait fallu négocier avec Windischgrätz, à qui l'empereur avait promis que rien ne serait fait sans son avis. Windischgrätz réclamait le retour au droit historique, à l’ancien dualisme, aux Diètes aristocratiques, et n'admettait comme organe central qu'un Sénat peu nombreux, composé de délégués de toutes les Diètes. Au contraire, tous les ministres admettaient la « théorie de la forfaiture », formulée pour la première fois par une commission que l’on avait chargée d'étudier la Constitution hongroise : par la rébellion, la Hongrie a forfait sa Constitution ; il est donc loisible autant qu'il est nécessaire de la soumettre à un régime nouveau, plus favorable à la force de la monarchie. Chacun des deux partis menaçait