‹ Le compromis austro-hongrois de 1867: Étude sur le dualismeChapitre 82 sur 369 · Hübner, Ein Jahr meines Lebens · texte numérisé non relu

Hübner, Ein Jahr meines Lebens

2, Helfert, Gesch. Oest. [V?, 467.

sité d'en assurer les bases d’une façon durable. « Une Constitution qui n’embrasse pas seulement les pays représentés à Kremsier, mais l'empire tout entier, voilà ce que les peuples de l'Autriche attendent de nous avec une légitime impatience. Par suite, l'œuvre constituante a dépassé les limites. de la mission de cette assemblée», où la Hongrie n’est pas représentée ‘. Aussi l’empereur promulguet-il la Constitution autrichienne, et déclare-t-il le Parlement dissous. Que les peuples de l'Autriche, pour résister aux efforts du parti criminel qui, dans toute l’Europe, menace la société civile, se serrent autour de leur empereur, et la Constitution sera « le rempart de leur liberté, le gage de la puissance, de l'éclat et de l'unité de la monarchie ». Dans ces phrases, aussi emphatiques que vides, dans cette manière d’agiter le spectre rouge, dans l’art d'escamoter les promesses faites et de couvrir de prétextes juridiques l’abus de la force brutale, on reconnaît la marque de Hübner, l’auteur du manifeste.

La Constitution si pompeusement annoncée n’a jamais été appliquée. Suspendue dès sa promulgation, par suite des circonstances exceptionnelles où se trouvait la monarchie, elle a été abrogée trois ans après. L’unité de la monarchie et l'égalité de droits des nationalités en sont les deux dominantes. « La monarchie autrichienne héréditaire, libre, indépendante, inséparable et indivisible » réunit les divers « pays de la couronne » — tous les anciens royaumes et provinces. — Elle constitue une unité politique et une unité économique. L’empereur est couronné comme empereur d'Autriche. La compétence universelle et primordiale appartient à l'empire ; les « pays de la couronne » ont une compétence limitée et subsidiaire.. La Transylvanie, la Croatie, la Voivodie serbe sont des «pays de la couronne » indépendants de la Hongrie. « Tous les peuples sont égaux en droit, et chaque peuple a un droit inviolable à la protection et à la culture de sa nationalité et de sa langue ”.» Il ne reste rien de l’ancienne unité de la Hongrie

1. Pour apprécier la sincérité du manifeste, il faut se souvenir que, pendant le travail d'élaboration de la Constitution, la situation politique était telle que la commission avait dù nécessairement faire entrer en ligne de compte l'accession de la Hongrie. Plus d’une fois, il avait été question de l’extension de la Constitution à la Hongrie (Prot., 233 561-2) ; un article de la Constitution (art. 5) l'avait même spécialement en vue.

2. Titre I, art. 5. A cause du vague et du flottant de ces formules, il importe de citer le texte : Alle Volksstäinme sind gleichberechtigt, und jeder Volkstamm hal ein unverletzliches Recht auf Wahrung und Pflege seiner Nationalitat und Sprache. Mais qui est chargé d'assurer cette protection et cette culture ?

etrien de la Constitution hongroise, qui est supprimée non pas franchement, mais hypocritement ‘. Unité de la monarchie et égalité des droits de nationalité ne servent d'ailleurs qu'à masquer de prétextes la mutilation de la Hongrie. Il est frappant que la Constitution n’insiste sur cette égalité que pour la Hongrie et la Transylvanie, c'est-à-dire les pays où les Magyars avaient eu jusqu'alors des privilèges, Tout son esprit se trahit par ce seul trait.

Les députés furent indignés du procédé du gouvernement plus encore que de son acte ; un des plus modérés parmi les membres de la droite, invité par Stadion à prendre part à des conférences sur l'application de la Constitution, répondit qu'il ne franchirait plus’ jamais le seuil du ministère ?. Personne n’avait confiance dans la sincérité constitutionnelle du gouvernement : tout le monde voyait poindre le retour à l’absolutisme, Les Slaves se sentaient en outre menacés par la centralisation, nécessairement germanisatrice. Est-ce pour cela, se demandaient les journaux tchèques comme les journaux croates, est-ce pour qu'il n’y ait plus de couronne et de roi de Bohème, est-ce pour que la Diète de Croatie descende au rang d'un conseil municipal français, est-ce enfin pour être traités comme les rebellesitaliens et hongrois, que nous avons fait tant de sacrifices contre eux ? * Mais les Slaves du Sud étaient, par leurs chefs, dans la main du gouvernement. En Bohême, où le mécontentement était le plus grand, où l'acte du ministère avait de nouveau rapproché les Tchèques et les Allemands *, l’état de siège fut proclamé ; bientôt la plus grande partie de la monarchie s’y trouva de nouveau soumise, et la dictature militaire prépara les peuples autrichiens à jouir de leur liberté nouvelle.

Fort de sa Constitution, Schwarzenberg fit savoir au Parlement de Francfort que l'Autriche unifiée se disposait à entrer tout entière dans l'Allemagne nouvelle, pour y occuper évidemment la première place. Il se fût trouvé embarrassé d'appuyer par la force ce hautain ultimatum ; la faiblesse de ses adversaires l’en dispensa. Le roi de Prusse, sans cesse ballotté entre les légitimes

4, Titre IX, art. 71. « La Constitution du royaume de Hongrie est maintenue, sous la réserve que celles de ses dispositions qui sont contraires à la présente Constitution de l’Empire sont abrogées, et que légalité de droits est assurée à toutes les nationalités et à toutes les langues usuelles du pays dans tous les domaines de la vie publique et civile. Un statut spécial règlera ces questions. »

2 Helfert, Gesch. Oest., IV®, 344, cf. Osvèla, 1897. I, 595-6.

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