‹ Le comté d'Anjou au XIe siècleChapitre 129 sur 398 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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3. On sait par VHist. de Saint-Florent (Chron, des églises d'Anjou, p. 275) et par les Miracles de saint Nicolas de Joël, abbé de la Couture [Catologus codicum hagiogr. latin. Bibl, Paris,, t. III, p. 159-160), que Foulque a fait un second pèlerinage avant de fonder le monastère de Saint-Nicolas d'Angers, lequel fut achevé en 1020 [Catalogue d'actes, n*» 30) : ayant pris la route de mer, racontent les Miracles dans un récit peut-être un peu agrémenté à plaisir, Foulque fut assailli par une terrible tempête ; ayant appris alors l'existence non loin de là, à Myrrhe, d'une église dédiée à saint Nicolas, il implora le secours du saint et fît vœu, s'il échappait à la tempête, de construire à Angers dès son retour un monastère en son honneur : la mer se calma, et le comte put aborder en Palestine ; rentré en Anjou, il mit son vœu à exécution. — Si l'on admet que ce pèlerinage a été motivé par le meurtre de Hugue de Beauvais, en mai 1008 (voir p. 32), comme les vraisemblances nous y invitent, on sera porté à le placer dès Tan 1008. Mais il y a encore d'autres raisons pour adopter cette date : en effet, remarquons que ce pèlerinage est forcément, d'après tout ce que nous savons sur la fondation de Beaulieu, postérieur à 1007 et même, à cause de l'afTaîre de Hugue de Beauvais, postérieur au mois de mai 1008 ; il est, d'autre part, antérieur non seulement à 1020, date de la dédicace de Saint-Nicolas d'Angers, mais même à la reprise des hostilités entre Eude de Blois et Foulque, en 1016 (voir p. 33). Il se place donc entre les années 1008 et 1015. Or on sait que le 29 septembre 1010 ou 1009 (voir Pfister, Robert le Pieux, p. 347, et Lair. Études critiques, t. I, p. 18-38) Hakem détruisit l'église du Saint- Sépulcre, que pendant quelque temps aucun chrétien ne put en approcher, et même qu'avant 1020 on ne trouve pas un seul pèlerin qui se soit risqué à venir à Jérusalem. Dans ces conditions, il nous semble bien difficile de ne pas placer avant la destruction des Lieux saints le pèlerinage de Foulque Nerra. La date de 1014-1015, qu'a proposée Miss KateNorgate, ne serait pas matériellement impossible, bien qu'on ne trouve pas de pèlerin à Jérusalem entre les années 1010-1020 ; mais les raisons qu'elle donne à l'appui de cette date ne résistent pas à l'examen (voir plus haut, p. 18, n. 4). Au contraire, la date de 1010-1011, communément adoptée (notamment par Mabille, Salies, Port, M. Pfister, M. Lair) est à la fois matériellement impossible, à cause de la situation du Saint Sépulcre à cette date, et injustifiable. On a cependant essayé de l'établir en se fondant soit sur une charte du Livre noir de Saint-Maurice d'Angers, fol. 20 v«,

LES PÈLERINAGES DE FOULQUE NfiRRA 215

rendit par merî après une traversée mouvementée*, il aborda en Palestine et put gagner, non sans difficultés, à ce quHl semble^, le tombeau du Sauveur. C'est au retour' que, pour donner suite à un vœu fait pendant la tempête qui l'avait assailli à l'allée, il bâtit Tabbaye de Saint-Nicolas d'Angers 3.

Quelques historiens ^ croient qu'il alla à Jérusalem une troi-

n® 28, éditée dans la Gallia christiana, t. XIV, Inatrum.y col. 557, diaprés une mauvaise copie de la Bibl. nat.. Coll. Baluze, vol. 39, fol. 57» où Ton lit qu'en 4010 Tévêque Renaud partit pour la Terre Sainte « comitante Fulcone vicecomile », soit sur une charte du Cartul, de Saint-Maursur^Loire, éd. Marchegay, Archives d^Anjoùj t. I, p. 356, n« 8 (Catalogue d'actes^ Faux, n® 5), où Ton voit Foulque Nerra passer à Saint-Maur, au moment de partir à Jérusalem, en compagnie de son ûls Geoffroi Martel (né en octobre 1006) et de Tévêquc Renaud. Mais dans la première pièce il est question d'un vicomte et non du comte Foulque Nerra ; la leçon « Fulcone » donnée par la copie de Baluzc est d'ailleurs une faute pour a Fulcoio n (voir la copie de la Coll. dom Housseau, vol IP, o9 349, la seule faite directement sur le cartulaire), ce qui nous indique qu'il est question du vicomte d'Angers Foucois (voir ci-dessus p. 100)^ ; enfin la date de 1010 doit y être corrigée en 1005 (voir ci-dessus, p. 114, n. 2). Quant à la seconde pièce, elle» est impossible à dater, contient des éléments contradictoires et est certainement une pièce fabriquée après coup ou refaite (voir au Catalogue d'actes). Les preuves fournies sont donc illusoires. — La date de 1019-1020. proposée par M. d'Arbois de Jubainville {Hist, des comtes de Champagne, t. I, p. 245) est doublement impossible : 1® parce que de 1017 à 1020, en tout cas, Adémar de Chabannes affirme qu'aucun pèlerin n'a pu aller à Jérusalem (Adémar de Chabannes, III, 54, éd. Chavanon, p. 178), ce qui — on peut le remarquer en passant — confirme la limite extrême de 1015 que la marche des hostilités entre Eude et Foulque nous a paru imposer ; 2^ parce qu'il faudrait, si on l'admettait, supposer que l'abbaye de Saint-Nicolas a pu surgir de terre en quelques semaines.

1. Voir le passage des Miracles de saint Nicolas cité à la n. précédente , et cf. Hist. de Saint-^ Florent : « Quodam tempore Fulco comes secundo ab

Jérusalem reversus... Tune quod in maris pcriculo voverat... » {Chron. des églises d'Anjou y p. 275).

2. Nous serions, en effet, assez porté à admettre (d'accord avec A. de Salies, op, cit., p. 370. n. 69) que les détails donnés (par confusion avec le premier pèlerinage) dans les Gesta consulum (ms. 6218, p. 46 ; Chron, des comtes d'Anjou, p. 102) sur les difficultés que Foulque éprouva d'abord pour entrer à Jérusalem, puis pour parvenir jusqu'au Saint Sépulcre, s'y rapportent : Hakem avait commencé ses persécutions.

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